Christian Eckert, le rapporteur du budget, règle ses comptes avec NKM et Xavier Bertrand

Publié à 16h42, le 22 octobre 2012 , Modifié à 17h55, le 22 octobre 2012

Christian Eckert, le rapporteur du budget, règle ses comptes avec NKM et Xavier Bertrand
Christian Eckert à l'Assemblée nationale, le 7 septembre 2011. (Maxppp)
Image Sébastien Tronche

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Le rapporteur général du budget, le socialiste Christian Eckert, règle ses comptes, sur son blog, après une semaine chargée de discussion du projet de loi de finances 2013. Dans son viseur : le gouvernement mais surtout Nathalie Kosciusko-Morizet et Xavier Bertrand. Ambiance.

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    NKM ou la "technique de Lourdes"

    Après s’être étonné sur son blog du "poids des lobbies", Christian Eckert, le rapporteur socialiste du budget s’est fendu d’un nouveau texte pour mettre les points sur les I après une semaine de débats agités dans l’hémicycle sur le projet de loi de finances.

    Revenant tout d’abord sur les différences d’appréciations et les divergences entre la majorité parlementaire et le gouvernement, le député s’explique et justifie ses prises de position par les "dysfonctionnements" qui traversent le débat parlementaire :

    Il est vrai que l'affaire des "pigeons" et quelques autres dossiers (ISF oeuvres d'art, redevance audiovisuelle...) ont pu donner le sentiment que l'Assemblée Nationale ne compte pas beaucoup pour le Gouvernement. Il n'y a ni blues, ni colère, chez le rapporteur général du budget... Il s'agissait pour moi de pointer des dysfonctionnements, et surtout de ne pas les reproduire.

    Une fois ce propos liminaire exprimé, Christian Eckert revient essentiellement sur deux incidents de séance, deux altercations verbales qu’il a eu avec deux anciens ministres de Nicolas Sarkozy : Nathalie Kosciusko-Morizet et Xavier Bertrand.

    > Nathalie Kosciusko-Morizet et "la technique de Lourdes"

    Première cible de Christian Eckert dans son billet de blog : l’ancienne porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy, NKM. "Sa façon de faire frise l’incorrection", écrit le député socialiste, qui développe :

    C’est ce que j’appelle la "technique de Lourdes" : faire des apparitions.

    En cause ? Une intervention de l’ancienne ministre sur l’article de loi relatif "aux pigeons", qui a provoqué un rappel au règlement et dont voici un extrait retranscrit dans le compte-rendu de séance disponible sur le site de l’Assemblée nationale :

    Mme la présidente. La parole est à Mme Nathalie Kosciusko-Morizet.M. Christian Eckert, rapporteur général. Voilà les conflits d’intérêt qui s’amorcent ! (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP.)M. Jean-François Lamour.Qu’est-ce que cela veut dire ? Monsieur le rapporteur général, vous nous demandez d’être polis, mais vous, vous ne l’êtes pas !M. Hervé Mariton. Ces propos sont scandaleux !Madame la présidente, je demande la parole pour un rappel au règlement !

     

    Après ce rappel au règlement, le député UMP Hervé Mariton demande, et obtient, une courte suspension de séance afin "de réunir (mon) groupe". Au retour dans l’hémicycle, les esprits se sont légèrement calmés.

    Christian Eckert pointe déjà la "technique de Lourdes", soulignant les "apparitions" de NKM et rappelant son respect pour "ceux qui sont là depuis le début" (voir à ce sujet l’article du blog Les cuisines de l’Assemblée sur le "club" de ceux qui suivent, année après année, avec minutie les discussions budgétaires) :

    Mme la présidente. La parole est à M. le rapporteur général.M. Christian Eckert, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Chers collègues, cet article a été réservé, il vient maintenant en discussion. J’ai beaucoup de respect pour ceux qui sont là depuis le début. Mais je trouve qu’un certain nombre de nos collègues sont un peu évanescents et viennent à des moments très choisis et très ponctuels pour dire un certain nombre de choses, puis n’attendent même pas par courtoisie – cela s’est passé hier – les réponses qui peuvent être apportées.J’ai eu une petite réaction que je suis prêt à retirer et à regretter, mes chers collègues, mais elle trouve son explication dans un certain nombre de phénomènes dont vous avez compris la teneur. Donc, je suis prêt à retirer mes propos, afin que les travaux se poursuivent en toute sérénité. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)Mme la présidente. Dont acte.

