La grosse intox de Marine Le Pen sur le refus du Parlement d'enquêter sur le financement de Daesh

Publié à 11h05, le 09 décembre 2015 , Modifié à 11h15, le 09 décembre 2015

La grosse intox de Marine Le Pen sur le refus du Parlement d'enquêter sur le financement de Daesh
Marine Le Pen © Capture d'écran Europe1

SAME PLAYER SHOOT AGAIN - Marine Le Pen a des sources d'informations un peu particulières. On l'avait déjà compris lorsqu'en novembre, elle avait accusé Bernard Cazeneuve d'avoir déclaré sur RTL que "prôner le djihad n'est pas un délit". Sauf que cette accusation, relayée par ce qui se fait de mieux dans la fachosphère, était infondée et reposait sur une manipulation des propos des services du ministère de l'Intérieur. Mais passons…

Cet attrait de la présidente du FN pour les sites d'extrême droite se confirme ce mercredi 9 décembre. Invitée d'Europe 1, Marine Le Pen l'assure : si elle arrive au pouvoir, elle mènera une "guerre de tranchées" à Daesh en s'attaquant notamment aux financements de l'organisation terroriste. 

Elle dit :

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Le Parlement vient de refuser de faire une enquête sur le financement de Daesh. Pourquoi ? Parce qu'ils ont peur de tomber sur les Turcs ? Eh bien nous, nous n'aurons pas peur de dire la réalité.

 

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Comment ? La France aurait refusé d'enquêter sur le financement de Daesh pour ne pas froisser la Turquie et le président Erdogan ? Voilà qui a de quoi surprendre. Normal : cette information signée Marine Le Pen est fausse.

Sur internet, l'idée circule pourtant, sur des sites complotistes et/ou proches de l'extrême droite. Parmi eux, il y a wikistrike. "Tout comme pour le 11 septembre donc, la France n’enquêtera pas sur l’origine de l’argent qui a permis de financer le massacre de 130 Français. Posez-vous des questions…", peut-on lire sur ce site qui, au lendemain des attentats du 13 novembre, expliquait le plus simplement du monde – mais sans aucune preuve évidemment – que les attaques terroristes avaient été coordonnées par les services secrets français et que tout ceci n'était qu'une vaste "surpercherie".

Le site d'extrême droite agenceinfolibre.fr évoquait lui-aussi ce soi-disant refus du Parlement français d'enquêter sur le financement de Daesh - avant d'écrire un erratum... 

De fait, l'Assemblée nationale a rejeté, le 3 décembre, une proposition de résolution "tendant à la création d’une commission d’enquête relative au financement de Daesh". C'est donc bien la preuve que "le Parlement vient de refuser de faire une enquête sur le financement de Daesh", non ? Eh bien non. Car, dans le même temps, l'Assemblée nationale a acté, mardi 1er décembre, "la création d’une mission d’information portant sur les moyens dont bénéficie l’organisation terroriste Daesh".

Contrairement à ce qu'affirme Marine Le Pen, les députés vont donc bien se pencher sur le financement de l'organisation terroriste.

Sur le blog hébergé par L'Express, Les cuisines de l'Assemblée, l'attachée parlementaire Marie Castagné explique pourquoi les députés ont préféré créer une mission d'information plutôt qu'une commission d'enquête. Elle écrit :

 

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Une mission peut durer plus de 6 mois (une commission d’enquête ne peut pas excéder 6 mois), le champ de la mission d’information est plus large que celui libellé dans la demande de création de la commission d’enquête. Précisons également qu’une commission d’enquête se serait certainement heurtée aux procédures judiciaires en cours.

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De fait, une commission d'enquête parlementaire ne peut pas être créée si une procédure judiciaire est en cours sur le même sujet.



Cela a par exemple été le cas au sujet de l'attentat de Karachi. L'Assemblée nationale n'avait pas créé de commission d'enquête parlementaire mais une mission d'information. L'enquête judiciaire sur l'attaque terroriste n'était pas terminée.

Et, fort logiquement, la création d'une mission d'information a entrainé le rejet de la demande de création d'une commission d'enquête.

Une nouvelle fois donc, Marine Le Pen relaye une fausse information au sujet du gouvernement et de la lutte contre le terrorisme islamique. Elle va plus loin cette fois en accusant le pouvoir en place de refuser d'enquêter pour ne pas froisser la Turquie. 

 

 

 

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