La grosse manœuvre des Constructifs et de LREM pour chiper la questure de l'Assemblée à Éric Ciotti

Publié à 17h01, le 28 juin 2017 , Modifié à 17h23, le 28 juin 2017

La grosse manœuvre des Constructifs et de LREM pour chiper la questure de l'Assemblée à Éric Ciotti
Thierry Solère et Éric Ciotti © Montage le Lab via AFP
Image Etienne Baldit


CONSTRUCTIFS 1 - LR 0 - C'est un petit coup de tonnerre à l'Assemblée nationale. Mercredi 28 juin, le groupe des "Constructifs" de droite (LRCUII) est parvenu à ravir à ses anciens collègues de Les Républicains le poste de questeur réservé à l'opposition. Au terme d'une bataille de roublardise parlementaire, c'est Thierry Solère qui a été élu par l'ensemble des députés à ce poste hautement stratégique (les trois questeurs sont chargés des services financiers et administratifs de la chambre) et rémunérateur (5.000 euros brut de plus que pour un député lambda). Or, la logique et la tradition auraient voulu que ce soit Éric Ciotti, candidat désigné par le groupe LR, qui y soit nommé. Thierry Solère a récolté les voix de 306 députés, contre 146 pour Éric Ciotti. 

~ Interlude technique ~

Les trois questeurs sont élus par leurs pairs au début de chaque législature. "Il est de tradition, depuis 1973, que deux d’entre eux appartiennent à la majorité, le troisième à l’opposition", rappelle le site de l'Assemblée. L'attribution de ces postes est habituellement une formalité, après une réunion des présidents de groupe. L'Assemblée réunie avalise ces nominations par un vote à bulletins secrets, avec généralement autant de candidats que de postes à pourvoir.

~ Fin de l'interlude technique ~

Mais les Constructifs sont venus troubler le jeu en proposant la candidature de Thierry Solère. Une manoeuvre surprenante mais totalement autorisée, le groupe LRCUII s'étant bel et bien déclaré officiellement comme faisant partie de l'opposition, malgré sa volonté publique d'être au soutien de la majorité présidentielle - raison principale de la scission avec leurs *camarades* LR.

En ouverture de la séance, le co-président des Constructifs Franck Riester avait fait valoir un "acte fort de modernisation" de l'Assemblée, présentant cette candidature comme celle de "tous les membres de l'opposition" :

Nous sommes très nombreux ici à vouloir modifier le fonctionnement de l'Assemblée nationale. [...] Nous pensons que vu le nombre de groupes qu'il y a, notamment de l'opposition, à l'Assemblée nationale, il est logique que la questure, qui est un endroit majeur de rencontres, d'échanges entre députés, puisse être ouvert à tous les groupes de l'opposition, à tous les groupes minoritaires de cette Assemblée nationale. Alors, c'est pas la candidature à la questure pour le groupe des Constructifs ; c'est évidemment, à travers la personne de Thierry Solère, un membre du groupe Les Constructifs, mais qui aura pour objectif de faire en sorte d'ouvrir la questure à tous les membres de l'opposition, tous les membres des groupes de l'opposition minoritaire. C'est très important, ça nous paraît être un premier acte fort de modernisation du fonctionnement de notre assemblée.

Une déclaration qui a provoqué des protestations sur les bancs de droite. Le député LR Sébastien Huyghe a d'ailleurs aussitôt dénoncé sur Twitter une tentative de "coup de force" et un "mépris pour l'opposition" :





À la tribune, le chef de file des députés LR Christian Jacob avait d'ailleurs explicitement "demandé" que la répartition habituelle de ces postes "soit respectée". Et le nouveau président (LREM) de l'Assemblée, François de Rugy, a rappelé la "pratique constante depuis 1973" que deux postes reviennent à la majorité et un à l'opposition.

Mais les Constructifs ont finalement réussi leur coup, avec le soutien de la majorité. Selon les informations du Lab, au moins trois ou quatre députés LREM sont en effet passés dans les rangs durant le vote pour suggérer à tout un chacun de voter pour Thierry Solère afin de "dégager Ciotti".

Après l'annonce des résultats par François de Rugy, Christian Jacob a fulminé contre ce coup de théâtre, estimant que "les droits de l'opposition viennent d'être bafoués comme ils n'ont jamais été bafoués dans cet hémicycle" :

On vient de rompre avec plus de 50 ans de pratique parlementaire. Les droits de l'opposition viennent d'être bafoués comme ils n'ont jamais été bafoués dans cet hémicycle. C'est la majorité qui choisit son opposition, ça n'était jamais arrivé. C'est une opération menée par 7 ou 8 de nos collègues, qui d'ailleurs ont trompé leurs collègues, si j'ai bien compris. On se trouve dans une situation extrêmement grave : il n'y a plus de contrôle budgétaire dans cette maison, c'est la première fois que ça arrive.

[...] Comprenez que cette assemblée ne peut pas commencer de cette façon et je vous demande de réunir les présidents de groupe parce que jamais les droits de l'opposition n'ont été piétinés comme ils ont été piétinés. C'est encore une fois l'initiative de 7 ou 8 députés qui ont menti, y compris à leur propre groupe parlementaire.

Et Éric Ciotti lui-même s'est indigné de la chose, dénonçant un "déni de démocratie" et "une forme de forfaiture" :







Par ailleurs, les deux questeurs de la majorité seront Florian Bachelier et Laurianne Rossi.

Une autre bataille de ce type est par ailleurs en cours pour la présidence de la commission des Finances. Depuis 2007 et une réforme du règlement de l'Assemblée nationale impulsée par Nicolas Sarkozy, ce poste (l'un des plus prestigieux du palais Bourbon) est réservé à l'opposition. Et donc, en l'occurrence, a priori à LR et son candidat désigné par le groupe ce mercredi matin : Éric Woerth. Mais là encore, les Constructifs ont proposé un candidat en la personne de Charles de Courson (UDI).

Les présidents de commission seront élus par les membres des-dites commissions jeudi. Dans chacune d'entre elles, la représentation se fait en fonction du poids politique de chaque groupe. LREM y détient donc la majorité et pourrait (ou non) à nouveau œuvrer en faveur de ses alliés Constructifs...

Du rab sur le Lab

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