      

    Malgré ses regrets et ses propos retirés, Christian Eckert se justifie et renchérit son attaque sur son blog :

    Je n'ai pu m'empêcher de penser que son intérêt sur ce sujet pouvait être lié à son entourage familial. Beaucoup le pensaient, moi je l'ai dit !

    > Xavier Bertrand le "bonimenteur"

    Dans son billet de blog, Christian Eckert s’en prend également, et avec virulence, à Xavier Bertrand, "un adepte de la provocation" :

    Xavier Bertrand utilise une technique bien connue : lui, c’est le parfait "bonimenteur", mais sans la partie "boni".

    A l’origine de cet emportement, une discussion sur un amendement déposé par l’ancien ministre du Travail. Une nouvelle fois, le rapporteur du budget attaque le député sur sa présence, ponctuelle, dans les débats budgétaires. Visiblement, il n’aime pas cela. "Le débat se passait bien avant que vous n’arriviez", lui lance-t-il. 

    Le compte-rendu de séance est parlant et Xavier Bertrand en profite pour revenir sur l’altercation entre Christian Eckert et NKM :

    Mme la présidente. La parole est à M. le rapporteur général.M. Christian Eckert, rapporteur général. Monsieur Bertrand, je vois que votre ambition s’est réduite : en commission vous aviez proposé une diminution de 750 millions, en séance vous n’êtes plus qu’à 500 millions, peut-être qu’en deuxième lecture on arrivera à 250 millions.M. Xavier Bertrand. Ne dites pas n’importe quoi : c’est le même amendement !M. Christian Eckert, rapporteur général.Les comptes rendus nous départageront.(…)M. Christian Eckert, rapporteur général. Monsieur Bertrand, vous n’êtes pas là depuis lundi soir sans interruption, vous pourriez donc avoir un peu de respect et ne pas interrompre systématiquement les orateurs.M. Xavier Bertrand. En matière de respect, vous n’avez pas de leçons à donner, après ce que vous avez dit à Nathalie Kosciusko-Morizet !M. Christian Eckert, rapporteur général. Allez-y, continuez ! Le débat se passait bien, jusqu’à ce que vous arriviez. Voulez-vous que je réponde à votre amendement ? Alors permettez-moi de le faire. Je dis que l’effet direct de votre amendement…M. Xavier Bertrand. C’est faux !M. Christian Eckert, rapporteur général.Les cours d’école, c’est comme ça : ils veulent toujours avoir le dernier mot ! Eh bien le dernier mot sera : défavorable.(…)M. Christian Eckert, rapporteur général. Nous seront au moins d’accord sur votre dernière phrase. À la page 879 du rapport, monsieur Bertrand, vous pourriez constater que votre amendement initial diminuait effectivement le montant de la DGF, qui passait de 41 505 415 000 à 40 755 415 000. Si vous faites la différence, vous trouvez 750 millions.M. Xavier Bertrand.C’est le même texte, les chiffres n’ont pas été changés !M. Christian Eckert, rapporteur général.Menteur !Mme la présidente. La parole est à M. Xavier Bertrand, pour un rappel au règlement.M. Xavier Bertrand. Fondé, monsieur le président, sur l’article 58, alinéa 1, relatif à l’organisation de nos débats.M. le rapporteur général vient d’utiliser hors micro le mot de menteur. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.) Je suis désolé, celui qui est en train de dénaturer le débat, c’est le rapporteur général : hier soir à mon endroit, ce matin à l’égard d’une députée du groupe UMP et encore à l’instant. Gardez vos nerfs, monsieur le rapporteur général.Une chose est certaine : ces propos sont inqualifiables. Inqualifiables ! (…)

    Sur son blog, s’il persiste, Christian Eckert le reconnait :

    Bien sûr que je n’aurais pas dû lâcher tout haut…menteur !

     

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