Six sorties inoubliables de Bruno Le Roux, supporter numéro 1 de François Hollande et du gouvernement

Publié à 17h22, le 06 décembre 2016 , Modifié à 12h08, le 10 mai 2017

Six sorties inoubliables de Bruno Le Roux, supporter numéro 1 de François Hollande et du gouvernement
Bruno Le Roux © Geoffroy Van der Hasselt / AFP

Petits, on nous apprend souvent à être gentils. On ne sait pas trop pourquoi au final mais paraît-il que c'est plus convenable. Cela ne sert parfois à rien. Et puis une fois, de temps en temps, la gentillesse est récompensée et c'est tout le groupe des sympas qui est remercié.

Bruno Le Roux a donc été nommé ministre de l'Intérieur ce mardi 6 décembre, en lieu et place de Bernard Cazeneuve, appelé à Matignon. Le parcours de l'ex-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale ne le conduisait sans doute pas naturellement place Beauvau. Mais – aidé il est vrai par le refus de François Rebsamen – le député de Seine-Saint-Denis a ainsi vu des années de soutien envers l'exécutif récompensées.

[EDIT 10/05] Finalement démissionné de Beauvau en mars après les révélations sur les emplois d'assistantes parlementaires accordés à ses deux filles dès l'âge de 15 ans, Bruno Le Roux a décidé de ne pas se représenter aux législatives au mois de juin. La fin d'une carrière de député vieille de 20 ans.

On ne va pas se mentir : saluer depuis quatre ans et demi les décisions prises par le président de la République et le gouvernement n'a pas toujours été aisé. Mais Bruno Le Roux n'a jamais flanché. Il aurait pu craquer et se laisser aller, comme tant d'autres, à une petite pique, là contre un dossier mal géré, là contre une déclaration mal contrôlée, mais non, jamais ô grand jamais, l'élu PS n'a flanché. Chapeau bas et tous debout devant cette incroyable performance.

Le Lab a décidé de recenser six moments où Bruno Le Roux a dû puiser dans des ressources insoupçonnées pour conserver sa stature de supporter n°1 de l'exécutif (liste non-exhaustive).

 

 

  • L'affaire Leonarda

Octobre 2013. L'affaire Leonarda secoue la classe politique française. Cette jeune adolescente d'origine kosovare a été interpellée lors d'une sortie scolaire avant d'être  expulsée de France avec sa famille.

Quelques mois avant les élections municipales, l'affaire prend une ampleur inattendue. François Hollande lui-même se prend les pieds dans le tapis au cours d'une séquence incroyable où le Président, qui propose à la jeune Leonarda de revenir en France mais sans sa famille, voit sa parole mise au même niveau, sur les chaines d'info, que celle de la jeune ado.

Bruno Le Roux, pour sa part, n'analyse pas la séquence de la sorte. Dans un communiqué publié le lendemain de l'intervention présidentielle, le président du groupe PS écrit :

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Avec ces décisions justes, le Président de la République permet de mettre fin dignement à cette affaire en appliquant la loi dans le respect des principes républicains.

 

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Il est l'un des rares à porter ce regard. À l'époque, la droite dénonce "un coup terrible à l'autorité de l’État". Même au sein de la majorité, des voix s'élèvent pour critiquer le Président. Le député PS Malek Boutih regrette par exemple cette décision "qui demande à une enfant mineure de choisir entre sa scolarité et ses parents".

Avec le recul, François Hollande lui-même considère que la séquence fut un échec. Dans le livre Conversations privées avec le Président (éd. Albin Michel), le chef de l'État estime que, s'il devait "refaire le film", il traiterait cette affaire "de la même manière" mais laisserait "Valls en faire le service après-vente télévisé". Il charge également le PS, dirigé à l'époque par Harlem Désir. "Mais je pense au fond que le problème n’est pas qu’elle me réponde. Le problème, c’est le parti. Si le PS, si Harlem Désir avait dit lors de sa première expression que j’avais pris la bonne décision, ça aurait été différent. Mais là il me lâche ! Le PS dit qu’il faut faire rentrer toute la famille. Les Français se disent : 'Hollande parle et il n’est même pas suivi par son propre parti !'", ajoute-t-il.

 

 

  • La déchéance de nationalité

Ah qu'il était chouette ce débat sur la déchéance de nationalité. Juste après les effroyables attentats de Paris et Saint-Denis, le 13 novembre 2015, l'exécutif avait entraîné toute la classe politique dans une hallucinante séquence autour de cette mesure qui, de l'aveu même du Président, ne sert à rien en matière de lutte contre le terrorisme.

Fin mars 2016, le landerneau politique est concentré sur la révision constitutionnelle et le Congrès vraisemblablement bloqué du fait de l'impasse dans laquelle se trouve la mesure sur la déchéance de nationalité pour les terroristes. Bruno Le Roux décide, le 22 mars, d'attaquer frontalement la majorité de droite au Sénat qui a réécrit l'article 2 du projet de réforme constitutionnelle, y réintroduisant la notion de binationalité interdisant la création d'apatrides. Sur Twitter, il écrit :

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Attentats terroristes et protection de notre pays, la droite sénatoriale qui bloque la révision constitutionnelle est irresponsable.

 

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Problème : Bruno Le Roux poste ce message sur les réseaux sociaux à peine une heure après les attentats qui ont frappé Bruxelles, faisant 32 morts et 340 blessés… La défense de l'exécutif pourrait connaître certaines limites, aurait-on pu souffler à l'élu socialiste qui, plus tard, s'explique.

