Jean-Louis Debré sur Jacques Chirac : "Voilà un homme de gauche"

Publié à 09h30, le 19 mars 2015 , Modifié à 09h44, le 19 mars 2015

Jean-Louis Debré sur Jacques Chirac : "Voilà un homme de gauche"
Sur cette photo, un "homme de gauche" au salon de l'Agriculture en 2011 © PATRICK KOVARIK / AFP

"La dernière fois que j'ai mangé avec lui, il a commencé par six escargots, il a pris une andouillette et il a fini par du boudin noir." L'anecdote est de Jean-Louis Debré. Le président du Conseil constitutionnel est un vieil ami de l'ancien président de la République. Un homme "assez mystérieux, qui parle peu de lui" et qu'il raconte à travers son dernier livre, Le Monde selon Chirac (éditions Tallandier).

Invité d'Europe 1 jeudi 19 mars, celui qui a également été président de l'Assemblée nationale de 2002 à 2007 concède que le temps pèse sur les épaules de l'ex-chef de l'État :

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J'ai connu un Chirac plus dynamique. Il vieillit, il est fatigué. La seule chose qui reste, c'est son coup de fourchette.

 

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De quoi vous donner envie de revisionner les plus belles performances de "Chichi" au salon de l'Agriculture, élément dans lequel il évoluait à merveille.

Mais dans son livre, son ami compile surtout les "convictions, réflexions, traits d’humour et portraits" de l'ex-Président, comme le rapportait le JDD le 13 mars. Sur Europe 1, Jean-Louis Debré remonte aux racines de l'engagement politique de l'homme qu'il admire depuis de longues années. Et livre ce commentaire :

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Ce qui est très intéressant chez Jacques Chirac, c'est que voilà un homme de gauche qui a commencé sa carrière politique en distribuant l'Humanité devant l'église Saint-Sulpice à Paris, qui va un moment au Parti socialiste avec son ami Rocard [ancien Premier ministre de François Mitterrand, ndlr] mais qui le quitte rapidement, qui à ce moment-là n’adhère pas au gaullisme parce que le RPF, il trouve ça beaucoup trop conservateur, c'est Pompidou qui va l'amener à la politique.

 

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La fiche Wikipédia de Jacques Chirac apporte une version différente de ce bref engagement à gauche au début de ses études à Sciences Po Paris : "Durant cette période, brièvement, il milite dans la mouvance du Parti communiste [...] . Il vend L'Humanité rue de Vaugirard, et participe au moins à une réunion de cellule communiste [...]."

Alors est-il, au fond, "resté un homme de gauche" ? "Il est resté un homme ouvert et ce n'est pas un sectaire, ce n'est pas un idéologue. Il est à l'écoute", assure Jean-Louis Debré. Une ouverture qui l'a conduit (de concert avec son inimitié pour Nicolas Sarkozy), à soutenir François Hollande en 2012 et à entretenir une certaine bienveillance pour l'actuel président de la République (n'en déplaise à Bernadette). 

"Quand on est sur la scène politique pendant 40 ans, il y a des évolutions", estime pour sa part Jean-Louis Debré, qui veut surtout retenir la "constance" de cet homme d'État :

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On voit à travers de ce qu'il a dit, ce qu'il a écrit pendant 40 ans, qu'il y a une sorte de constance chez Jacques Chirac. [...] Il y a des grands thèmes. Il trouve que l'on n'a pas assez pas approfondi notre dialogue des cultures. Il y a cette lutte qu'il a voulu contre l'immigration illégale pour mieux intégrer l'immigration légale, cette lutte contre toutes les discriminations -  la Halde, c'est lui qui l'a créée. Quand on voit qu'il a voulu aider - parce qu'il croit à la laïcité de l'État - tous ceux qui poussaient vers un État encore plus laïc ; c'est lui qui est à l'origine de la loi interdisant le port de signes religieux à l'école, parce qu'il y a la laïcité.

 

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Dans son livre, le vieil ami ressort également de ses archives ce trait d'humour du Président, que le JDD évoquait la semaine dernière :

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Bien sûr que je suis à gauche, je mange de la choucroute et je bois de la bière.

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Vous n'êtes pas obligé de le croire, mais puisqu'il le dit...

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