Florian Philippot s'insurge contre l'ouverture d'un centre d'accueil pour SDF, persuadé qu'il accueillera aussi des migrants

Publié à 13h34, le 15 mars 2016 , Modifié à 17h04, le 15 mars 2016

Florian Philippot s'insurge contre l'ouverture d'un centre d'accueil pour SDF, persuadé qu'il accueillera aussi des migrants
Florian Philippot © FREDERICK FLORIN / AFP
Image Sylvain Chazot


Comme beaucoup d'autres au Front national, Florian Philippot dénonce à l'envi l'action de certains – et notamment de l'État – qui feraient beaucoup pour les migrants mais laisseraient "crever dehors" les SDF. Le numéro 2 du FN avait ainsi dénoncé, en septembre dernier, l'octroi de 1.000 euros d'aide par nouvelle place d'accueil pour les réfugiés créée en région Bourgogne.

C'est donc avec un certain étonnement que l'on découvre, lundi 14 mars, le message du vice-président frontiste. Florian Philippot a ainsi apporté son soutien aux opposants à l'ouverture d'un centre d'accueil pour sans-abris dans le XVIe arrondissement de Paris. Voici ce que l'eurodéputé a écrit sur Twitter :  

Ambiance révolutionnaire au cœur du XVIe arrondissement de Paris ce soir. En cause : l'arrivée de migrants. Comme quoi rien n'est perdu !

"Rien n'est perdu" si ce n'est la vérité. Florian Philippot affirme que le projet de centre d’hébergement par la mairie de Paris est destiné aux réfugiés. Or, lundi 14 mars, la secrétaire générale de la préfecture d'Île-de-France Sophie Brocas a assuré, lors d'une réunion à l’université Paris-Dauphine, que le centre "n’accueillera aucun migrant". Mais le projet à l'ordre du jour du Conseil de Paris le 15 décembre visait "des migrants et des sans-abri", rappelait en fin d'année dernière Le Figaro. Une confusion qui a peut-être troublé Florian Philippot.  

Interpellant Le Lab sur Twitter après publication de cet article, Florian Philippot a maintenu que le centre accueillerait bien des migrants, assurant que les "élements de langage" du ministère de l'Intérieur à ce sujet, "repris" par "le corps préfectoral", relevaient de "la com'". "Et non, je ne crois pas Cazeneuve sur le sujet migratoire", a ajouté le vice-président du parti d'extrême droite.





Par le biais de cette argumentation, Florian Philippot en vient donc à se réjouir de l'opposition à l'ouverture de ce centre d'accueil. 

Le n°2 du FN s'est-il aussi laissé berner par les mots du maire du 16e arrondissement de Paris ? L'élu LR Claude Goasguen prédit, en effet, "un futur Sangatte" dans son secteur, du nom du centre d'accueil pour les immigrés sans-papiers fermé en 2002. De nombreux habitants du XVIe, venus lundi soir assister à la réunion, ont exprimé la même crainte.

La réunion organisée lundi s'est arrêtée au bout d'une vingtaine minutes environ, suite à la colère exprimée de manière vivace - et pas toujours très polie - par les riverains. 





Le site, qui doit ouvrir cet été, pourra accueillir 200 sans logis. Durant les questions d'actualité à l'Assemblée ce mardi, le député PS Christophe Caresche a interrogé Manuel Valls au sujet de ce "centre d'hébergement d'urgence pour sans-abri". De manière générale, l'élu de Paris a défendu une nécessité de "solidarité vis-à-vis des sans-abri mais aussi des réfugiés". Le Premier ministre s'est dit "profondément choqué" des troubles durant la réunion publique de lundi soir et a souligné "la détermination de l'État pour mener à bien ce projet".

"On ne peut pas tolérer que le débat public soit ainsi manipulé", a encore affirmé Manuel Valls, dénonçant les "mensonges sur ce projet". Avant de défendre cet outil d'"accueil des personnes en détresse" (et non de migrants stricto sensu, donc) :

Le gouvernement soutient pleinement le projet de centre d'hébergement sur l'Allée des fortifications, situé en lisière du bois de Boulogne. Car ce projet, me semble-t-il, est nécessaire et exemplaire. Nécessaire car - faut-il le rappeler ici ? - l'accueil des personnes en détresse est une obligation légale que le représentant de l'État doit assumer dans chaque département. Faut-il rappeler que ce centre accueillera 200 personnes, des familles avec enfants pour moitié, et qu'à Paris, plus de 30.000 personnes sont mises à l'abri chaque jour ? 78 centres d'hébergement les accueillent aujourd'hui. Aucun centre n'existe dans le XVI arrondissement. Son ouverture en juin est un élément indispensable pour partager l'effort, pour ne pas concentrer l'accueil des populations en difficulté uniquement dans les quartiers les plus populaires.

Manuel Valls a ensuite évoqué l'action du gouvernement en matière d'accueil de migrants, notamment à Calais :

Faire vivre la solidarité, c'est aussi garantir que tout le monde, mais aussi tous les territoires prennent leur part à l'effort. C'est ce que nous accomplissons ici en direction des familles en détresse.

C'est aussi ce que nous accomplissons pour les migrants : l'Île-de-France accueille plus de 3.000 migrants répartis sur tout son territoire. C'est enfin ce que nous faisons à Calais, où le regroupement des migrants dans des abris solides, installés dans la partie nord de la lande, s'opère dans le respect et la dignité des personnes.

[Edit 16h : ajout tweets Philippot + modification du titre de l'article, à savoir initalement : "Florian Philippot s'insurge contre l'ouverture d'un centre d'accueil pour SDF dans le XVIe arr. de Paris".]

[Edit 17h05 : ajout déclarations Valls]

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