Un faux Arnaud Montebourg, Duflot très prévoyante... les coulisses des noms de domaine Internet pour 2017

Publié à 14h28, le 14 août 2014 , Modifié à 17h26, le 14 août 2014

Un faux Arnaud Montebourg, Duflot très prévoyante... les coulisses des noms de domaine Internet pour 2017
Candidats assumés ou pressentis, ils ont tous des noms de domaine réservés pour 2017. Mais pas forcément par eux... © Montage Le Lab

Imaginez que vous voulez vous présenter à l'élection présidentielle de 2017. Vous préparez un programme, vous tâtez le terrain et commencez à constituer une équipe de campagne. Mais avez-vous pensé à votre nom de domaine sur Internet ?



Le nom de domaine, pour faire simple, c’est l’adresse commune à toutes les pages d’un site internet. Par exemple, le blog d’Alain Juppé se trouve à l’adresse al1jup.com.  Un nom de domaine est enregistré auprès d’organisations, française pour les sites en .fr, américaine pour les .com.



Et même à trois ans du scrutin, les noms de domaines des politiques pressentis pour se présenter à la présidentielle sont presque tous déjà pris. Parfois par des équipes prévoyantes, parfois par des taquins ou des opportunistes.



Qui a déjà réservé son site de campagne ? Qui se l’est fait piquer ? Le Lab a regardé, à partir de données publiques, ce qu’il en était pour les candidats potentiels.





#Le faux Arnaud Montebourg

Quand on a vu ça, on a eu du mal à y croire : le nom montebourg2017.com est enregistré au nom… d’Arnaud Montebourg, depuis juin 2014. Au cabinet du ministre de l’Economie, on est circonspect. Vérifications faites, un porte-parole du ministère affirme au Lab :

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C’est quelqu’un qui l’a acheté sous un faux nom. Il ne s’agit ni de lui, ni de ses équipes militantes.

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Il est en effet possible d’acheter un nom de domaine avec un faux nom. Montebourg2017.com a été enregistré chez OVH, premier hébergeur web d’Europe. Antoine Turpin, en charge des noms de domaine, explique au Lab :

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Lors de l’enregistrement, rien, en pratique, n’empêchera d’utiliser un faux nom. Toutefois, si le client décide de modifier son domaine, il devra fournir des documents officiels justifiant de son nom et de ses coordonnées.

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En outre, OVH a le droit à tout moment de vérifier des coordonnées et de suspendre le nom de domaine si elles sont fausses. En attendant, pour savoir qui se cache derrière ce faux Arnaud Montebourg, il faudra une ordonnance sur requête de la justice ou une réquisition de police, suite à un dépôt de plainte.





#Estrosi, salade niçoise

Au départ, les choses paraissaient simples : Estrosi2017.fr a été réservé en décembre 2013 par Toptimiz, une agence de communication niçoise. Laurent Merengone, son directeur, affirme au Lab avoir été approché dès septembre 2013 par l'entourage du député-maire UMP de Nice. Il décrit la démarche :

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Le maire avait la volonté de poser les jalons pour les prochaines échéances.

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Seulement voilà : le cabinet de Christian Estrosi dit ne jamais avoir travaillé avec l'agence. Et pour cause, quelques mois après avoir déposé le nom de domaine estrosi2017.fr, le chef d’entreprise se trouve en 39ème place sur la liste d’Olivier Bettati, dissident de droite opposé... à Christian Estrosi pour les élections municipales de 2014. Olivier Tazé, associé de Laurent Merengone, est aussi un proche du candidat dissident, qui a claqué la porte de la majorité en novembre, quelques semaines avant l'enregistrement du nom de domaine Estrosi2017.fr. C’est d’ailleurs Toptimiz qui se charge de la communication numérique du candidat Bettati. Pour l'entourage de Christian Estrosi, il s'agit d'un cas pur et simple de "cybersquatting"

EDIT 17h : rectification et ajout des précisions du cabinet de Christian Estrosi.





#Duflot, plutôt prévenir que guérir

D’autres enregistrements de noms de domaines se font plus par prévoyance. Alexis Braud, élu écologiste et proche de la députée EELV Cécile Duflot, a réservé les domaines cecileduflot2017.fr et duflot2017.fr au nom des Verts… dès 2011. “Je l’ai fait parce que ça aurait été une bêtise de ne pas le faire.” explique-t-il au Lab. En 2007, il avait déjà réservé voynet2007 et cochet2007, et hulot2012 au moment des primaires de la dernière présidentielle. “Mieux vaut être prévoyant que procédurier”, explique le militant. Il est en effet plus simple de réserver une adresse sans propriétaire que de récupérer un nom de domaine.





#Fillon, Jégo, Le Pen... tout aussi prévoyants

Comme Alexis Braud, ce sont souvent des proches ou des mandataires qui réservent les noms de domaines potentiels pour la campagne présidentielle.



