L'interview "libérale" de François Rebsamen retirée juste après sa publication

Publié à 16h29, le 03 octobre 2014 , Modifié à 16h56, le 17 octobre 2014

L'interview "libérale" de François Rebsamen retirée juste après sa publication
François Rebsamen © IP3 PRESS/MAXPPP/Vincent Isore

MARCHE ARRIÈRE TOUTE - C'est l'histoire d'une interview de François Rebsamen, un entretien à un magazine bourguignon, Le Miroir, qui aurait certainement apporté son lot de polémiques : le ministre du Travail y présente sa "vision libérale de l'économie", tance la retenue du Parti socialiste sur ce sujet et glisse quelques amabilités à Jean-Christophe Cambadélis et Michel Sapin. Mais l'interview a été dépubliée quelques minutes après sa mise en ligne, à la demande du ministre. 

Effet Streisand oblige, Le Monde a retrouvé une version en cache de l'article, toujours accessible. Samedi 4 octobre, Le Miroir a décidé de republier l'interview. 

>> Pourquoi l'interview a été retirée

Sur Twitter, l'attachée de presse du ministre est formelle : "Ce n'était pas une interview". Contactée par Le Lab, elle précise :

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Nous avons accepté un reportage sur la vie d'un ministre, où il habite, etc. Ce n'était pas destiné à être publié sous la forme d'une interview, c'était une discussion à bâtons rompus. Quand ils sont partis, je leur ai demandé de m'envoyer les citations, de m'envoyer l'article pour la version papier et ils étaient d'accord. Entre-temps, ils l'ont publié sans me prévenir.



Il n'y a pas eu de relecture, or je n'accepte jamais une interview sans relecture

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Une condition très fréquente avec les responsables politiques, ministres de surcroît. L'attachée de presse assure par ailleurs que s'il s'était véritablement exprimé dans le cadre d'une interview formelle, "en tant que ministre du Travail", il aurait "précisé" un certain nombre de choses. "Parfois, on dit des choses et quand on les relit, on s'aperçoit que ce n'était pas exactement ce qu'on voulait dire", détaille-t-elle.

"C'est une histoire de fous", explique pourtant l'auteur de l'article, Jérémie Lorand, au Monde :

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J'ai bien précisé que c'était une interview. J'ai même tout enregistré. Nous connaissons bien François Rebsamen puisqu'il était maire de Dijon, nous n'avons jamais fait relire nos interviews.

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Il ajoute avoir retiré l'interview pour se "montrer conciliant, le temps d'essayer de trouver des solutions avec le cabinet pour reformuler quelques phrases."

>> Ce que dit François Rebsamen dans cette interview

Le ministre du Travail évoque notamment le pacte de responsabilité. Et selon ses propos rapportés par Le Miroir, les allègements de charges pour les entreprises pourraient faire "perdre la prochaine présidentielle" : 

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Les 41 milliards d’euros que nous avons débloqués doivent permettre de redonner des marges de compétitivité aux entreprises. [...] Cette mesure va finir par porter ses fruits, le Président en est persuadé. Peut-être que ceci nous fera perdre la prochaine élection Présidentielle mais nous pensons que ceci est une nécessité pour le bien du pays. 



Je ne suis pas pessimiste. Je crois toujours en une victoire. [...] La réalité c'est qu'une politique de relance par l’offre est très longue à mettre en œuvre et à porter ses fruits.

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Le ministre ne semble pas du tout regretter la "bronca médiatique et politique" causée par sa sortie sur le contrôle des chômeurs du 2 septembre dernier, toujours selon cette "non interview". Il en profite également pour s'en prendre à Jean-Christophe Cambadélis :

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Ce fut un véritable tollé médiatique. Politique aussi. Ce qui n’a pas empêché 60% de la population d’approuver ce message. Ils ont conscience qu’il faut adapter notre système social, par ailleurs très protecteur : en renforçant les contrôles, en assouplissant les seuils [sociaux, ndlr], la législation sur les 35 heures, en autorisant le travail le dimanche. Ils sont bien plus en avance que nous sur la nécessité d’un certain pragmatisme en politique.



Malheureusement, le parti socialiste, ou du moins son secrétariat national refuse toutes ces avancées [Jean-Christophe Cambadélis est premier secrétaire du PS, ndlr].Il ne veut pas casser les tabous, se pose en garant de l’ordre social établi. [...] Je ne suis pas un ennemi de l'entreprise, je ne suis pas pour l’économie administrée ni pour les pays communistes. Je me bats depuis longtemps pour une vision libérale de l'économie, de la vie de l’entreprise. Avec des droits sociaux, avec une protection de l’individu.



[...] Le Parti socialiste est en pleine mue idéologique. Moi je l’ai effectuée depuis longtemps.

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L'attachée de presse de François Rebsamen relève ici plusieurs "erreurs" : il s'agirait de "70%" et non de 60% de Français. De plus, "sur le travail le dimanche, il ne dit jamais cela, affirme-t-elle. Il dit que la règle est le repos dominical mais qu'il y a des exceptions, notamment dans certaines zones touristiques". Et de poursuivre :

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Le passage sur le parti était plutôt une interrogation, mais c'est présenté comme une affirmation.

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Dans l'introduction de l'article, il est écrit que François Rebsamen "revendique désormais sa ligne libérale". "Dire qu'il assume son virage social-libéral, c'est assez spécial, rétorque son attachée de presse. Il n'y a pas de virage. Il est social-démocrate, il n'est pas du tout libéral."

François Rebsamen n'oublie pas non plus son prédécesseur au ministère du Travail, Michel Sapin :

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Malgré l’amitié que je porte à Michel, il s’est totalement trompé. On ne juge pas le chômage mois par mois, mais sur des périodes plus longues : un trimestre, un semestre. Il s’est mis des boulets aux pieds et les a laissés à son successeur.

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"Sur Michel Sapin, c'est un peu tronqué, argumente l'attachée de presse. Il n'y a que la moitié de la phrase et ça ne correspond pas à ce qu'il voulait dire. Ils ne parlaient pas de Michel Sapin, mais de la courbe mensuelle du chômage, une façon de calculer qui est ingérable car c'est tellement erratique. Il y a eu une baisse le mois dernier, mais Pôle Emploi ne sait pas pourquoi donc nous non plus."

[EDIT 04/10] Ajout republication de l'interview

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