Revenu universel : Benoît Hamon doute de la sincérité de Manuel Valls

Publié à 16h20, le 21 septembre 2016 , Modifié à 16h20, le 21 septembre 2016

Revenu universel : Benoît Hamon doute de la sincérité de Manuel Valls
Benoît Hamon et Manuel Valls © AFP
Image Etienne Girard

Etienne Girard

Pas touche à mon créneau politique. C'est un peu ce que vient de signifier Benoît Hamon à Manuel Valls. En cause, la publication par le Premier ministre, ce mercredi 21 septembre, d'un message Facebook centré sur la lutte contre la pauvreté dans lequel il vante les mérites... du revenu universel, c'est à dire le versement mensuel d'une somme d'argent à toute personne majeure, sans aucune condition :

 

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Il faut ouvrir de nouvelles pistes. Le revenu universel, c’est-à-dire une allocation unique, ouverte à tous, à partir de 18 ans, pour remplacer la dizaine de minima sociaux existant, en est une.

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Cette prise de position peut paraître surprenante de la part du plus centriste des socialistes... voire suspecte. Car si le revenu universel (ou revenu de base) est à l'origine une proposition portée par des organisations marquées à gauche, comme Attac ou EELV, certains responsables politiques classés à droite se sont récemment emparés de cette mesure. Dans leur esprit, il s'agit de remplacer l'ensemble des prestations sociales par cette allocation mensuelle. Ainsi de l'ultra-libéral Alain Madelin ou du député LR Frédéric Lefebvre qui a proposé "une allocation mensuelle de 800 à 1.000 euros" vouée à remplacer l'ensemble des prestations sociales existantes. 

Sur Twitter, Benoît Hamon, qui a inscrit la mesure dans son programme de candidat à la primaire de la Belle Alliance Populaire (BAP), a immédiatement fait part de ses doutes quant à la crédibilité de Manuel Valls :

 

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Le revenu universel doit être un nouveau droit qui change notre rapport au travail. La question sociale revient au centre des débats. Je m'interroge sur la crédibilité de Manuel Valls pour porter le revenu universel deux mois après l'adoption de la loi Travail.

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Pour Benoît Hamon, ce rappel de la loi Travail, considérée par les frondeurs du PS comme un texte anti-social, sonne comme une façon de mettre en cause la sincérité de Manuel Valls à prôner cette mesure. En insistant sur le fait que le revenu de base doit constituer un "nouveau droit",  il sous-entend que Valls entendrait promouvoir sa version "de droite"'.

Auprès de Libération, le staff du Premier ministre précise d'ailleurs que Manuel Valls a bien en tête un revenu universel "de gauche" :

 

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[Manuel Valls] n’est pas dans la version libérale du revenu universel qui se substituerait à la protection sociale. [...] On n’a pas basculé de l’autre côté de la force.

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En réalité, cette proposition s'inscrit dans une stratégie de communication entamée il y a quelques jours par le Premier ministre. Dimanche 11 septembre, il expliquait ainsi dans le Grand Rendez-vous Europe 1/Les Echos/iTélé que la question de la pauvreté devait ressurgirdans le débat public :

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Peut-être que l'une des grandes questions du quinquennat à venir, c'est aussi la lutte contre la pauvreté, par rapport à ceux qui gagnent moins de 1.000 euros, qui sont en très grande difficulté.

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Au final, cette pique adressée par Benoît Hamon paraît s'inscrire dans le cadre bien particulier de la lutte pour la primaire de la BAP, en janvier 2017. Selon le Canard enchaîné, Manuel Valls se ferait à l'idée d'"y aller", compte-tenu de "l'incertitude sur la capacité de Hollande à se représenter". Dans ce contexte, le revenu universel constituerait un marqueur de gauche utile à faire prévaloir lors de cette élection interne. Un peu comme la taxe à 75% de François Hollande en 2012. 

 

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