On peut accorder une mention “Fan de” à François Fillon, qui a deux sites à son nom créés par des proches. Le premier, francoisfillon2017.fr, a été enregistré par Sébastien Kopec, auparavant responsable de la campagne de François Fillon pour la présidence de l’UMP dans les Hauts-de-Seine. Le site est connu de François Fillon et de son entourage, et il est mis en sommeil avec deux pages en attendant une éventuelle candidature de l’ancien Premier ministre. “C’est une histoire de référencement”, explique le militant au Lab. “Si on doit être amenés à l’activer, il faut que le site ait déjà une existence sur les moteurs de recherche.”



Fillon2017.org a lui été déposé par Bertrand de Singly, qui fut conseiller de François Fillon à Matignon pendant trois ans. Une adresse qui vous redirigera vers le site de Force Républicaine. Mais l’ancien collaborateur du Premier ministre ne l’a pas informé de son initiative, et il a assuré au Lab qu’il n’était pas un adhérent du mouvement de François Fillon.



Romain Mouton, proche d’Yves Jégo a réservé, par "initiative de prudence", jego2017.fr (et .com). Une précaution que n’a pas prise Hervé Morin, un autre cadre de l'UDI qui, franchement, “en a marre de cette obsession présidentielle”.



Sans vraiment de surprise, le nom de domaine marinelepen2017.fr a été réservé en janvier 2014. L’enregistrement a été fait au nom de Riwal, l’agence de communication de Frédéric Châtillon, ex-gudard, et ardent défenseur du régime syrien. C’est cette même agence qui avait assuré une partie de la communication de la campagne de Marine le Pen en 2012.



Nicolas Dupont-Aignan, sans surprise non plus, a réservé au nom de Debout la République - qui est en train de se transformer en "Debout la France" - dupont-aignan2017.fr.





#Ceux qui vont devoir négocier leur nom de domaine

Certains internautes un peu malins ont acheté plusieurs noms de domaines de candidats différents, parfois pour les revendre, parfois pour rigoler.



Ainsi, cope-2017.com et valls-2017.fr appartiennent au même propriétaire, même chose pour bertrand2017.fr et guaino2017.fr. Un “opportunisme” assumé par les propriétaires, qui ont rendu l’intégralité de leurs coordonnées accessibles.



C’est notamment le cas d’Edouard, qui a acheté francoishollande2017.fr. Lui n’est pas un domaineur du dimanche : il revendique une banque de 200 noms de domaine, dans le secteur de l’immobilier ou des nouvelles technologies. C’est la première fois qu’il achète un nom de domaine sur le thème de la politique. Sur Sedo, une plateforme internationale de revente des noms de domaines, il a fixé, avec un ami, un prix à 2 000 €. C’est plus que les quelques centaines d’euros qu’il touche le plus souvent pour une vente, mais beaucoup moins que son record, à 20 000€. Et il ne craint pas vraiment les poursuites : si l’on est pressé, il est plus judicieux d’acheter un nom de domaine que de s’engager dans des poursuites judiciaires fastidieuses.



Mais d’autres noms de domaines sont achetés par des boute-en-train. Ainsi, sarkozy2017.com appartient à quelqu’un qui dit habiter au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, l’adresse… de l’Elysée. Sur le site, deux phrases : “le sarkozysme est mort, le hollandisme est mou. En 2017, votez Mélenchon”.



Jean-Luc Mélenchon dont un des noms de domaines potentiels -Melenchon2017.fr - a été acheté par une entreprise qui réalise des CV vidéos. Contacté par Le Lab, un des fondateurs de l’agence “Curriculum Video” se justifie : “Notre développeur de l’époque l’avait acheté au nom de Curriculum Vidéo. On avait vu que des noms de domaines pouvaient se vendre un peu, mais on ne va pas le renouveler. Et si Monsieur Mélenchon nous demande de lui rendre son nom de domaine, on le lui rendra.



Il en est de même pour Sammy Dia, un étudiant en informatique qui a enregistré fillon2017.fr. Si l’équipe de François Fillon le contacte, il ne verra pas d’inconvénient à leur laisser le nom de domaine. Pour l’instant, le site affiche une adresse mail potache qui renvoie à la NSA et une vidéo de “Tous ceux qui veulent changer le monde”, la chanson de Luc Plamandon qui a connu une seconde gloire en 2010 avec le lib-dub des jeunes UMP.





Méthode

L'ensemble des données ont été récupérées par des requêtes Whois. Les registres de noms de domaines (comme l'AFNIC pour les sites en .fr) proposent de faire une recherche inversée : une requête avec un nom de domaine possible peut renvoyer de nombreuses informations, comme le nom, l’adresse ou le téléphone de son dépositaire. Si ces coordonnées ne sont pas anonymisées. 

Certains hébergeurs (comme OVH ou Gandi, en France) permettent en effet d'anonymiser les coordonnées, ce qui signifie que certains candidats ont peut-être réservé leur nom de domaine, sans que cela soit visible. On peut par exemple apprendre que baroin2022.fr a été réservé en juillet 2014 via OVH. Mais il est impossible de savoir s'il a été réservé par François Baroin. 



[BONUS] On ne va pas révéler son propriétaire dans cet article, mais nous tenions à partager notre découverte, lors des recherches pour cet article, de chirac2017.fr.

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