Julien Amador, le troisième inconnu de la campagne à l'UMP

Publié à 16h10, le 12 août 2012 , Modifié à 16h44, le 12 août 2012

Julien Amador, le troisième inconnu de la campagne à l'UMP
Julien Amador se sert principalement de son compte twitter pour faire campagne (Capture d'écran)

Il est le petit nouveau apparu tout en haut de liste des candidats à parrainer pour la présidence de l'UMP sur le site du parti. Une boite perso pour le contacter et son adresse à Meximieux, dans l’Ain, pour lui envoyer les documents dûment complétés.

Après Dominique Hamdad-Vitré et Philippe Herlin, Julien Amador est le troisième "inconnu"à tenter d’être candidat à la candidature pour la présidence de son parti.

Il a expliqué au Lab ses motivations.

  1. Julien Amador, le bosseur inspiré par Sarkozy

    A 27 ans, ce salarié de la fonction publique n’a pris sa carte à l’UMP qu’en 2004 après un seul élément déclencheur : Nicolas Sarkozy. Julien Amador est de ceux qui ont suivi l’ancien président pour "son dynamisme, sa carrure et cette forme d’espérance pour l’avenir qu’il dégage". Mais maintenant que le leader a chu, Julien Amador veut une UMP "renouvelée" sur le fond et sur la forme:

    Vous avez remarqué dans l’organigramme du parti ? Il y a très peu de personnes de moins de trente ans ! C’est quelque chose que le PS a mieux réussi à faire que nous : faire émerger des jeunes et promouvoir la parité.

    Pour être à la hauteur, le jeune homme raconte qu’il bosse sur son projet depuis "plus d’un an" :

    Je lis beaucoup de rapports et d’études. Je m’inspire notamment de ceux de la fondation Ifrap ou Concorde, mais aussi du projet de Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle.

    Julien Amador en a tiré ses "10  engagements pour la France", une liste de propositions regroupées par thème, à la manière d’un projet présidentiel, qu’il publie régulièrement sur son compte twitter sous forme de slides. Les influences sarkozystes sont bien là avec par exemple une taxation des exilés fiscaux, idée portée par le candidat en campagne. Des think tanks qui l’inspirent, on retrouve une volonté de "lutter contre l’assistanat" et de "rendre plus flexible le droit du travail" :

    Pour permettre aux employeurs de moduler leur masse salariale en même temps que le carnet de commande, je propose de pouvoir reconduire les CDD pendant 36 mois.

    Concernant le chômage, on pourrait passer à une indemnisation réduite à 18 mois.

    Dans sa besace encore, "flexibiliser davantage le temps de travail avec des accords par branche" et revenir sur le Smic universel pour, là encore, privilégier des "salaires minimums par branche".

    Nourri aux débats en cours dans son parti, Julien Amador se positionne à peu près sur tout. Les accords avec le FN ? Il y a bien réfléchi et ce sera "non" :

    On doit avoir une position claire, car nous avons plus de divergences que de convergences avec le Front national, notamment sur le plan économique. L’idée de l’immigration zéro est impossible à atteindre.

    Lorsque le sujet n’est "pas encore tranché" dans son esprit, il reprend avec aisance le langage de l’UMP. Après un instant d’hésitation sur le mariage gay, il penche pour "un avis plutôt défavorable car ce serait la porte ouverte à l’homoparentalité".

    Avec ses petits moyens – principalement son compte twitter qu’il tente d’utiliser comme outil de campagne – il veut interpeller toutes les fédérations UMP pour qu’elles relaient sa candidature. Pour plus d’égalité, il aurait aimé une page "prévue sur le site du parti"  afin que chacun y mette ses contributions. Faute de mieux, il développe sa présence numérique via Facebook et son blog. Mais là encore, l’historique ne joue pas en sa faveur. Julien Amador est le créateur des "aventures de Flamby" sur Facebook, une "page d’opposition" où il suit les réformes du nouveau président et les commente. Plus de 3.600 "like" et un nom qui commence à l’encombrer :

    Maintenant que je me présente, ça ne fait pas très politiquement correct. Mais, techniquement, je ne peux plus la changer.

    Déclaré tout récemment, avec toujours zéro parrainage en poche, Julien Amador "va essayer d’y croire". Sa candidature aux municipales en 2008 à Meximieux, sur une liste sans étiquette, lui a donné le goût de faire campagne, le goût des défis impossibles aussi. Et si les soutiens ne suivent pas, son cœur penchera plutôt pour un Copé que pour un Fillon. Parce qu’il retrouve "un peu de Sarkozy en lui".

  2. Philippe Herlin, le libéral-conservateur passé par le FN

    Sur philippeherlin.com

    Entre la promotion de ses ouvrages d’économie et les liens vers ses différentes tribunes et interventions médiatiques, on trouve sur le site de Philippe Herlin sa profession de foi : "Ma candidature à la présidence de l’UMP". A 44 ans, celui qui s’est spécialisé dans l’analyse financière depuis la crise des subprimes estime que la droite ne tient plus sa droite. Et que l’UMP a besoin d’un vrai libéral-conservateur pour prendre la bonne direction :

    Durant ces trente dernières années, la droite s’est gauchisée. Si on revient à 1986 par exemple, l’abrogation du droit du sol – qui n’est plus prônée que par le FN – était dans le programme du RPR ! Mais l’échec de 1988 leur a donné l’impression qu’il fallait se recentrer.

