Valls et Cazeneuve répondent à Sarkozy dans un long communiqué commun sur les mesures prises pour lutter contre le terrorisme

Publié à 07h55, le 18 juillet 2016 , Modifié à 08h13, le 18 juillet 2016

Valls et Cazeneuve répondent à Sarkozy dans un long communiqué commun sur les mesures prises pour lutter contre le terrorisme
Manuel Valls et Bernard Cazeneuve. © Montage via AFP

LES POINTS SUR LES I - Nicolas Sarkozy a attendu trois jours avant de lancer une polémique. Au lendemain de l’attentat de Nice, qui a fait au moins 84 morts le soir du 14 juillet, le patron de LR s’était rendu sur place pour exprimer sa compassion. L’ancien chef de l’Etat avait alors prévenu qu’il "dirait" les choses, mais respectait pour l’instant le temps du deuil (ce que n’ont pas forcément fait la plupart des candidats à la primaire, d’Alain Juppé à François Fillon en passant par Henri Guaino ou Jacques Myard).

Mais dimanche 17 juillet, Nicolas Sarkozy a fustigé, sur le plateau de TF1, le manque de détermination de l’exécutif "depuis dix-huit mois"... tout en assurant ne vouloir "polémiquer avec personne". Il a ainsi dressé une longue série de reproches concernant la consultation de sites djihadistes, les centres de déradicalisation, les effectifs de police, les centres de rétention et/ou le bracelet électronique pour les fichés S, ou encore l’ouverture d’une mosquée à Nice.

C’est donc tout naturellement que Bernard Cazeneuve a enfilé son costume de fact-checkeur, comme il l’a fait à plusieurs reprises pour vérifier des propos de Nicolas Sarkozy (ici ou ) ou encore sur la situation à Calais. Quelques heures après l’intervention télévisée de l’ancien Président, le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre ont rédigé un communiqué commun, dans lequel ils répondent point par point aux accusations dont ils font l’objet.

L’exécutif commence par affirmer qu’"aucun gouvernement n’a fait autant jusqu’à présent pour lutter contre le terrorisme", et ce "contrairement à ce que le président du parti les Républicains a affirmé ce soir".

Concernant tout d’abord les effectifs de police et de gendarmerie : alors que Nicolas Sarkozy accuse François Hollande d’avoir supprimé 868 postes entre 2012 et décembre 2015, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve lui rappellent qu’il en a lui-même supprimé "12.500" pendant son quinquennat. Un reproche également fait par le PS et le FN qui ont pointé le "culot" de l’ex-chef de l’Etat.

Le gouvernement rappelle ensuite que "trois lois antiterroristes et une loi renseignement ont été adoptées au cours du quinquennat", et que "la lutte contre la radicalisation est une priorité parfaitement identifiée". Et de rappeler "la création d’un numéro vert pour les familles" et "la création d’un centre de réinsertion et de citoyenneté par région d’ici fin 2017".

Autre moyen de lutte "contre le discours radical islamiste" : l’expulsion de "prêcheurs de haine ou de pseudo-imams autoproclamés". Manuel Valls et Bernard Cazeneuve affirment que "dix mosquées ou salles de prières radicalisées ont été fermées"... et accusent Nicolas Sarkozy de n’en avoir fermé "aucune [...] au cours du précédent quinquennat". Plus spécifiquement sur l’attaque concernant la mosquée En Nour de Nice, l’exécutif précise que "son ouverture a été décidée non par le préfet mais par la justice, sanctionnant les manquements de la municipalité de Nice au respect des règles de droit. Nous sommes, en effet, un Etat de droit."

Ensuite, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur expliquent pourquoi il est juridiquement impossible de placer "les fichés S les plus dangereux" dans des centres de rétention administrative :

Soit un individu isolé conçoit un projet de passage à l’acte dans un registre collectif ou individuel, et il ne relève pas d’une rétention administrative mais de la prison au titre des infractions pénales à caractère terroriste ; soit il n’existe pas d’éléments de preuve justifiant d’un risque terroriste (et la fiche S constitue un élément de mise en attention, un outil de renseignement mais pas un élément de preuve) et par conséquent la mesure de restriction de liberté au titre de l’article 66 de la Constitution ne peut être mise en œuvre, car elle est non conforme aux règles constitutionnelles et européennes. [...] Notre Constitution garantit les libertés publiques : l’arbitraire n’est pas constitutionnel. Surtout, il n’est ni acceptable, ni efficace.

Concernant la consultation de sites djihadistes, dont Nicolas Sarkozy "demande depuis dix-huit mois" qu’elle "soit considérée comme un délit", le gouvernement rappelle qu’elle "est un délit passible de deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende depuis le 3 juin dernier" et que "ces dispositions complètent la législation existante et sont d’ores et déjà applicables", alors que l’ex-Président affirme que cette mesure "n'a été votée qu'en juin" et qu'elle "ne rentrera - peut-être - en vigueur qu'en octobre".

L’exécutif conclut son communiqué en réaffirmant sa "détermination" à lutter contre le terrorisme en rappelant ses "résultats" :

Cette action résolue donne des résultats : 16 attentats ont été déjoués sur notre sol depuis 2013. 160 individus en lien avec des activités terroristes ont été arrêtés depuis le début de l’année en France, grâce à l’action de nos services. Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières au soir du 13 novembre, 48 millions de personnes ont été contrôlées à l’ensemble de nos frontières terrestres, aériennes et maritimes, et 28.000 individus ont été empêchés d’entrer sur notre territoire.

Voilà donc comment l’exécutif répond de façon argumentée à toutes les accusations formulées par Nicolas Sarkozy. Une manière aussi pour Manuel Valls et Bernard Cazeneuve de faire oublier le couac de la veille. Les deux hommes s’étaient contredit par plateau de télévision interposé sur le profil "islamiste" du meurtrier de l’attentat de Nice.



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