Le raccourci de Marine Le Pen sur les crèches de Noël pour attaquer Xavier Bertrand

Publié à 12h24, le 26 novembre 2015 , Modifié à 14h20, le 26 novembre 2015

Le raccourci de Marine Le Pen sur les crèches de Noël pour attaquer Xavier Bertrand
Marine Le Pen © AFP
Image Sylvain Chazot


À dix jours du premier tour des élections régionales, Marine Le Pen aiguise ses attaques contre ses adversaires. Si la présidente du FN caracole en tête des sondages, ce n'est pas une raison pour ne pas s'en prendre à son opposant Xavier Bertrand. Quitte à prendre des libertés avec la réalité.

Ce jeudi 26 novembre,  pour critiquer son homologue LR, la tête de liste FN en Nord-Pas-de-Calais-Picardie évoque François Baroin. Elle explique que le président de l'Association des maires de France, qui vient soutenir Xavier Bertrand en campagne ce jeudi, veut interdire les crèches de Noël dans les mairies.





Sauf que la réalité est, une nouvelle fois, un tout petit peu plus compliquée que ce que se contente de dire Marine Le Pen. 

En réalité, l'Association des maires de France, qu'il préside, a établi un guide destiné aux mairies et intitulé Laïcité. Le vade-mecum de l’AMF.

Ce guide ne prône pas l'interdiction des crèches de Noël en mairie. Il émet un avis, que les maires sont libres de suivre ou non. Comme le souligne Libération ce jeudi 26 novembre, l'AMF évoque l'insécurité juridique liée à l'installation de crèches dans les établissements publics puisque deux jugements sur le sujet, rendus respectivement les 8 et 13 octobre 2015, se contredisent. L'un souligne le caractère religieux de la crèche de Noël, l'autre non.

Face à cette contradiction, l'AMF explique dans son vade-mecum :

La présence de crèches de Noël dans l’enceinte des mairies n’est pas, du point de vue de l’AMF, compatible avec la laïcité. Elle relève toutefois que la jurisprudence administrative est, encore à ce jour, discordante sur ce sujet.

L'Association déconseille mais n'interdit pas. De toute façon, l'AFM n'a pas le pouvoir d'interdire ou non les crèches de Noël dans les mairies. Ce qui est sensiblement différent. L'AMF explique surtout que c'est au législateur de se prononcer sur le sujet une bonne fois pour toutes.  

Mais ce détail n'est pas très grave pour Marine Le Pen qui, si elle ne trahissait pas la pensée de l'Association, aurait perdu une bien belle occasion d'attaquer Xavier Bertrand. À noter que ce dernier a déjà annoncé qu'il installera une crèche dans sa mairie de Saint-Quentin.

Ce n'est pas la première fois que la présidente du FN fait dire à ses adversaires politiques autre chose que ce qu'ils ont clairement dit. Ce genre d'interprétations est assez pratique car :

1. Les partisans de Marine Le Pen semblent croire dur comme fer à tout ce que leur cheffe peut affirmer

2. Rares sont ceux qui iront effectivement vérifier les dires

3. Cela oblige les opposants à se perdre en justification et explication de texte.

Jeudi 19 novembre, sur France Inter, Marine Le Pen avait ainsi affirmé que Bernard Cazeneuve avait déclaré, sur RTL, que "prôner le djihad n'est pas un délit". Dans la bouche de la cheffe frontiste, il fallait comprendre que le ministre de l'Intérieur ne voulait pas s'opposer à la promotion du djihad en France, ce qui est faux comme le Lab l'avait démontré : les services du ministre (et non le ministre lui-même sur RTL) avaient simplement soulevé l'état du droit français à l'heure actuelle. C'était une lecture juridique du fond : la place Beauvau ne disait pas s'il est bien ou mal de faire l'apologie du djihad ; elle expliquait simplement que "prôner le djihad" n'est pas répréhensible du point de vue du droit français.

Durant la même émission, Patrick Cohen avait également démontré que la présidente du FN manipulait les propos de Christiane Taubira lorsqu'elle disait que la ministre de la Justice veut "comprendre" les jeunes qui partent en Syrie. Ces mots étaient issus d'une interview de Christiane Taubira sur iTÉLÉ. En réalité, juste après avoir expliqué qu'il fallait "assécher le terreau de recrutement" des terroristes, la garde des Sceaux avait déclaré qu'il fallait "comprendre les ressorts" qui mènent à cette radicalisation. 

Du rab sur le Lab

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