Laurent Wauquiez s'énerve après Jean-Jacques Bourdin qui évoque l'accueil des migrants dans la commune dirigée par sa mère, Eliane Wauquiez

Publié à 15h39, le 28 septembre 2016 , Modifié à 16h05, le 28 septembre 2016

Laurent Wauquiez s'énerve après Jean-Jacques Bourdin qui évoque l'accueil des migrants dans la commune dirigée par sa mère, Eliane Wauquiez
Laurent Wauquiez © AFP

Laurent Wauquiez en a un tout petit marre de s'entendre dire que sa position sur les migrants est assez proche de celle tenue par le Front national. D'accord, le président (par intérim, bien sûr) de Les Républicains a lancé le 16 septembre une pétition pour s'opposer au projet de répartition des migrants de Calais. Certes, Steeve Briois, vice-président du Front national, a de son côté créé le 18 septembre une association des maires anti-migrants. Mais, pour l'élu LR, cela n'a rien à voir.

Invité de BFMTV ce mercredi 28 septembre, le président d'Auvergne-Rhône-Alpes explique que l'initiative prise par le n°2 frontiste consiste à "refuser l'accueil de tous les migrants". "Moi ce n'est pas du tout ça ce que je demande. Ce que je demande c'est qu'un maire, quand il n'est pas d'accord, qu'il ne se voie pas imposer de migrants", déclare-t-il, avant néanmoins d'estimer que l'accueil de migrants est "une folie" parce que la France "ne peut plus continuer à accueillir autant de migrants". "Mais c'est mon avis", ajoute-t-il.

Son "avis" fait donc débat. Et notamment au Chambon-sur-Lignon, commune de Haute-Loire. Le village d'Auvergne est reconnu comme "Justes parmi les Nations" pour avoir abriter de nombreux juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Avant même ces heures sombres, Le Chambon-sur-Lignon a recueilli des républicains espagnols, des protestants persécutés. La majorité du conseil municipal est aujourd'hui favorable à l'accueil de réfugiés mais madame la maire préfère temporiser, refusant de soumettre l'accueil des réfugiés au vote du conseil municipal. "Madame le maire a souhaité au final que le procès-verbal n'enregistre pas cet engagement [d'accueillir des migrants, NDLR] et ne le manifeste pas", a ainsi expliqué sur France 3 Auvergne Hervé Routier, conseiller municipal de l'opposition. Détail qui n'en est pas un : la maire du Chambon-sur-Lignon est Eliane Wauquiez, la mère de Laurent Wauquiez.

Ce mardi, Jean-Jacques Bourdin évoque donc cette situation. Cela énerve profondément le député de Haute-Loire. Voici l'échange :

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-          Jean-Jacques Bourdin : Il y a des communes qui sont prêtes, vous le savez bien. Saint-Etienne, par exemple, dans la Loire, que vous connaissez bien. La commune de votre maman, Le Chambon-sur-Lignon…



-          Laurent Wauquiez : Monsieur Bourdin ?



-          Jean-Jacques Bourdin : Oui.



-          Laurent Wauquiez : Vous me permettez un élément quand même ?



-          Jean-Jacques Bourdin : Allez-y.



-          Laurent Wauquiez : En politique, un peu de respect. Si vous êtes d'accord, qu'on laisse ma mère en dehors de ça, parce que je n'aime pas tellement qu'on instrumentalise des choses familiales.



-          Jean-Jacques Bourdin : Mais je n'instrumentalise pas.



-          Laurent Wauquiez : Voilà, très bien.



-          Jean-Jacques Bourdin : Vous connaissez très bien Le Chambon-sur-Lignon. Donc là Laurent Wauquiez, Laurent Wauquiez, ne me faites pas le coup du respect et tout. Votre maman est maire du Chambon-sur-Lignon.



-          Laurent Wauquiez : Tout à fait.

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Laurent Wauquiez n'aime donc pas tellement qu'un journaliste lui parle de sa mère, quand bien même celle-ci serait maire d'un village historiquement engagé dans l'accueil des persécutés. Mais cet énervement n'arrête pas Jean-Jacques Bourdin. L'échange se poursuit ainsi, permettant à Laurent Wauquiez de donner sa vision personnelle du Chambon-sur-Lignon :

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-          Jean-Jacques Bourdin : 3.000 habitants au Chambon-sur-Lignon. Une ville qui a une tradition d'accueil exceptionnelle. Exceptionnelle. Une ville qui a accueilli des hommes et des femmes et des enfants qui étaient poursuivis, menacés de mort…



-          Laurent Wauquiez : Quelle époque ? Quelle époque ?



-          Jean-Jacques Bouridn : Que disent les habitants du Chambon-sur-Lignon aujourd'hui ? On est prêts à accueillir des migrants.



-          Laurent Wauquiez : Non, je suis désolé.



-          Jean-Jacques Bourdin : Le conseil municipal, dans sa totalité, a voté l'accueil des migrants.



-          Laurent Wauquiez : Monsieur Bourdin, vous me permettez de vous répondre. Ce n'est pas ça que dit le Chambon-sur-Lignon. Vous n'allez pas m'apprendre ma [sic] commune du Chambon-sur-Lignon, elle est chez moi en Haute-Loire. Le Chambon-sur-Lignon, ce n'est pas une commune qui dit : 'on est prêts à accueillir des migrants'. Le Chambon-sur-Lignon, c'est une commune qui a toujours accueilli des migrants. Ce n'est pas pareil.



-          Jean-Jacques Bourdin : Donc qui continuera à en accueillir ?



-          Laurent Wauquiez : C'est une commune qui a des CADA [Centre d'accueil de demandeurs d'asile, NDLR]. Qu'est-ce que c'est un CADA ? C'est un centre qui est fait pour accueillir des migrants.  

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Après avoir donc voulu penser à la place de sœur Emmanuelle - et s'être fait rappeler à l'ordre par l'association sœur Emmanuelle - Laurent Wauquiez pense donc à la place du village du Chambon-sur-Lignon. Il le fait pour avancer un argument de poids dans sa lutte contre l'accueil des migrants. La commune de haute-Loire a un CADA. "À Allex, ce n'est pas un CADA. À Valfleury, ce n'est pas un CADA", assure-t-il, évoquant ces deux communes où pourraient être accueillis, en Auvergne-Rhône-Alpes, des migrants.  

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