VIDÉO - La très mauvaise *blague* de Macron sur les bateaux qui "amènent du Comorien" à Mayotte

Publié à 09h27, le 03 juin 2017 , Modifié à 16h18, le 03 juin 2017

VIDÉO - La très mauvaise *blague* de Macron sur les bateaux qui "amènent du Comorien" à Mayotte
© Montage Le Lab via TMC

Malgré son souci du détail et de la com' maîtrisée au millimètre, encore largement accentué depuis son accession au pouvoir, il arrive toujours à Emmanuel Macron de ne pas totalement contrôler son expression. Le chef de l'État, qui a souvent fait polémique par ses écarts de langage depuis son entrée en politique, vient en effet de commettre son premier impair du genre depuis son élection le 7 mai dernier.

La scène se passe jeudi 1er juin mais était passée inaperçue jusqu'à ce que l'émission Quotidien ne la diffuse vendredi soir. Ce jour-là, Emmanuel Macron est en visite au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage atlantique (CROSS) d'Etel (Morbihan). La discussion avec un agent du site tourne autour de bateaux de pêche, notamment ceux que l'on peut trouver à Mayotte. Les kwassa-kwassas, en particulier, de petits canots aussi utilisés par les passeurs pour amener des migrants comoriens sur l'île française de l'océan Indien, une traversée risquée qui a provoqué la mort de très nombreuses personnes ces dernières années.

Voici l'échange du président de la République avec l'agent :

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- Agent : Il y a des tapouilles et des kwassa-kwassas.



- Emmanuel Macron : Ah non, c'est à Mayotte, les kwassa-kwassas !



- Agent : Monsieur le Président, vous êtes un connaisseur !



- Emmanuel Macron : (Rire) Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien ! (Rire) C'est différent.

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La réflexion provoque un *léger* malaise parmi l'assistance, dans laquelle se trouve également Jean-Yves Le Drian (ministre de l'Europe et des Affaires étrangères), l'opportunité d'une plaisanterie sur ce sujet ainsi que de l'emploi de la formule "du Comorien" n'étant en effet pas évidente. Contactée par le Lab ce samedi, l'équipe de communication de l'Élysée reconnaît une "plaisanterie pas très heureuse" et "malvenue" :

 

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C'est une plaisanterie pas très heureuse sur un sujet grave, dont le président de la République a pleinement conscience et dont il a eu l'occasion de parler durant la campagne présidentielle [voir plus bas, ndlr]. C'est complètement regrettable et malvenu.

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Comme le montre le montage de Quotidien réalisé à partir d'archives de journaux télé, les drames de cette traversée Comores-Mayotte à bord de kwassa-kwassas sont nombreux. Selon un rapport du Sénat daté de 2012, "entre 7.000 et 10.000" personnes y auraient trouvé la mort depuis 1995. D'après un article de RFI de juin 2014, les autorités comoriennes évoquent elles "au moins 12.000" morts.

Un phénomène que ne méconnaît d'ailleurs pas Emmanuel Macron. Comme le rappelle Le Parisien ce vendredi, il avait évoqué le sujet durant sa campagne présidentielle, à l'occasion d'un déplacement à Mayotte fin mars. Il avait alors déclaré :

 

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[Marine Le Pen] a promis qu'il n'y aurait plus d'immigration légale ou illégale, plus de passeurs. Ce qui est impossible, c'est un mensonge éhonté. Qui peut vous promettre qu'il n'y aura pas demain des kwassa-kwassas ? Personne !

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De nombreux responsables politiques ont réagi à cette sortie du chef de l'État. Cécile Duflot s'est étonnée que le "tollé" ne soit pas plus grand, estimant que la même phrase prononcée par Nicolas Sarkozy en aurait provoqué un "gigantesque" et rapprochant celle de Macron des "sans-dents" de François Hollande. Même idée de "deux poids deux mesures" développée par Nadine Morano, qui a pris son propre exemple pour juger que "les journalistes" l'auraient plus accablée qu'Emmanuel Macron si elle avait tenu les mêmes propos :

Le député PS Daniel Goldberg, président du groupe d'amitié France-Comores à l'Assemblée nationale, a lui aussi réagi en "invitant Emmanuel Macron à régler les problèmes locaux plutôt qu'à en rire" :

En marge d'un déplacement en Corse, François Baroin a lui aussi dénoncé ces propos. Le chef de file de Les Républicains pour les législatives a déclaré à l'AFP :

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Ce n'est pas parce qu'on dit que c'était pour rire qu'on n'a rien dit. C'était évidemment choquant, encore plus quand on est Président.

 

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Sandra Regol, porte-parole d'EELV, a elle rappelé au chef de l'État que "les mots ont un sens" :

Le patron du PCF Pierre Laurent a pour sa part jugé ce propos "indigne", rappelant le "devoir d'hospitalité" de la France :

[EDIT 10h05 : ajout réaction Élysée]



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