Second tour : la porte-parole de Mélenchon n’appelle pas au front républicain mais souhaite quand même qu’"aucune voix n’aille au FN"

Publié à 20h22, le 24 avril 2017 , Modifié à 20h22, le 24 avril 2017

Second tour : la porte-parole de Mélenchon n’appelle pas au front républicain mais souhaite quand même qu’"aucune voix n’aille au FN"
Raquel Garrido, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. © Montage via Europe 1

C’est à un exercice d’équilibrisme que se livre Raquel Garrido en ce lendemain de premier tour de la présidentielle. Alors que Jean-Luc Mélenchon, dont elle est porte-parole, a terminé quatrième derrière Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon, la position du mouvement La France insoumise n’est pas claire dans tous les esprits. Ainsi leur leader s’est-il refusé à donner une quelconque consigne de vote, laissant aux membres de son mouvement la responsabilité d'en décider collectivement ces jours-ci, avant vendredi, mais aussi à indiquer pour qui il voterait à titre personnel.

Cette position a suscité beaucoup d’incompréhension, notamment dans les rangs du Parti socialiste, alors que Jean-Luc Mélenchon avait appelé à voter Jacques Chirac en 2002. Alors, sur Europe 1 ce lundi 24 avril, Raquel Garrido vient expliquer que leur mouvement lutte bien contre le Front national même s’il ne participera peut-être pas au front républicain.

 

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Évidemment, il n’y a pas l’hypothèse du vote Marine Le Pen. Alors, je le dis parce que, quand bien même nos états de service dans la lutte contre le FN sont très très forts et à commencer par les urnes : nous sommes les seuls à avoir commencé à endiguer le phénomène FN donc je m’attendrais à ce qu’on nous félicite, hein, plutôt qu’on nous fasse des procès d’intention sur ce point. Mais ça va plus loin : c’est nous qui avons obtenu en justice le droit d’appeler Marine Le Pen 'fasciste', c’est moi qui suis persécutée par Marine Le Pen dans les tribunaux parce qu’on avait dénoncé ses faux tracts à Hénin-Beaumont. Il y a eu tant de moments dans la vie, maintenant depuis dix ans, où le FN faisait des choses horribles qui glissaient sur la classe politique et même médiatique, où nous étions les seuls au combat, donc aujourd’hui, faisons-nous au moins crédit que nous sommes d’authentiques antifascistes. Qu’aucune voix n’aille au Front national, ça, c’est très important. La façon la plus efficace de lutter contre le FN, c’est pas forcément de tous courir derrière Emmanuel Macron, parce qu’Emmanuel Macron va continuer à échouer, à générer de la pauvreté.

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Peu avant, la porte-parole de Jean-Luc Mélenchon avait détaillé la "stratégie" du mouvement "dans la lutte contre le FN", précisant que, "bien sûr", elle ne mettait pas sur le même plan Marine Le Pen et Emmanuel Macron (même si "avec lui on est au cœur du dégoût") :

 

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Je pressens que, dans le mouvement, il y a des opinions diverses sur la chose. Il y a des personnes qui pensent naturel et automatique de voter pour Emmanuel Macron et il y a aussi des personnes qui sont ulcérées à l’idée qu’on les convoque à nouveau au prétexte du front républicain parce que la chose a été faite trop de fois. On a voté Chirac en 2002. Toute proportion gardée, puisque c’était pas face à Le Pen, c’était face à Sarkozy, mais même le vote pour Hollande en 2012, on nous en a tenu beaucoup rigueur, énormément rigueur. Donc il y a un côté exaspérant à voir que les mêmes personnes qui n’ont pas tiré les conséquences de 2002, c’est-à-dire la montée de l’extrême droite et qui, quinze ans après, ont continué de forger du vote FN et donc du dégoût, en quelque sorte, dans la société française, aujourd’hui, nous sommes comme ça, comme si c’était à nous, en 24 heures, de régler entre guillemets la question du FN, alors que s’il y a bien une force qui a travaillé activement contre le FN, c’est nous, puisque nous l’avons fait reculer [Marine le Pen a pourtant réalisé un score historique pour le Front national, NDLR]. Lutter contre l’influence culturelle du Front national dans la société française et c’est pour ça qu’il faut le faire sérieusement. [...] Ce que nous avons réussi dans cette campagne, c’est de parler aux dégoûtés de la politique. Mais une des conditions pour pouvoir toucher les dégoûtés, c’est de ne pas être avec les dégoûtants. [...] Et puis là, avec Emmanuel Macron, pardon mais on est au cœur du dégoût.

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La consultation des "insoumis" doit se terminer vendredi, à l’issue de laquelle on connaîtra la position officielle du mouvement. Mais selon Raquel Garrido, il ne faudra pas non plus "en tirer une conclusion". Voici sa déclaration pour le moins floue :

 

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- Raquel Garrido : Si on devait en tirer une conclusion, du style, puisque 51% par exemple appellent à voter Macron, alors on serait dans un fonctionnement d’un parti.



 

- Journaliste : Ça s’appelle peut-être la démocratie, non ?



 

- Raquel Garrido : Oui oui, bien sûr que c’est une modalité de décision. La question, c’est de savoir si, dans un mouvement comme le nôtre, on doit à tout bout de champ décider comme ça sur tout, ou est-ce qu’on peut être à la fois insoumis en votant Macron et en mettant un bulletin Mélenchon au deuxième tour.

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Avant même le résultat, Raquel Garrido explique donc qu’il ne faudra pas l’interpréter, sauf pour dire que le mouvement lutte contre le Front national – ce qu’elle est précisément venue faire ce soir.

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