François Fillon ne se contredirait-il pas un tout petit peu sur la colonisation ?

Publié à 06h56, le 16 février 2017 , Modifié à 08h44, le 16 février 2017

François Fillon ne se contredirait-il pas un tout petit peu sur la colonisation ?
François Fillon n'est pas toujours d'accord avec François Fillon © FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
Image Etienne Baldit


"La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie [...]." La phrase est signée Emmanuel Macron. Le candidat En Marche ! à la présidentielle l'a prononcée mardi 14 février en Algérie, s'attirant immédiatement une importante flopée de critiques de la part de la droite et de l'extrême droite. François Fillon fait partie de ceux qui ont été choqués par ces propos.

En meeting à Compiègne mercredi, l'ancien Premier ministre a flingué celui qui le devance désormais dans les sondages, à la faveur de l'affaire des emplois fictifs présumés de Penelope Fillon. Le candidat LR a notamment déclaré :

Cette détestation de notre histoire, cette repentance permanente est indigne d'un candidat à la présidence de la République.

Voilà qui colle avec le discours de François Fillon sur le "récit national" qu'il veut voir enseigné à l'école, ce pourquoi il propose la réécriture des programmes d'histoire par trois académiciens. Voilà qui colle aussi avec sa vision de la colonisation, qu'il considère comme un "partage de culture" pour lequel "la France n'est pas coupable".

Ce mercredi, le vainqueur de la primaire de la droite a poursuivi sa charge contre Emmanuel Macron : "Il y a quelques temps, monsieur Macron trouvait des aspects positifs à la colonisation. Ça veut dire qu'Emmanuel Macron n'a aucune colonne vertébrale. Il dit simplement ce que ceux qui l'écoutent veulent entendre."

François Fillon n'a pas tort. Car en novembre 2016, tout en critiquant la colonisation, l'ex-ministre de l'Économie reconnaissait que des "éléments de civilisation" l'avaient accompagnée. Il disait au Point :

Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie.

D'ailleurs, mardi, Emmanuel Macron a également évoqué cet aspect des choses : "En même temps, il ne faut pas balayer tout ce passé et je ne regrette pas cela", a-t-il affirmé.

Pour autant, le candidat LR n'est lui-même pas exempt de contradictions sur ce sujet. Pas plus tard que le 11 février (donc quatre jours avant sa critique des propos de Macron), François Fillon estimait en effet dans une interview au Quotidien de la Réunion :

L’esclavage, la colonisation, la traite des êtres humains, étaient des abominations. L’oubli n’est pas possible ! Mais il n’est pas juste que la France d’aujourd’hui porte des crimes commis il y a plus d’un siècle et demi.

Bigre. Ne trouverait-on pas ici trace d'une certaine "détestation de notre histoire", d'une "repentance" disqualifiante pour un prétendant à l'Élysée, pour reprendre ses propres termes ?

Certes, François Fillon n'a pas tenu ces propos en public. Il s'agit d'une prise de position effectuée par mail auprès du Quotidien de la Réunion, qui notait déjà que cela correspondait assez peu à ses précédentes déclarations sur le fait colonial. Nos confrères s'interrogeaient donc :

Comment qualifie-t-on un discours dont la coloration s'adapte à celle du public ? Un discours caméléon, non ?

Voilà, c'était la fable du jour, "L'invertébré et le caméléon".

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