Viré de BFM, l'Institut Montaigne s'accroche à LCP

Viré de BFM, l'Institut Montaigne s'accroche à LCP
Visuel du dossier de presse présentant les programmes de LCP (capture d'écran)

Deux semaines après avoir été viré de l'antenne de BFM-TV, par décision du CSA qui jugeait ses contenus trop sarkozystes, l'Institut Montaigne revient sur les écrans, ce mardi 17 avril, à 20h50. 

Au programme ? Une émission de 70 minutes destinée à "faire la promotion d’idées et de thèmes qui lui sont chers", qui sera diffusée sur LCP-AN.

Le Lab vous explique les coulisses de ce programme atypique, animé par Patrick Poivre d'Arvor.

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    "Si on voulait faire du lobbying, on pourrait faire beaucoup plus subtil …"

    Sur youtube.com

    L’Institut Montaigne, think tank libéral réputé proche de l’UMP, s’accroche à sa fenêtre de première partie de soirée sur "La Chaîne Parlementaire – Assemblée Nationale", après avoir été bouté hors de BFM-TV il y a deux semaines sur recommandation du CSA pour des contenus jugés trop sarkozystes, comme le révélaitalors Le Nouvel Observateur.

    LCP-AN diffusera en effet, ce mardi 17 avril de 20h50 à 22h, un programme de débats intitulé "Thèmes de campagne", animé par l’ancien présentateur vedette du jité de TF1, Patrick Poivre d’Arvor, et qui accueillera Nicole Notat, ancienne patronnne de la CFDT :

    (photo : site de Tilder)

    Particularité  de cette émission ? Elle est co-produite par un couple atypique et détonnant dans le paysage audiovisuel français, définitivement peu coutumier de la production télé : l’Institut Montaigne, et Tilder, un cabinet de conseil en affaires publiques.

    Le financement de l’émission, lui, est tripartite : s’ajoute, au couple Institut Montaigne et Tilder, l’un des big four des cabinets d’audit financier à travers le monde, KPMG.

    Contactée par Le Lab, La Chaîne Parlementaire a confirmé la diffusion de l'émission, et assuré que la question d’une éventuelle déprogrammation, ou d’un réexamen de l’opportunité de diffusion, ne s’était "jamais posée", malgré la décision du Conseil supérieur de l'Audiovisuel relative aux programmes courts diffusés sur BFM.

    Et cette fois, le CSA ne peut rien dire : les deux chaînes parlementaires ne sont en effet pas placées sous son contrôle, mais directement rattachées au Parlement, comme le prévoient les statuts de la chaîne.

    Objectif de l'émission : "Faire la promotion d'idées et de thèmes chers à l'Institut Montaigne"

    Sur le papier, la promesse de "Thèmes de campagne" est donc la suivante : emmener les téléspectateurs de la chaîne parlementaire "loin des débats polémiques et discordes partisanes" et "aborder la campagne politique autrement".

    Dans les faits, et l’Institut Montaigne le reconnait lui-même, par la voix de Michaël Cheylan, son directeur des affaires publiques, interrogé par Le Lab, il s’agit bien de :

    "Faire la promotion d’idées et de thèmes qui sont chers à l’Institut."

    Mélange des genres, et manière de participer à l’inscription, sur l’agenda médiatique, des préoccupations de l’Institut Montaigne ?

    Michaël Cheylan s’en défend :

    "Ah non ! Si on voulait faire du lobbying, on pourrait faire beaucoup plus subtil …"

    Avis à l’unisson chez l’autre co-producteur, Tilder, qui l’assure : "Rien ne nous empêche de produire une émission de débats."

    Et, pour mieux se défendre, l’Institut Montaigne renvoie à l’émission elle-même : "Jugez nos intentions sur pièce !", enjoint ainsi Michaël Cheylan.

    Alors, précisément, à quoi ressemble cette émission ?

    Non seulement elle fait la part belle à ses deux co-producteurs, puisque Laurent Bigorgne et Matthias Lerridon, respectivement patrons de l’Institut Montaigne et de Tilder, sont présents sur le plateau aux côtés de PDDA, qui s’en remet à "leurs mains expertes" pour conduire les entretiens.

    Mais elle met également en avant, dans des "portraits" pré-enregistrés, des personnalités … plus ou moins représentatives du débat d’idées.

    On trouvait ainsi, par exemple, lors de la première émission, diffusée le mardi 13 mars, Chenva Tieu, un secrétaire national de l'UMP aux élections législatives, pudiquement présenté en tant qu'entrepreneur dans le communiqué de presse annonçant l'émission.

    Les images, elles, prenaient beaucoup moins de pincettes. Chenva Tieu, sacré "Monsieur Asie de Sarkozy" par Le Point,  candidat aux législatives dans les 13e et 14e arrondissements de Paris, était bien présenté sur scène lors de sa participation à une convention de l'UMP consacrée à la critique du projet socialiste :

    L'ensemble du portrait était dithyrambique, et Chenva Tien était tour à tour présenté comme un "militant atypique", "libéral décomplexé" et "modèle d’intégration".

    Résumé par PPDA, cela donne :

    "Un inconnu qui ne devrait pas le rester longtemps."

    Regardez la séquence, elle se déroule à 51'00, sur la vidéo mise en ligne sur le compte youtube de Tilder :

    Une émission multirediffusée

    Enregistrée ce lundi 16 avril dans la soirée, l’émission de ce 17 avril, deuxième d’une série de cinq, accueillera donc l’ancienne patronne de la CFDT, Nicole Notat.

    Son contradicteur sera Abdel Aïssou, directeur général délégué du groupe Randstad France … qui avait planché sur les banlieues pour le compte du gouvernement Fillon

    Elle sera rediffusée à de nombreuses reprises dans les jours à venir.