4 arguments de mauvaise foi du maire FN de Beaucaire pour défendre le fait d'imposer le porc à la cantine sans menu de substitution

Publié à 10h47, le 09 janvier 2018 , Modifié à 14h56, le 09 janvier 2018

4 arguments de mauvaise foi du maire FN de Beaucaire pour défendre le fait d'imposer le porc à la cantine sans menu de substitution
© Capture d'écran franceinfo:

Le maire Front national de Beaucaire (Gard) Julien Sanchez a annoncé lundi 8 janvier une mesure sans doute essentielle dans la vie de sa commune : l'instauration d'un plat à base de porc tous les lundis dans les cantines et sans menu de substitution. Mais n'allez surtout pas lui dire qu'il s'agit d'une mesure visant essentiellement les musulmans. "Eh bien non, je ne suis pas islamophobe", assure celui qui est également porte-parole du FN, ce mardi matin, sur franceinfo:.

Pour autant, en un peu moins de 10 minutes, Julien Sanchez démontre par ses mots une certaine hostilité, ou du moins une certaine défiance, à l'égard des musulmans. Mais comme cela ne se dit pas, le maire frontiste délivre quatre arguments de mauvaise foi pour justifier le fait d'imposer le porc à la cantine, tous les lundis, et sans menu de substitution.

Démonstration :

 

#1 Le porc n'est pas allergène

C'est le premier argument avancé par Julien Sanchez :

Ma vision, elle est simple. Vous avez tout simplement un aliment, le porc, qui n'a pas des particularités particulièrement (sic) allergènes. Je ne connais personne d'allergique au porc.

 

Cela fonctionne également avec d'autres viandes comme le poulet ou le veau, par exemple. C'est d'ailleurs ce que fait remarquer le journaliste Jean-Michel Aphatie. Une réflexion qui conduit au deuxième argument de mauvaise foi.  

 

#2 Il faut protéger le porc

Julien Sanchez ne veut pas assister "au grand remplacement du porc dans les cantines", comme il l'a signifié à Valeurs Actuelles. Nous reviendrons sur l'utilisation de ce terme de "grand remplacement" piqué à l'extrême droite. L'élu frontiste s'inquiète :

Donc on enlève le porc complètement des cantines ? Parce que certains ne veulent pas en manger, on l'enlève totalement ? C'est ça ?

 

Julien Sanchez met en avant la défense des éleveurs de porcs français. Et lance un exemple parlant : les pizzas avec du jambon de dinde. "On a l'agriculture française et on doit abolir le porc, comme le font d'ailleurs certaines sociétés, notamment en région parisienne, qui livrent des pizzas, qui ne proposent plus de porc sur les pizzas ? Parce que certains ne veulent plus en manger, on n'en propose plus à personne", raconte-t-il. L'argument "oui-mais-le-porc-ce-n'est-pas-allergène" en prend un coup.  

Un peu plus loin, Julien Sanchez est donc interrogé sur l'utilisation de l'expression "grand remplacement" pour la viande de porc. Et dans un *extraordinaire* exercice d'assomption, le premier édile explique pendant plusieurs secondes qu'il ne croit pas à la théorie du grand remplacement, théorie popularisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus et selon laquelle la population européenne serait peu à peu remplacée par une autre, étrangère et plus particulièrement africaine. "Le mot est interdit ? On n'a plus le droit d'employer le mot grand remplacement ? Il y a des mots qui sont interdits maintenant ?" s'interroge-t-il faussement, avant d'ajouter :

 

J'aurais pu parler de substitution mais si vous voulez, si on parle de substitution des repas de substitution, ça faisait répétition.

Mauvaise foi level : 9.000.

 

#3 Les enfants ont le choix de ne pas manger de porc

Julien Sanchez ne veut pas obliger les enfants à manger du porc s'ils n'en ont pas envie. Chacun est libre de faire ce qu'il veut et tant pis si un enfant ne mange finalement pas à sa faim. Le maire FN de Beaucaire lance :

Ils peuvent ne pas manger l'entrée, si c'est l'entrée qui est à base de porc. Ils peuvent aussi décider de ne pas manger le plat si c'est le plat qui est à base de porc.

 

Notez qu'ils pourront aussi prendre une double ration de frites comme l'avait proposé Nicolas Sarkozy en 2016. 

Pour Julien Sanchez, refuser de manger du porc, c'est l'entrée du communautarisme. Pour lui, c'est du même niveau que les horaires aménagés pour les femmes dans les piscines "parce que les pauvres, il faut qu'elles puissent nager aussi".

 

#4 Les familles peuvent s'organiser

Le porte-parole du FN répète sur franceinfo: un argument développé déjà dans Valeurs Actuelles : les cantines ne sont pas un restaurant 4 étoiles. On ignore si une personne a déjà pu confondre les deux types d'établissements. Toujours est-il que le maire frontiste de Beaucaire répète à l'envi qu'il est libre de proposer les plats qu'il veut. Mais, magnanime, il a décidé d'imposer le porc sans menu de substitution le lundi afin que les familles concernées s'organisent :

Pourquoi c'est décidé le lundi ? C'est justement pour permettre aux familles dont les enfants ne mangent pas cette viande de permettre de s'organiser. Ils savent que c'est le lundi. J'aurais pu dire qu'une semaine ça sera la mardi, une semaine ça sera le jeudi, une semaine ça sera le vendredi, une semaine ça sera le lundi. Et ça aurait été très compliqué de s'organiser pour eux qui, effectivement, ne veulent pas manger de porcs.

 

Du coup, c'est pour des raisons pratiques que le porc est imposé sans menu de substitution dans les cantines tous les lundis.

 

[BONUS TRACK] Le Coran n'est pas compatible avec la République

Cela n'a pas grand-chose à voir avec le cochon. Julien Sanchez est interrogé pour savoir si, comme Marine Le Pen, il considère que l'islam est compatible avec la République. Le porte-parole du FN passe alors plusieurs secondes à ne pas répondre à la question – pourtant simple – et à expliquer qu'"un texte religieux n'est pas nécessairement compatible avec la République puisque la République est censée être laïque", dit-il, ajoutant que "les pratiquants d'un culte montrent, ou pas, leur attachement à la République".

Il assure :

Je vous aurais répondu la même chose sur tout autre texte religieux. Un texte religieux, par essence, n'est pas compatible avec la République.

 

Oui enfin quand même, Julien Sanchez tient à préciser qu'on reconnaît à la France des racines chrétiennes. "La France n'est pas née en 1905", dit-il avant de conclure :

 

Je crois qu'on veut mettre aujourd'hui sur le même plan toutes les religions. Il ne faut pas oublier qu'on a une histoire et une culture.

Ou comment dire, comme Marion Maréchal-Le Pen en son temps, les musulmans ne peuvent pas avoir "exactement le même rang" que la religion catholique en France. 

Du rab sur le Lab

PlusPlus