Quand le dir' cab' du maire FN du Pontet se réjouissait que l'assassinat d'Hervé Gourdel détourne l'attention des médias

Publié à 18h28, le 25 février 2015 , Modifié à 08h29, le 22 avril 2016

Quand le dir' cab' du maire FN du Pontet se réjouissait que l'assassinat d'Hervé Gourdel détourne l'attention des médias
© JEFF PACHOUD / AFP

DOCUMENT LAB –L'assassinat d'Hervé Gourdel, le 24 septembre 2014 en Algérie, par des terroristes se revendiquant de Daesh, a profondément ému la France. Nombreux sont les hommes politiques de droite comme de gauche qui, après l'annonce de la mort du randonneur français, ont fait part de leur effroi. Mais, pour certains, cet assassinat a eu au moins un intérêt : détourner l'attention des médias de certaines tensions politiques locales.

C'est ce qu'a estimé Xavier Magnin, directeur de cabinet du maire FN du Pontet, Joris Hébrard, dont l'élection a été invalidée par le Conseil d'État ce mercredi 25 février. Dans un enregistrement qu'a pu se procurer le Lab, Xavier Magnin explique comment il a vu dans la mort d'Hervé Gourdel l'occasion d'étouffer les menaces proférées par un adjoint FN à  l'encontre d'un élu UDI. Ce qu'il dément fermement au Lab.

Nous sommes le 29 septembre 2014, soit 5 jours après l'exécution d'Hervé Gourdel. Quelques jours plus tôt, le 22 septembre, l'adjoint au maire FN délégué aux Travaux, Frédéric Delettre, a physiquement menacé un élu UDI, A. Quet. La scène s'est déroulée devant témoins, au McDonald's local. Après l'avoir insulté, Frédéric Delettre a levé la main en direction du centriste avant d'être arrêté par Sandrine Bajard, adjointe FN à la Culture. "Tu es con ou quoi ? Il n'a rien fait et tu ne vois pas qu'ils sont en train de filmer ?", avait-elle dit à l'adresse du frontiste.

Le 29 septembre, la majorité FN se réunit à huis-clos à la mairie du Pontet. Objectif : décider de la marche à suivre concernant ce règlement de comptes au McDo. La conversation a été enregistrée par Magali Ceci, conseillère municipale déléguée aux Fêtes.

Le maire commence par prendre la parole, regrettant que ce règlement de compte donne "une mauvaise image" de la majorité en place. Il appelle les autres élus frontistes à donner "une image de cohésion et d’unité". Autrement dit, Frédéric Delettre ne doit pas être désavoué par l'équipe municipale.

Puis Joris Hébrard se tait, laissant son directeur de cabinet Xavier Magnin parler à sa place. "On est là pour défendre Frédéric Delettre, même s'il a fait une grosse connerie, parce que si on ne le défend pas, votre putain de majorité, elle va exploser", lance-t-il à l'adresse de Magali Ceci. "Outrée par l'agression" dont A. Quet avait été victime, elle veut, pour sa part, une sanction contre Frédéric Delettre. Depuis, Magali Ceci a quitté la majorité municipale et Frédéric Delettre n'a pas été sanctionné.

Xavier Magnin ajoute :

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D'accord, il a failli lui mettre une trempe. Et  alors ? Et alors ? Moi s’il m’avait un peu énervé, pareil, je l’aurais fait. Ce n’est pas pour autant que l'on doit faire péter la majorité. Ce que vous vivez, ce qu’on vit, et je suis le premier à ne pas être fier de ça, parce qu’il a mis à mal ma communication avec ses conneries. Parce que il a fallu que je passe ma journée d’hier ou d’avant-hier à répondre à ces connards de journalistes. Parce qu’on surfait sur la vague de la réussite avec le Bulletin municipal et qu'A. Quet qui est un inconnu, du coup il a fait le buzz. Grâce à Dieu, on a égorgé un mec. Je dis ça, c'est pas que… Mais heureusement, l'actualité, elle bouge.

