Les trois manoeuvres de campagne de Marine Le Pen

Publié à 11h59, le 12 avril 2012 , Modifié à 15h25, le 12 avril 2012

Les trois manoeuvres de campagne de Marine Le Pen
Marine Le Pen (Reuters)

Marine Le Pen nouvelle édition. La candidate ne parle plus de "sortie" mais d’ "évolution" de l’euro, insiste sur la nécessité de tenir un référendum sur le sujet et pratique l’esquive dans les médias. 

Depuis le début de la campagne, ce n’est pas la première fois que la frontiste change de stratégie. Après la phase "meilleure économiste de France", puis le retour aux fondamentaux anti-immigration, la leader frontiste abat sa dernière carte : l’incarnation de la révolte populaire

La candidate du portefeuille, voilà  l’angle d’attaque choisi pour son clip de campagne de 1m30. Retour sur les trois phases de la campagne Le Pen.

  1. Meilleure économiste de France. Ou presque.

    Au début de sa campagne, la candidate du Front national attaquait sur un terrain jusque-là délaissé par le FN : l’économie. Et tout particulièrement la sortie de l’euro. On pouvait ainsi l’entendre dire sur RTL début décembre 2011 :

    Sans sortie de l’euro, ça va être le chaos. Le chaos économique et social. Alors ceux qui n’auront pas préparé la sortie de l’euro porteront la responsabilité très lourde de la situation dramatique dans laquelle ils plongeront les Français, demain. 

    Et puis, sondages faisant, la candidate a de moins en moins évoqué ce sujet. Aujourd’hui, elle réserve le retour au franc à la tenue d’un référendum. Dans sa brochure de 16 pages, rassemblant les grands points de son projet, elle ne parle plus de "sortie" de l’euro mais seulement d’ "évolution" et  insiste sur la coexistence du franc et de la monnaie européenne. 

    La France doit préparer, avec ses partenaires européens, l’évolution de l’euro, qui deviendrait une monnaie commune, coexistant avec le franc, qui serait rétabli.

    Marine Le Pen a surtout arrêté de tenter de se dépatouiller en économie après quelques émissions complètement ratées. Le face à face avec Anne-Sophie Lapix dans Dimanche Plus en est un exemple. 

  2. Le retour aux fondamentaux

    Pour sortir la tête des eaux troubles de l’économie, Marine Le Pen est revenu vers les amours premières du FN : la lutte contre l’immigration et le fondamentalisme musulman. Pour cela, elle trouve un prétexte choc, qui parle à tous, tout en renouvelant le genre. Son retour dans la campagne est passé par la viande halal.

    Le 19 avril à Lille, devant plusieurs journalistes, elle lance :

    Il s’avère que l’ensemble de la viande qui est distribuée en Ile-de-France, à l’insu du consommateur, est exclusivement de la viande halal. (…) Tous les abattoirs d’Ile-de-France vendent du halal, sans exception. Que du halal. 

    Ca fonctionne. Nicolas Sarkozy – après des années à protéger l’abattage rituel – fini par annoncer une réforme sur le sujet. Contrairement à l’euro, la question du halal fait parler tous les bords, et surtout les Français.

    La phase "retour aux fondamentaux" continue avec les tueries de Toulouse et de Montauban. Marine Le Pen fait ouvertement un lien entre l’affaire Merah et l’immigration, notamment lors d’un meeting le 25 mars près de Nantes :

    Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d'immigrés?  Combien de Mohamed Merah parmi les enfants de ces immigrés non-assimilés? 

    Le thème lui permet de se maintenir (autour des 15% d’intentions de vote), mais dans certains sondages, un croisement de courbes s’opère avec Jean-Luc Mélenchon. D’où le passage à la troisième phase.

  3. La candidate de la révolte populaire

    Sur youtube.com

    Vous le savez le président du pouvoir d’achat aura été le président du désespoir d’achat. Toujours plus pour les gros, mais toujours moins dans votre portefeuille.

    La phrase ne vient ni de Nathalie Arthaud, ni de Philippe Poutou, ni même de Jean-Luc Mélenchon. Ce sont les premiers mots de Marine Le Pen dans l’un de ses clips de campagne de 1m30, dévoilé le 9 avril. La stratégie est claire : pendant que les autres candidats tracent les grandes lignes de leur programme sur une musique de péplum, la frontiste reste en "tête-à-tête" avec les Français [même tactique que pour son affiche officielle], et diffuse plusieurs spots, chacun décrivant des mesures "concrètes".

    Elle leur parle "vrai", elle leur parle pouvoir d’achat. Si on récapitule, ça donne ça :

    Agir d’abord sur les prix à la pompe (…). Dès mon élection, j’imposerai une baisse de 5% des tarifs du gaz, de l’électricité et du train. (…) Je mettrai fin au racket des radars automatiques. (…) Je contrôlerai les marges de la grande distribution. Fini le hold-up !

    Son deuxième spot de campagne est de la même trempe : 

    Je ferai de l’augmentation des salaires une priorité absolue de mon quinquennat.

    Le tout se termine par un tacle aux partis d’extrême-gauche. C’est bien sur leurs électeurs qu’elle compte rogner à dix jours du premier tour :

    Je suis la seule candidate de la révolte populaire qui ne craint pas la caste qui nous dirige. 

Du rab sur le Lab

PlusPlus