Il maintient d'abord ses propos, tout en affirmant qu'au moment de la publication, il n'avait "pas connaissance des attentats". Plus tard, juste avant les questions au gouvernement, il dit "regretter" ce tweet, affirmant l'avoir programmé la veille et non pas écrit le matin-même.

 

 

  • Le recours au 49.3

Déjà échaudée par l'engagement de la responsabilité du gouvernement pour la loi Macron, une partie de la gauche voit d'un mauvais œil la possibilité d'un même stratagème pour faire adopter, en 2016, la loi Travail. Rien d'étonnant : l'utilisation du 49.3 est évoquée avant même que le texte porté par Myriam El Khomri ne soit examiné à l'Assemblée nationale.

Et alors ? se questionne en substance Bruno Le Roux. Le 19 février, il dit sur RTL :

 

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Le 49.3 est un outil qui peut permettre de favoriser la discussion.

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On peut être surpris par une telle formule. Si si, on peut. Un mois plus tard, le 24 mars pour être précis, jour de présentation du controversé projet de loi Travail en conseil des ministres, Bruno Le Roux récidive, sur France  2 cette fois :

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Quand on sait qu’on peut utiliser le 49.3, ça force à rentrer dans la vraie discussion.

 

"

Là encore, même François Hollande n'est pas d'accord. "Le passage en force n'est pas ma méthode. C'est celle de Manuel Valls, qui souligne qu'il 'tiendra bon'. […] Le débat aurait dû être mené dans le pays. Convaincre les Français qui sont disponibles et prêts à comprendre l'intérêt de la réforme. Mais il n'y a pas eu de communication à l'égard des Français, il y a eu une communication d'une partie de la gauche contre une autre partie de la gauche", estime le chef de l'État, à nouveau dans le livre Toujours dans le livre Conversations privées avec le Président

 

 

  • Les promesses de Hollande

Bruno Le Roux est un fervent supporter de la politique menée par François Hollande depuis 2012. Cela s'est vu. Cela se voit. Mais son adoration n'est pas irraisonnée. Non : s'il soutient à ce point le chef de l'État, c'est parce que ce dernier tient toutes ses promesses. On a bien écrit TOUTES.

Ainsi, ce matin de janvier 2016, alors que dans son livre La France pour la vie (éd. Plon) Nicolas Sarkozy fait un long inventaire de son quinquennat et émet plusieurs regrets, Bruno Le Roux estime que François Hollande, lui, n'a, à son actif, aucun renoncement. Sur iTÉLÉ, il lance :

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Il n'y a pas aujourd'hui, et vous ne trouverez pas, quand on est confronté à la réalité, le moindre renoncement ou le moindre manquement par rapport aux promesses du président de la République.

 

"

Un petit tour sur le site Lui Président, qui depuis 2012 passe au crible les promesses du candidat socialiste, suffit à faire mentir un chouïa Bruno Le Roux.

 

 

  • La loi Travail

La loi Travail a profondément divisé la majorité. Alors que franchement, ce n'était pas la peine de se prendre autant la tête. Non, parce que voyez-vous, en fait, personne ne voulait que ce projet de loi, soi-disant controversé, ne soit retiré. C'est ce que Bruno Le Roux affirme, le 26 mai 2016, sur France 2 :

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Personne à l'Assemblée nationale ne demande le retrait du texte, personne ne demande le changement de philosophie.

 

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Cela avait peut-être échappé à la vigilance du président du groupe socialiste mais il y avait bien, à la chambre basse, des hommes et des femmes demandant le retrait de la loi Travail. Certains étaient même membres du groupe dirigé par Bruno Le Roux...

Le 11 mai, 28 députés socialistes ont ainsi signé une motion de censure de gauche. Et voici ce qu'on pouvait lire dans ce texte :

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Afin d'obtenir le rejet de ce texte, nous appelons l'Assemblée nationale à adopter cette motion de censure.

 

"

Caramba, encore raté.

 

 

  • Un Président ne devrait pas dire ça…

Le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme Un Président ne devrait pas dire ça… (éd. Stock) a choqué beaucoup de monde : les magistrats, les footballeurs, Éric Ciotti, Claude Bartolone, Manuel Valls, etc. Forcément, lorsqu'un chef de l'État révèle à deux reporters du Monde des choses qui, apparemment, devraient plutôt rester dans le secret de l'Élysée, cela à de quoi irriter même le plus fervent des hollandais.

Il en faut plus à Bruno Le Roux pour lyncher son cher Président. Alors qu'une grande partie de la classe politique – et pas que – s'indigne des propos tenus par le chef de l'État dans ce livre, le président du groupe PS à l'Assemblée nationale le défend. Pour lui, l'ouvrage des journalistes du Monde donne une belle image du Président. Début novembre 2016, sur son blog, il assure :

 

"

François Hollande y apparaît à la fois constant et déterminé, grave et impliqué, décidé et tenace, habité par le souci constant de l'unité du pays.

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Il est l'un des rares à tenir une telle position sur Un Président ne devrait pas dire ça…

Alors oui, on imagine très bien que certaines mauvaises langues vont critiquer Bruno Le Roux et sous-entendre qu'il a peut-être un petit côté fayot. Et pourtant, il faut l'admettre : une telle constance dans l'admiration force le respect. Alors respect éternel pour Le Roux, fan parmi les fans, désormais élevé au rang d'homme du Président. 

Du rab sur le Lab

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