Tout le mal que Macron et l'Élysée pensaient du "off" avec les journalistes... avant d'y recourir

Publié à 11h22, le 25 août 2017 , Modifié à 11h52, le 25 août 2017

Tout le mal que Macron et l'Élysée pensaient du "off" avec les journalistes... avant d'y recourir
Emmanuel Macron © DANIEL MIHAILESCU / AFP

SI JE VOUS REPARLE, ON ANNULE TOUT ? - Trois journalistes dans l'avion présidentiel lors d'un déplacement à l'étranger, pour un échange informel avec le chef de l'État. Quelques phrases dans la presse le lendemain qui résument la pensée ou les intentions du Président. Scène ordinaire de la vie politico-médiatique française. Enfin, jusqu'au 14 mai 2017 et l'entrée en fonctions d'Emmanuel Macron.

Depuis cette date, la France était entrée dans le "nouveau monde" : une communication élyséenne millimétrée et verrouillée de toutes parts, fini le off avec la presse, place à "Jupiter", ce dirigeant à la "parole rare" (et à la "pensée complexe"... sauf pour certains journalistes économiques). Macron, l'anti-Hollande-et-Sarkozy-à-la-fois, "maître des horloges" et du récit de sa présidence. Un schéma dans lequel n'entraient plus trop les journalistes politiques, qui perdaient certains accès privilégiés au pouvoir, ce dernier préférant "s'adresser directement aux Français".

Enfin, jusqu'à ce qu'Emmanuel Macron se souvienne que les rubricards politiques pouvaient finalement avoir une certaine utilité. ALERTE RÉVOLUTION, jeudi 24 août : le Président a donc convié trois journalistes dans son avion pour une discussion off, pour la première fois de son mandat. Et cela intervient après un été pourri marqué par de nombreuses polémiques sur l'action gouvernementale, une chute impressionnante dans les sondages de popularité et la difficulté que semblent avoir les Français à évaluer le début du quinquennat.

>> À relire : Et Macron rompit son habitude de ne pas commenter l'actualité à l'étranger (pour répondre à Hollande)

L'occasion de ressortir des archives tous ces commentaires et analyses des communicants de l'Élysée et des proches d'Emmanuel Macron, qui ont expliqué depuis trois mois à quel point le off, c'était le mal.

  • Macron et le "copinage"

Avant même son élection, Emmanuel Macron avait prévenu que, *lui Président*, le rapport du pouvoir à la presse changerait radicalement. Lors de L'Émission politique sur France 2 le 6 avril, le candidat à la présidentielle avait violemment dézingué François Hollande sans le nommer, disant par contraste vouloir être un chef de l'État "qui n'est pas en charge de l'anecdote, qui n'est pas devant les caméras chaque jour, et qui prend, en effet, une distance". Il ajoutait :

 

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Je considère que le problème des derniers quinquennats a été une trop grande proximité avec les journalistes. Et je pense que, en particulier quand on préside, on n'est pas le copain des journalistes. 

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  • Sylvain Fort et le "jeu malsain"


Le 24 mai, le proche conseiller présidentiel, qui s'occupait de la com' pendant la campagne avant de récupérer les grands discours et la politique mémorielle à l'Élysée, démine auprès de 20 minutes les premières polémiques sur le durcissement de la relation entre la présidence et la presse :

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Les citoyens sont conscients du fait que la communication de l’Elysée a été extrêmement mal gérée ces dernières années. Il est tout à fait regrettable que des secrets d’Etat aient été divulgués, des journalistes s’en sont d’ailleurs indignés, ou que le people se soit immiscé dans la politique.

 

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Et de viser les quinquennats de François Hollande et Nicolas Sarkozy, "qui ont joué un jeu souvent malsain avec les médias". Sylvain Fort dit alors vouloir "revenir à une relation normale" avec les médias, pensant aux mandats de Jacques Chirac et de François Mitterrand.



  • Griveaux et les "mauvaises habitudes"


Le 21 mai sur Radio J, celui qui n'est pas encore membre du gouvernement mais toujours porte-parole d'En marche ! justifie lui aussi le nouveau mode de communication choisi par Emmanuel Macron. "La parole présidentielle va se raréfier et je suis certain que chacun va s'en accommoder et va s'y habituer", explique Benjamin Griveaux, pointant "les mauvaises habitudes qui ont été prises ces dix dernières années, avec la multiplication des offs, des prises de parole sans doute intempestives [...] qui répondent à une forme de dictature de l'urgence".

"Il est certain qu'Emmanuel Macron va mettre une distance avec cela. Ce sera un président du temps long parce que le rôle du président, c'est de fixer un horizon et de ne pas être dans la réaction à la petite phrase et le commentaire de l'actualité", dit-il encore.



  • Castaner et les journalistes "impatients"


"Le fait qu’il ait, quelque part, sacralisé la parole présidentielle, contribue au retour de la fonction présidentielle. C’était un enjeu majeur aussi dans ses premiers pas", fait valoir le porte-parole du gouvernement sur France Inter le 9 août. Il annonce tout de même une évolution de la communication d'Emmanuel Macron, qui envisage de "parler aux Français" à la rentrée. Tout en prévenant les journalistes qu'ils seront à nouveau cantonnés à la périphérie :

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Chaque fois que je fais un média, que je rencontre des journalistes, je me fais un peu engueuler sur le thème 'il nous parle pas assez', eh bien oui, mais c’est son choix, il va falloir s’y habituer.

 

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Car entre "la parole rare" et les journalistes "impatients", "il faudra trouver le juste équilibre", dit-il alors.



  • "Sevrage" et "rigueur"


En off aussi (oh l'ironie), les conseillers présidentiels justifient le bannissement du off par Emmanuel Macron. Dans un long récit de franceinfo sur la communication du chef de l'État, on trouve par exemple cette jolie euphémisation de la situation de la part de son entourage :

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Ce n'est pas du verrouillage, c'est simplement de la rigueur ! Le pouvoir doit être mesuré dans sa parole. C'est aussi une protection des conseillers et de la parole élyséenne.

 

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Un "membre du premier cercle de la Macronie" ajoute :

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Il y avait un besoin de sevrage des journalistes.

 

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Une phase qui est manifestement terminée.

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