Bayrou : pourquoi il ne doit pas choisir

Publié à 16h44, le 05 avril 2012 , Modifié à 13h27, le 03 mai 2012

Bayrou : pourquoi il ne doit pas choisir
François Bayrou va-t-il choisir entre sa droite et sa gauche ? C'est ce qu'il laissait entendre en juillet 2011. (Montage Le Lab - Photo : Reuters)

En 2007, François Bayrou était l’homme du premier tour. Avec 18,57 % des suffrages, candidat à la mode, coincé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, il avait fait le choix de ne pas donner de consigne de vote pour le second tour.

Cette année, le premier tour a été un échec pour le candidat du Modem. Mais si le centriste voulait devenir  l’homme du second tour en se prononçant ?

En juillet dernier, le Béarnais déclarait qu’en 2012, il faudrait choisir. François Bayrou compte donc donner une consigne de vote. Mais doit-il le faire ? Le Lab vous explique en cinq points pourquoi il devrait s’abstenir.

  1. Pour une question de cohérence

    François Bayrou est convaincu qu'il a été touché par le doigt de Dieu pour devenir président.

    La formule est de Simone Veil. L’ancienne ministre de la Santé connaît bien le Béarnais, François Bayrou fut son directeur de campagne aux élections européennes de 1989. Cette phrase illustre bien le parcours politique du candidat Modem. 

    Depuis 2002 et sa candidature sous étiquette UDF à l’élection présidentielle, François Bayrou mène le combat au centre. Sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, le leader centriste dénonce “l’état-UMP” et affirme vouloir prendre son indépendance des décisions du gouvernement. 

    En 2007, c’est avec son parti, le Modem, qu’il se représente dans la course à l’Elysée. A l’issu du premier tour, il fait le choix de ne pas se prononcer entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. 

    Conséquence de ce positionnement ni droite, ni gauche : il est la personnalité politique qui incarne le plus le centre selon les enquetes de l’Ifop, devant Jean-Louis Borloo

    S’il venait à choisir un camp, ce serait la fin de cette cohérence. Pour Alexis Massart, politologue spécialiste de l’UDF et du centrisme, ne pas se prononcer tient d’une "logique de cohérence". "Alors qu’il est issu de la droite, François Bayrou doit donner des gages sur l’existence d’une centre", précise-t-il. Alors que le centre peine à exister dans le jeu politique français, se rallier sonnerait comme une estocade. 

  2. Parce qu'il a échangé trop de coups avec Sarkozy

    Sur lejdd.fr

    Le choix le plus attendu serait un ralliement à Nicolas Sarkozy. François Bayrou est issu de la droite, il a été ministre d’un gouvernement Balladur puis Juppé et sa famille politique se situe au centre-droite. 

    Mais ses rapports avec Nicolas Sarkozy ne sont pas simple. Aujourd’hui, on peut dire qu’il a échangé trop de coups avec le président de la République pour envisager un rapprochement. Cinq ans durant, François Bayrou s’est attaché à montrer qu’il n’était pas associé à la majorité présidentielle. 

    Le 12 février, il lançait un appel "contre la droitisation" de Nicolas Sarkozy : 

    L’idée, pour gagner des voix, d’un référendum organisé sur le droit des chômeurs, c’est la négation de ce qu’un chef d’État doit à un pays comme la France. 

    Quelques jours plus tôt François Bayrou déclarait que Nicolas Sarkozy est "indigne de ce que doit être un chef d’État". Une charge très violente jugeant "pernicieux, inacceptable et dangereux" le projet de Nicolas Sarkozy. 

    Plus récemment, embrayant sur la ligne d'attaque du PS, le candidat du Modem a aussi taclé Nicolas Sarkozy sur le financement de sa campagne de 2007 : 

    Il faut sortir de ces suspicions qui jettent une ombre sur la manière dont la démocratie française fonctionne.

  3. Parce qu'il est incompatible avec Mélenchon

    L'héritage politique de François Bayrou est plutôt à droite. S'il doit se rallier à François Hollande, il devra composer avec les présences de Jean-Luc Mélenchon et des écologistes. 

    Compte tenu des divergences entre le Front de gauche et le Modem, cela semble compliqué. Pour Alexis Massart, politologue, "il devra faire des concessions programmatiques". Et cela dépendra de sa position au premier tour. 

    Si on se fie aux sondages, la position de Jean-Luc Mélenchon rend impossible tout accord entre le candidat centriste et François Hollande. "François Bayrou habillera cela en parlant de 'cohérence', mais il pourra difficilement tenir dans un gouvernement avec des communistes". 

    D'autant plus que les attaques entre les deux hommes ont été nombreuses pendant cette campagne. Le candidat orange parle des promesses "illusoires" du sénateur de l'Essonne : 

    Pour lui, François Hollande est "sous l'infuence" de Jean-Luc Mélenchon. "La seule candidature qui écarte les extrêmes comme Le Pen ou Melenchon, c'est la mienne !", arguait-il sur le plateau de BFM TV : 

    De son côté, Jean-Luc Mélenchon écarte le candidat centriste avec un argument qui parle à son entourage : "Bayrou, c'est le FMI à la maison !" : 

    Sachant cela, comment accepter une alliance du Front de gauche au Modem pour François Bayrou ? Elle est très peu probable, surtout si le candidat Modem n'est pas troisième après le premier tour. Pour Alexis Massart, cela apparaîtrait alors davantage comme un ralliement plutôt que comme un accord. François Bayrou n'a alors plus rien à gagner. 

  4. Pour ne pas perdre une place particulière sur l’échiquier politique français

    Depuis 2007, François Bayrou a une place particulière sur l'échiquier politique français. Il a réussi à incarner le centre dans un pays où nombreux sont ceux qui affirme qu'il n'existe pas

    Selon Alexis Massart, politologue et doyen de la faculté libre de Droit de Lille, Paris et Toulouse, "se prononcer pour Nicolas Sarkozy serait retourner à la case départ". Pour l'universitaire, la difficulté va être de penser au "coup d'après". "Après 2007, il avait déjà 2012 dans le viseur, là, on voit mal ce qu'il peut briguer". "Son avenir politique dépend de son socle électoral", estime Alexis Massart. 

  5. Parce que le report de voix est très partagé

    Sur sondages.blog.lemonde.fr

    Selon un sondage Ipsos pour Le Monde, France Télévisions et Radio France 46% des électeurs de François Bayrou se reporteraient au second tour sur le candidat socialiste contre seulement 32 % sur Nicolas Sarkozy.

    Quelle est la conséquence pour l'élu Modem ? Son électorat ne va pas forcement suivre son choix. Il peut donc faire un mauvais pari.

    D'autant plus que cela dépend beaucoup de la façon de présenter les choses. Pour Alexis Massart, politologue, "la consigne de vote peut changer la donne s'il met en avant un vrai accord". "Par exemple, s'il s'élève contre la présence de ministres communistes au gouvernement, il peut ramener vers lui, et donc vers la droite, les électeurs de centre gauche". 

Du rab sur le Lab

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