Le pape a-t-il demandé aux parlementaires d'abroger la loi sur le mariage homo ?

Publié à 12h53, le 15 juin 2013 , Modifié à 18h43, le 15 juin 2013

Le pape a-t-il demandé aux parlementaires d'abroger la loi sur le mariage homo ?
(Reuters)

#EXPLICATION - Le pape François recevait ce samedi une délégation de sénateurs et députés français. Le pontife a invité à cette occasion les élus venus de France à donner "une âme" aux lois. Mais il existe plusieurs interprétations de ce qu'a dit le pape aux parlementaires.

  • Article mis à jour à 16h30, avec des précisions sur les propos du pape. 

Dans une dépêche, l'AFP écrit depuis le Vatican que le pape invite les parlementaires français à "abroger" les lois si nécessaire, en y voyant une référence explicite au texte de loi sur le mariage homo. Une version aussitôt relayée par le Lab.

Dans la foulée, La Croix et Radio Vatican publient l'allocution prononcée par le chef d'Etat. Dans ce texte, le pape rappelle aux élus que leur "tâche est certes technique et juridique, consistant à proposer des lois, à les amender ou même à les abroger." Et il estime qu'il est "nécessaire" d'insuffler aux lois "un supplément, un esprit, une âme."

Le texte retranscrit ne fait pas de référence claire à la loi sur le mariage homo, ni à aucun texte législatif en particulier. En revanche, l'AFP maintient son interprétation et BFM TV y voit "une allusion explicite à la loi sur le mariage pour tous", explique une journaliste à l'antenne. 

A 15h32, l'agence Reuters publie également une dépêche sur le sujet. Depuis Paris, l'agence rapporte quant à elle le discours du pape diffusé par Radio Vatican, précisant que le pontife s'est exprimé "sans faire référence de manière explicite au "mariage pour tous"".

Thomas Thévenoud, député socialiste présent dans la délégation a réagi sur son blog aux différentes interprétations. "Le Pape n’a absolument pas demandé l’abrogation de la loi sur le mariage pour tous", titre-t-il son billet de blog. Le parlementaire témoigne du fait que ni le pape, ni les élus présents, n'ont fait référence à la loi sur le mariage homo : 

Présent ce matin au Vatican, lors de l’audience privée que le Pape a accordée aux parlementaires français, je peux attester qu’à aucun moment la loi sur le mariage pour tous n’a été évoquée, ni par le Pape, ni par le sénateur Charles Revet qui s’est exprimé au nom de la délégation

Philippe Gosselin, député UMP, fervent opposant au mariage homo, était lui aussi présent dans la délégation. Il confirme factuellement ce que dit son collègue Thomas Thévenoud mais livre au Lab sa lecture du discours du pape : 

La loi sur le mariage homo n'a été citée à aucun moment, en revanche, on peut y voir quelques allusions. Je pense que dans son propos il y avait une référence implicite à l'actualité. Mais pas de manière explicite. 

(...)

Il y a sans doute une interprétation à faire également si un groupe a été reçu aussi rapidement par le pape alors qu'il est élu depuis peu. C'est une façon d'accorder de l'importance aux parlementaires français. Je pense qu'effectivement il y a la référence à une certaine actualité, qui est en filigrane. Et volontairement en filigrane. Il y avait la volonté de ne pas aborder frontalement ce sujet là. On peut y voir une référence, une sorte de clin d'oeil à l'actualité. 

Et le député UMP précise au Lab que, "pour avoir parlé avec François Zochetto et Hugues Portelli (deux sénateurs, ndlr) qui parlent parfaitement italien, il n'y a eu aucune divergence entre le texte prononcé et la version traduite". 

Dans son discours, le pape a également estimé que la laïcité qui gouverne en France ne doit pas rimer avec une "hostilié à la réalité religieuse."

Ses propos ont donné lieu à de nombreuses réactions. Le porte-parole du Parti socialiste, David Assouline, a répondu au pape sur Twitter, l'invitant à respecter la République laïque. 

Sollicité par BFM TV, Erwann Binet, rapporteur de la loi sur le mariage homo a joué l'apaisement. Le député PS a considéré qu'il n'y avait "pas à polémiquer" :

Ce n'est pas de provocation de sa part, les propos du pape sont bien plus soft que bien des choses entendues pendant les débats.

Pascal-Eric Lalmy, secrétaire national du PRG à la laïcité, appelle le pape à être "plus prudent quand il s'exprime sur les lois françaises." Il dénonce "la volonté de l'Eglise catholique d'influencer le travail du législateur en France et en Europe."

De son côté, Laurence Rossignol, également porte-parole de Solférino et sénatrice invite quant à elle le pape à ouvrir l'ordination aux femmes et à autoriser le mariage des prêtres.

"Il a été élu par qui celui-là ?", réagit également Denis Baupin, député écologistes sur Twitter, au sujet des propos du pape. 

Selon Le Point, le pape devait recevoir 45 parlementaires, pour une audience privée à midi. Parmi eux, 28 sénateurs du groupe d'amitié France - Vatican et 16 députés. L'Opinion évoque une délégation d'une soixantaine de personnes au total. 

> Mise à jour, 18h20, avec la version du député Philippe Gosselin. 

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