Harcèlement sexuel : une conférence avec Jean Lassalle à Sciences Po Lille finalement annulée

Publié à 19h20, le 15 novembre 2017 , Modifié à 20h14, le 15 novembre 2017

Harcèlement sexuel : une conférence avec Jean Lassalle à Sciences Po Lille finalement annulée
Jean Lassalle © Bertrand GUAY / AFP
Image Le Lab


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Il devait initialement venir parler de son engagement politique et notamment de son travail de "député de la ruralité". Mais Jean Lassalle est aussi, depuis la fin octobre, accusé de violences sexuelles par plusieurs femmes. Sa venue en conférence à Sciences Po Lille, le 22 novembre à l'initiative de l'asso étudiante "L’Arène de l’IEP", était donc vivement contestée par une autre asso, LGBTQI et féministe, "Bon Chic Bon Genre". Cette dernière avait publicisé sa demande d'annulation de l'événement et même lancé une pétition en ligne pour l'obtenir. Et elle a finalement eu gain de cause.

Selon les informations du Lab mercredi 15 novembre, la conférence n'aura en effet pas lieu. Ce que Maxime Maintier, président de "L’Arène de l’IEP", confirme auprès du Figaro Étudiant :

Nous avons décidé d’annuler la conférence. Cela prend trop d’ampleur et je suis seul responsable de ce que cette conférence se passe le mieux possible. Notre souhait était que celle-ci se tienne, mais sous les pressions conjointes d’associations comme BCBG, ou de la direction, nous sommes contraints d’annuler.

"La direction de l’école avait en effet 'fortement déconseillé' la tenue de l’événement, sans l’interdire formellement", précise encore Le Figaro. D'après Camille Jaffrelo, ancienne présidente de "L'Arène de l'IEP" mais fermement opposée à la venue de Jean Lassalle et jointe par le Lab, "le feu vert" de la direction de l'école à cette invitation "a été donné à 'L'Arène de l'IEP' avant les accusations" contre le député. Cette étudiante explique encore que depuis le début de la polémique, l'administration s'en serait tenue à une position de neutralité dans cette affaire et aurait laissé les associations étudiantes gérer le conflit, responsables qu'elles sont de l'organisation de ces événements. "

Plus tôt dans la journée et dans un long post Facebook, "Bon Chic Bon Genre" jugeait "inconcevable d'inviter Jean Lassalle en raison des accusations d'agressions sexuelles qui pèsent contre lui". Et alors que la possibilité de débattre de la question du harcèlement sexuel avec l'intéressé au cours de la conférence aurait été envisagée, l'association s'y opposait tout aussi catégoriquement :

Nous considérons qu'inviter un agresseur sexuel [Jean Lassalle reste présumé innocent, ndlr] pour 'débattre et discuter' du harcèlement sexuel est non seulement irrespectueux vis-à-vis des victimes et survivant-e-s d'agressions, à Sciences Po comme ailleurs, mais aussi illusoire dans la mesure où nos questions pourraient être et seront éludées. Afin d'aborder la question du harcèlement, pourquoi ne pas inviter des femmes politiques ? Le débat serait bien plus instructif que celui que nous pourrions espérer obtenir avec Jean Lassalle.

Leur activisme a donc fini par payer. Au mois d'octobre déjà, l'invitation lancée par une école de management grenobloise avait finalement été retirée la veille de la venue de Jean Lassalle, "compte tenu du potentiel trouble à l’ordre public pouvant être occasionné par l’engouement médiatique autour" du député, comme l'avait rapporté Le Dauphiné Libéré

Ancien candidat à l'élection présidentielle, Jean Lassalle est aujourd'hui accusé d'agression sexuelle par plusieurs femmes l'ayant côtoyé, dont la journaliste Mié Kohiyama, les députées Karine Berger et Colette Capdevielle ou encore Julia Castanier, directrice de la communication du PCF. Elles ont toutes témoigné dans Mediapart et font état d'agressions ou de harcèlement de la part du député des Pyrénées-Atlantiques.

On ne voudrait préjuger de rien, mais il n'est pas impossible que Jean Lassalle voit dans ce dénouement une nouvelle preuve d'un obscur complot contre sa personne. "Il faut me faire taire", lançait-il ainsi sur RTL fin octobre, en réaction aux accusations d'agressions sexuelles à son encontre, estimant que celles-ci étaient "téléguidées" et que le tout "arrange[ait] monsieur Macron". Des théories pas tout à fait nouvelles chez lui : pendant la campagne présidentielle, il avait déjà assuré "qu'une immense campagne de déstabilisation mondiale aura[it] lieu après sa victoire"...





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