C'était une pratique courante lors des meetings de Nicolas Sarkozy depuis 2007, et de François Hollande en 2012. Mais, de mémoire du Lab, elle n'avait jamais été utilisée aussi longtemps, et par autant de chaînes, pour diffuser les meetings de Marine Le Pen. Les chaînes d'information utilisent, pour leur antenne, des images fournies par les partis eux-mêmes.

Plus simple pour elles, qui ne disposent pas forcément d'un dispositif de réalisation aussi complet, et -forcément- plus joli : les images sont propres, les valeurs de plans sont plus nombreuses, et le son meilleur. Problème: les réalisateurs de ces chaînes n'ont pas la main sur les images qu'ils diffusent.

BFM TV, i>Télé, LCI et LCP ont ainsi, toutes, utilisé ces images lors de la retransmission du discours de Marine Le Pen du 1er mai. Au même moment, les mêmes images sur quatre chaînes différentes.

Cliquer sur la photo pour l'agrandir :

Le Front national confirme au Lab avoir mis à disposition son dispositif aux chaînes d'information. Une société d'audiovisuel extérieure a été employée pour l'occasion. Mais hors de question de révéler le nom de cette société.

La chaîne i>Télé prend la peine de préciser, via une incrustation, que les images diffusées lui sont fournies par le parti. Sur l'image suivante, le dispositif technique apparaît clairement: une caméra au bout d'une perche se charge des images de foule diffusées ensuite sur l'antenne.

BFM TV annoncera également, par le même dispositif d'incrustation, que ses images lui ont été fournies par le parti. Mais en toute fin de meeting seulement.

La chaîne LCI assure également au Lab avoir indiqué aux téléspectateurs avoir utilisé le même message d'information.

Sur les images diffusées, une foule compacte apparaît. Problème: la mobilisation de ce 1er mai 2013 fût moins importante qu'un an plus tôt selon les observateurs sur place. Ceci n'apparaît pas sur les images des chaînes.

Le contre-champ apparaît notamment sur cette image tweetée par Aurélien Veron (qui ne s'est pas rendu sur place pour écouter Marine Le Pen, nous précise-t-il). La foule apparaît là bien moins dense que sur les images diffusées à la télévision :

Pas grand monde place de l'opéra à écouter #MLPtwitter.com/aurelien_veron…

— aurelien_veron (@aurelien_veron) 1 mai 2013

Lorsque Thierry Thuillier, directeur de l'information de France 2 (et ancien directeur de la rédaction d'i>Télé), est interrogé par Le Monde en février 2012, il admet que ces retransmissions peuvent poser problème :

Pour le moment, il n'y a pas de problème, car nous ne diffusons jamais de meetings en direct.

Quelques membres de la classe politique ont remarqué cette nouveauté. Comme David Assouline, porte-parole du Parti socialiste, qui estime que ces images sont "trompeuses" :

Alexis Corbières, proche de Jean-Luc Mélenchon, crie, lui, à la "propagande" :

Sauf que. Les meetings de Jean-Luc Mélenchon, notamment le rassemblement de la Bastille, étaient retransmis sur le web, et bénéficiaient, eux aussi, du même dispositif technique. Et du même traitement médiatique.

Du rab sur le Lab