 

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Un passage isolé par le Lab et à réécouter ci-dessous :



Dans la salle, personne ne réagit aux mots de Xavier Magnin. Le maire Joris Hébrard reste silencieux. Un peu plus tard, l'édile est pris à partie par Magali Ceci qui lui demande de s'exprimer. "À la base c'est toi le maire, ça serait bien que tu te défendes un peu tout seul", demande-t-elle.

L'élu FN répond :

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Mais Xavier [Magnin] dit la même chose que ce que je pourrais te dire.

 

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Contacté par le Lab, Xavier Magnin dément avoir tenu de tels propos, dénonçant une "ineptie", "une affaire montée de tout pièce par un psychopathe, un malade mental", à savoir A. Quet. Dénonçant un "enregistrement bidon", il ajoute :

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Vous pensez vraiment que je vais mettre sur le même plan la mort d'un compatriote et un règlement de comptes au McDo ? J'aurais pu le faire pour un vrai scandale mais pas par rapport à ça.  

 

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Interrogé par le Lab ce mercredi 25 février, A. Quet demande à ce que la justice s'empare de ces propos, qu'il qualifie d'apologie du terrorisme. "Ça me donne la nausée. Se féliciter de la mort d'Hervé Gourdel pour détourner l'attention des médias, pour éclipser une agression, ça en dit long sur leurs valeurs. Et ils prétendent nous donner des leçons de patriotisme ?" explique-t-il. 

[BONUS TRACK] Énormes tensions

La réunion du 29 septembre a duré près d'une heure et 25 minutes, une longue discussion marquée par des invectives qui témoignent de la tension qui régnait au sein de la majorité FN en septembre dernier. Xavier Magnin a ouvertement menacé Magali Ceci. "Qu’est-ce que tu crois ? Si jamais tu sors une connerie en Conseil Municipal, le lendemain je te flingue par un communiqué", a-t-il dit.

Un peu plus loin, un autre élu FN, Stéphane Di Bernado, adjoint délégué à l'Éducation, s'en est aussi pris à Magali Ceci. "Arrête ton truc, tu vas pas me casser les couilles, tu vas pas me casser les couilles, tu ne vas pas me saoûler", a-t-il lancé avant d'être rappelé à l'ordre par le maire.

Denier exemple avec la sortie de Xavier Magnin sur l'opposition, qu'il a qualifié de "traitres au pays" parce qu'ils ont fait "rentrer en masse des Arabes, des Noirs et tout ce que tu veux". "Pour moi, ce n’est pas un problème de racisme ; moi, les Martiniquais, les gens de la Réunion, du moment qu’ils lèvent le drapeau français ou même des Africains qui ont combattu pour la France, pas de problème. Ce n'est pas ceux-là que je dénonce. C’est tous ceux qui ont fait rentrer des gens sans contrôle, sans rien", a-t-il expliqué. Il a ajouté :

 

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Il y a des réunions de salafistes au Pontet. Un jour, ils vont se réveiller,  ces mecs-là. C’est pas un mec de l’Algérie qu’ils vont égorger, c’est toi peut être. Parce que c’est ça, la réalité. Donc les mecs qu’on combat, on ne les combat pas parce qu’ils ont foutu Le Pontet en faillite, je m'en branle de ça, mais parce que ces mecs-là, ils sont les relais d’un parti au plan national, d’un système qui avec la mondialisation, n’importe quoi, avec l’immigration, n’importe quoi, nous ont mis dans la merde. On était il y a 40 ans, 50 ans, les leaders du monde, on est devenu la merde du monde.

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La lutte contre le déficit local est pourtant l'une de priorités de la majorité FN du Pontet. En juin 2014, le maire FN avait ainsi décidé d'en finir avec la gratuité de la cantine pour les plus pauvres.

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