Pourquoi les députés UMP au parlement européen n’ont pas voté la résolution pour la libération du blogueur saoudien Raiff Badawi

Publié à 19h15, le 16 février 2015 , Modifié à 19h22, le 16 février 2015

Pourquoi les députés UMP au parlement européen n’ont pas voté la résolution pour la libération du blogueur saoudien Raiff Badawi
Jérôme Lavrilleux, Nadine Morano et Brice Hortefeux © FRED DUFOUR / AFP

Nadine Morano, Brice Hortefeux, Alain Lamassoure… soutiens de la torture en Arabie Saoudite ? Plusieurs internautes ainsi qu'un article au sein de la revue la Règle du Jeu reprochent à quinze députés UMP au parlement européen d'avoir refusé de voter en faveur d'un projet de résolution réclamant la libération de Raiff Badawi, un blogueur saoudien condamné en juin 2012 à 1000 coups de fouets et 10 ans de prison pour "insulte à l’Islam". Porté par la gauche, le projet a tout de même été adopté à une large majorité par le Parlement européen (460 voix pour, 153 contre et 29 abstentions). Mais le refus d’une partie des députés de la droite française de s’y associer leur a valu plusieurs tweets bien sentis :

Sauf que la réalité n’est pas si simple. Contacté par le Lab, le chef de file des eurodéputés UMP Alain Lamassoure explique que tous les députés, y compris ceux de l’UMP, étaient d’accords pour demander la fin des sévices corporels à l’encontre "de ce dissident courageux. " 

Le PPE avait publié une résolution en ce sens. Mais, les autres groupes ont bossé de leur côté. Finalement nous sommes tombés d’accord sur un texte du GUE, l’extrême-gauche européenne.

Problème: une partie du texte établit une comparaison entre les peines prévues par Daech et l'Arabie Saoudite. L'article L explique ainsi que " l'État islamique autoproclamé et l'Arabie saoudite prévoient des peines presque identiques, ce notamment en punissant le blasphème, l'assassinat, la pratique de l'homosexualité, le vol et la trahison de la peine de mort, l'adultère de la mort par lapidation et le banditisme de l'amputation des mains et des pieds". Un parallèle jugé "maladroit et contreproductif" par les députés du groupe PPE, alors que "l’Arabie Saoudite est en guerre avec Daesh". Alain Lamassoure résume :

Nous nous devions de prendre toutes les précautions diplomatiques. Le vote avait lieu quelques jours après la mort du souverain d’Arabie Saoudite et à la veille de l’intronisation du nouveau roi. On a dit aux députés de gauche que s’ils étaient prêts à supprimer ce passage, nous voterions la résolution. Mais nous avons dû faire face à leur intransigeance.

D'où le refus des députés UMP au parlement européen de voter pour le texte proposé par la gauche. Dans un communiqué publié lundi 16 février, la délégation française du PPE réitère "sa demande aux autorités saoudiennes l’arrêt des châtiments corporels à l’encontre de Raif Badawi, et le réexamen de son dossier et de sa peine", mais persiste:

Il n’est pas acceptable de placer sur un pied d’égalité l’Arabie saoudite, un pays allié dans la coalition contre le terrorisme, et l’ "État islamique", l’un de nos principaux ennemis actuels. Cette confusion inutile nous empêche malheureusement se soutenir le texte soumis à la plénière.

Quant au texte proposé par les députés de droite, il n'a pas pu être adopté car la première résolution avait... déjà été adoptée à la majorité des voix. "Lorsqu'une résolution est majoritaire, toutes les autres tombent", précise Alain Lamassoure.

Du rab sur le Lab

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