Pour Mélenchon, FN et nationalistes "rament" pour lui "en contribuant à la construction d'un champ culturel" anti-Union européenne

Publié à 17h22, le 11 décembre 2017 , Modifié à 17h38, le 11 décembre 2017

Pour Mélenchon, FN et nationalistes "rament" pour lui "en contribuant à la construction d'un champ culturel" anti-Union européenne
Jean-Luc Mélenchon © AFP

Jean-Luc Mélenchon et l'Europe. Vaste sujet que le leader de la France insoumise tente aujourd'hui de mettre au cœur de son projet politique. Ou plutôt de ses attaques. À court terme, ce projet l'éloigne encore de son partenaire le plus probable, Benoît Hamon, qui refuse de "jeter l'Europe avec le néo-libéralisme". Mais pas de quoi gêner pour l'instant Jean-Luc Mélenchon. Car si le leader de La France insoumise rejette l'idée d'un "Frexit", il est bien favorable à l'instauration dans le débat public d'une pensée anti-européenne. Et tant pis si cela chiffonne Benoît Hamon. Et tant pis si cela le rapproche d'autres mouvements plutôt repoussants.  

Dans Les Échos ce lundi 11 décembre, le député LFI des Bouches-du-Rhône dresse ainsi un portrait peu amène de l'Europe. "Nous sommes l'un des derniers pays en procédure de déficit excessif, et dans le même temps nous versons 20 milliards au budget européen pour n'en récupérer que 14 milliards. 6 milliards de dons ! Cela s'appelle une dépense somptuaire. Payer des routes aux Roumains et des aéroports aux pays baltes, c'est utile, mais ce n'est pas dans nos moyens actuels. Dans les années où nous sommes en déficit excessif, nous devrions avoir le droit de garder nos 6 milliards", lance Jean-Luc Mélenchon, reprenant un refrain entamé depuis octobre.

On touche là au point névralgique. C'est exactement cette position qui hérisse le poil de Benoît Hamon. Dimanche 3 décembre, sur le plateau du Grand Jury RTL / LCI / Le Figaro, l'ancien candidat du PS à l'élection présidentielle avait dénoncé cette vision mélenchoniste. "Il a eu une déclaration qui marque peut-être un tournant : quand il dit : 'I want my money back', c'est-à-dire qu'on renonce à l'idée que l'Union européenne soit une union de transfert, donc de solidarité, 'rendez-nous l'argent que nous avons mis sur la table'", avait déclaré Benoit Hamon.

Peu importe. Le but pour Jean-Luc Mélenchon n'est pas pour l'instant de trouver des alliés mais de créer un climat anti-européen. Il poursuit :

 

La ligne politique et mes objectifs n'ont rien à voir avec ceux du FN ou des nationalistes. Mais tous ces gens rament pour moi d'une certaine manière, en contribuant à la construction d'un champ culturel où nos mots d'ordre - l'Europe ne protège pas les Français mais les menace - sont en train de devenir dominants. Il faut capitaliser positivement cette colère qui peut être dangereuse.

Une déclaration qui devrait encore un peu plus l'éloigner, du moins sur ce sujet, de Benoît Hamon.

Durant la campagne présidentielle, La France insoumise avait élaboré un programme précis sur l'Europe. Le projet de LFI était bien de "reconstruire l’Union Européenne : en faire une Union de Paix, de solidarité et d’écologie". Mais dans ce fameux "plan B" pour l'Europe, LFI propose de "stopper la contribution de la France au budget de l’Union Européenne", de "réquisitionner la Banque de France pour transformer l’euro en monnaie commune", de "mettre en place un contrôle des capitaux et des marchandises nationales pour éviter l’évasion fiscale des plus riches et des plus grands groupes" et de "construire des nouvelles coopérations avec les Etats qui le souhaitent en matière culturelle, éducative, scientifique…"

Ces nouvelles déclarations données aux Échos confirment un durcissement du ton contre l'Europe entamé depuis des semaines. Fin octobre, dans une vidéo postée sur YouTube, Jean-Luc Mélenchon avait dénoncé le montant de la contribution française au budget de l'Union européenne, soit 20 milliards d'euros et des brouettes. "Heureusement, y'en a 14 milliards qui reviennent", commentait-il avant d'ajouter, paraphrasant Margareth Thatcher : "Supposez que ces six milliards ne soient pas donnés […] Les Français pourraient dire :'I want my money back'. Rendez-nous les six milliards. Ça ne serait pas choquant."

Le ton se durcit encore cette fois lorsqu'il affirme qu'il faut renégocier les traités européens. "La France doit redevenir acteur et pas simplement être un 'bon élève' de la volonté des autres. On ne peut pas faire l'Europe sans la France. J'adjure qu'on le comprenne : notre nation, sous toutes ses formes, est en danger. Si on ne réagit pas, l'Europe explosera ! La France, comme l'Allemagne, n'ont aucun intérêt à ce chaos", dit-il aux Échos assurant un peu plus loin que l'Allemagne, d'une manière ou d'une autre, sera bien obligée d'accepter de se faire tordre le bras. "L'Europe ne pourrait donc qu'être allemande ? Moi je fais le pari qu'elle bougera. Parce que nous sommes à l'endroit qui met en péril sa priorité absolue. La rationalité du comportement du gouvernement allemand CDU-CSU, c'est la politique de la rente. Et dans une politique de rente, on ne se paye pas un conflit avec son principal voisin et client", croit-il. 

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