Des élus FN et LR dénoncent la privatisation d'un centre aquatique pour femmes souhaitant nager en "burkini"

Publié à 15h07, le 03 août 2016 , Modifié à 15h05, le 04 août 2016

Des élus FN et LR dénoncent la privatisation d'un centre aquatique pour femmes souhaitant nager en "burkini"

Le Speed Water Park est un centre aquatique situé dans les Bouches-du-Rhône, à proximité de Marseille. Le parc fermera ses portes pour la saison estivale le 4 septembre mais rouvrira exceptionnellement le samedi 10 septembre. Ce jour-là, le centre aquatique sera en effet privatisé par l'association Smile 13 et accueillera les femmes et les enfants désireux de se baigner "en burkini et et jilbeb de bain". Un millier de personnes sont attendues selon l'association. 

Voici le flyer diffusé depuis la fin juillet sur les réseaux sociaux :

Le centre aquatique sera donc réservé aux femmes et enfants, âgés de moins de dix ans s'il s'agit de garçons. Le prospectus ajoute à destination des participants :

 

Je compte sur vous pour respecter la Awra [toute chose cachée par pudeur, ndlr] et donc de ne pas venir en 2 pièces (parties doivent être cachées de la poitrine aux genoux). Le min. est un maillot une pièce avec paréo ou short-caleçon mais  ATTENTION les matières doivent être aqua sous peine de se voir refuser l'accès aux lieux.

Une initiative qui n'est pas du tout du goût de Stéphane Ravier. Ce mercredi 3 août, le sénateur-maire FN de Marseille s'insurge publiquement contre cette initiative : 

Contacté par Le Lab, Stéphane Ravier précise sa pensée. S'il se dit "choqué", il explique cependant ne pas être "surpris". "Quand on vit à Marseille depuis longtemps comme moi, on se rend compte que le communautarisme islamique gagne du terrain", dit-il, évoquant notamment le cas de femmes en niqab dans les rues de son secteur "sans que cela n'émeuve personne". Il ajoute :

Ce genre d'initiatives est on ne peut plus logique. C'est choquant mais ça montre une chose : il y a les discours rassurants de responsables musulmans attachés à la République, mais il y a aussi à la marge des individus qui ne se reconnaissent pas dans cette démarche. Alors combien sont-ils ? Visiblement assez nombreux pour privatiser un parc entier.

 

Pour autant, Stéphane Ravier est bien conscient que le Speed Water Park est un centre privé et que son propriétaire est libre d'organiser ce genre d'événements. "Je me contente d'alerter", souffle-t-il. Il n'est pas isolé : d'autres frontistes ont fait de même comme Sébastien Ausserre et Gabriel Robin, secrétaire général du Collectif culture du FN. Manon Bouquin, responsable FN du 6ème arrondissement de Paris, appelle quant à elle au boycott du parc.

La députée LR des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer dénonce elle aussi l'initiative dans un communiqué :

Accepter cette soi-disant mode, c'est conforter le communautarisme dans notre pays, mais c'est aussi une question de dignité de la femme, une question de respect de nos principes fondamentaux. […] Burqua, tchador, abaya, niqab, hijab, peu importe le nom, ils constituent un enfermement dans le sexe, une négation de la personne, un interdit d'égalité, un interdit de fraternité.

 

Nadine Morano a quant à elle lancé, jeudi 4 août, une pétition visant à interdire cette journée : 

Eric Ciotti aussi s'est emparé de la polémique ce 4 août, demandant au gouvernement d'interdire cette manifestation qu'il qualifie d'"intolérable".

Du côté de la municipalité des Pennes-Mirabeau, où est situé le Speed Water Park, certains ne décolèrent pas. Romain Amaro, conseiller municipal d'opposition (Les Républicains), explique au Lab qu"'il est "hors de question de laisser cette journée se dérouler".

Il prévient :

On va essayer de trouver des points d'accords sur ce sujet avec la majorité. On va trouver des moyens de pression. Une fermeture administrative pour des raisons de sécurité est par exemple envisageable. Dans le contexte actuel, on ne va pas laisser passer ça. 

 

Le maire divers gauche va encore plus loin. "Je prends un arrêté municipal interdisant cette manifestation sur la commune au motif qu’il est susceptible de troubles à l’ordre public", annonce Michel Amiel au Parisien. Il ajoute :

 

Je suis choqué et en colère, je considère cet événement comme une provocation dont on n’a pas besoin dans le contexte actuel. C’est du communautarisme pur et dur. 

Contactée, l'association Smile 13, qui organise l'événement, nie toute idée de communautarisme. "Je vois que ça fait polémique. Ça ne me surprend pas mais je ne m'attendais pas à ce que ça prenne de telles proportions", s'étonne auprès du Lab la trésorière de Smile 13, Melisa Thivet. "Mais c'est vrai que vu le contexte, certaines personnes sont sur défensive", ajoute-t-elle…

Elle poursuit :

Je ne vois pas ce qu'on peut nous reprocher à part de pratiquer notre religion. Nous sommes dans un pays laïque et chacun doit pouvoir pratiquer son culte comme il l'entend. Ce sont des femmes avant tout, qui veulent avoir des activités. La notion de vivre-ensemble, c'est aussi de respecter les convictions de tout le monde.

Pour autant, Melisa Thivet assure que Smile 13 n'est pas une association cultuelle et que l'événement est ouvert y compris aux femmes non musulmanes. "Notre but est de rapprocher les femmes de l'eau. Certaines n'ont pas la chance de pouvoir aller se baigner dans le parc en pleine saison, par pudeur. On leur offre cette chance mais les gens ont l'esprit étroit", regrette-t-elle. 

 

[EDIT 16h30] Ajout déclarations de Romain Amaro

[EDIT 04/08] Ajout annonce du maires des Pennes-Mirabeau

[EDIT 04/08] Ajout pétition de Nadine Morano

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