    Depuis, il y a une vraie soumission idéologique de la droite à la gauche. La droite au pouvoir n’ose pas défaire ce que la gauche a fait. Elle n’est pas revenue sur les 35 heures ou sur la loi SRU par exemple. Lors des débats, ces projets la faisaient pourtant hurler.

    Il se pose donc là : très libéral en matière économique, fondamentalement contre l’intervention de l’Etat et adepte de la formule de Ronald Reagan : "L’Etat n’est pas la solution, c’est le problème".

    Côté valeurs, Philippe Herlin se dit conservateur, favorable à une "nette diminution de l’immigration" et à plus de sévérité en matière de délinquance. Et sur tous ces sujets, il ne se retrouve pas dans la proposition politique actuelle :

    Les libéraux en matière économique le sont aussi sur les valeurs, et les conservateurs sur les sujets de société virent au colbertisme pour l’économie … Je me distingue donc complètement !

    Cette droite, il l’observe et la critique depuis longtemps mais n’a décidé de prendre sa carte à l’UMP que le 7 mai 2012, au lendemain de la défaite de Nicolas Sarkozy. Pour faire bouger le parti de l’intérieur :

    J’ai considéré qu’après ses cinq années au pouvoir, sa campagne puis sa défaite, c’était le bon moment pour faire revenir la droite à droite.

    Et avant cela ? Eh bien Philippe Herlin est passé par la case Front national. Quatre années, entre 2004 et 2008, à travailler en tant que collaborateur pour différents élus frontistes, notamment en Loraine :

    J’ai pris ma carte au FN en 2002 lorsque j’ai compris que Marine Le Pen allait reprendre le parti  et qu’à partir de là il pourrait avoir des chances de peser et de s’allier avec la droite.

    Il quitte le FN en 2008, considérant que Marine Le Pen "prend un virage trop étatiste en économie". Mais de ces années lui reste une certitude : le parti doit accepter de s’allier, localement, avec des élus du Front national.

    Je ne veux pas d’accord de gouvernement car on ne doit rien négocier sur nos idées.

    Mais des accords locaux de désistement permettraient d’envoyer un signal aux électeurs de droite passés au FN : "On est sensible à votre voix".

    Cela facilitera les reports de voix au second tour et permettra à l’UMP de rester la première force de droite.

    Côté parrainages, la récolte est maigre mais Philippe Herlin compte sur la rentrée politique et médiatique pour passer à la vitesse supérieure. "Les sondages montrent que les sympathisants de droite sont favorables aux idées que je porte, comme l’alliance avec le FN", aime-t-il répéter.

    Et s’il n’y arrive pas ? Plutôt un Copé qu’un Fillon, trop "mou" et "capable de nous faire perdre dès le premier tour en 2017 contre le FN". Lui restera à l’UMP, et prévoit déjà de retenter sa chance au prochain congrès de 2015 "après avoir eu le temps de mobiliser les libéraux conservateurs".

  3. Dominique Hamdad-Vitré : le militant anti "tête d’affiche"

    Sur dominiquehamdad.blogspot.fr

    A 46 ans, Dominique Hamdad-Vitré milite depuis plus de vingt ans à droite ; RPR d’abord, UMP ensuite. Enseignant en génie électrique, spécialisé dans les questions d’éducation, sa candidature est un peu le cri de ras-le-bol de cette élection à droite: les têtes d’affiche sont toujours les mêmes, place au renouvellement.

    Et dans son viseur, le système de parrainages qui oblige les candidats à la candidature à rassembler près de 8.000 soutiens, publics, dans au moins dix fédérations et avant le 18 septembre :

    Je me bats pour que la culture démocratique de l’UMP ait un sens, en montrant qu’être candidat doit être à la portée de tous.

    Dans le système actuel, la candidature n’est possible que pour les personnalités politiques connues. Et encore, même NKM ou Bruno Le Maire rencontrent aujourd’hui des difficultés.

    Si on prend l’exemple de la fédération de Paris : tous les militants vont se prononcer pour Copé ou Fillon. Je les comprends, ils sont dans l’obligation de n’en choisir qu’un et n’importe qui peut connaitre leur parrainage. Cela limite la liberté de choix.

    L’homme n’en est pas à sa première tentative pour bousculer les chefs établis. En 2010, voyant que le député UMP Philippe Goujon est sur le point d’être élu pour la quatrième fois à la présidence UMP de la fédération de Paris, il se lance :

    J’ai obtenu entre 5 et 6% des voix avec presque rien, aucun moyen. Au moins, pour les présidences de fédération, tout le monde peut se présenter et se faire entendre.

    Cette année, avec toujours zéro parrainage à son compteur, le défi semble impossible. L’enseignant est persuadé qu’ "avant de changer la France, il faut retrouver une UMP plus stable"

    Un président déconnecté des échéances nationales, sans ambition présidentielle et qui ne copine avec personne serait un bon moyen de redonner une bonne image au parti.

    Et sur le fond ? Pas question de parler projet pour le moment, il viendra "une fois que j’aurai mes candidatures". A ses yeux, c’est la "dynamique nouvelle dans le parti, la fin des parachutages", qui importe le plus aux militants pour le moment.

    Côté idées, "ce n’est pas ce qu’il me manque" répète-t-il sans vouloir s’avancer davantage. L’homme n’est pas un "anti" ; ni anti-Fillon, ni anti-Copé, ni anti-Juppé dont il apprécie même la volonté de séparer l’enjeu de l’automne à celui de 2017. Il se retrouve un peu dans les idées de chacun. Il ne veut juste pas les voir, encore, à la tête du parti.

Du rab sur le Lab

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