Quinze choses à savoir sur la fin du quinquennat Sarkozy

Publié à 10h30, le 13 octobre 2012 , Modifié à 10h30, le 13 octobre 2012

Quinze choses à savoir sur la fin du quinquennat Sarkozy

MEILLEURES FEUILLES - L'aveu de l'emploi d'une boule puante contre DSK. Les détails inédits du sauvetage de Christine Ockrent. La visite surprise de Depardieu. Ou encore une série de grosses colères. Les Scènes de la vie quotidienne à l'Elysée (Plon), en librairie depuis le jeudi 11 octobre, sont truffées d'anecdotes de première main sur les coulisses du pouvoir, narrées par Camille Pascal, le conseiller médias devenue plume du président de la République à la fin de son mandat.

Au-delà du savon passé au président de PSA et de la colère froide de Nicolas Sarkozy  concernant une visite de Vladimir Poutine - deux anecdotes déjà relevées par Le Figaro Magazine - Le Lab a isolé quinze autres passages mémorables de ce récit truculent, au cœur du pouvoir.

  1. Notre sélection des "Scènes de la vie quotidienne à l'Elysée"

    Sur lelab.europe1.fr

    <img src="http://i.imgur.com/LwlWQ.png" alt="" width="450" />

    Dominique Strauss-Kahn, Anne Sinclair et la Porsche Panamera d'un conseiller de DSK, le 28 avril, à Paris. (Capture d'écran d'une photo AFP reprise sur le blog de mry)

    La boule puante contre DSK

    Celui qui assiste à la plupart des réunions importantes à l'Elysée commence par affirmer que les hommes de Nicolas Sarkozy n'ont joué aucun rôle dans l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn.

    Quant à la fameuse affaire DSK, les amateurs de complot resteront sur leur faim lorsqu’ils sauront que nous suivions l’avancée de l’enquête à travers la revue de presse new-yorkaise établie par notre ambassade aux Etats-Unis.

    Mais quelques pages plus loin, le même homme écrit :

    Nicolas Sarkozy étant perpetuellement caricaturé en président des riches, il fallait présenter le président du FMI en candidat des élites mondialisées coalisées contre les intérêts du peuple français.

    La diffusion à grand renfort de publicité d’une photo où l’on voyait le couple Strauss-Kahn monter à bord d’une voiture dont le prix équivalait à plusieurs siècles de SMIC fut en grande partie notre oeuvre.

    Un lobbying dans l'ombre, développé sur RTL mercredi 10 octobre, qui fait référence à la diffusion ciblée d'une photo datant du 28 avril, deux semaines avant l'arrestation de DSK.

    La photo, sur laquelle on voit le favori pour la campagne présidentielle monter dans une Porsche Panamera fut initialement publiée par Le Parisien le 3 mai. Prise par un photographe de l'AFP le 28 avril, elle avait notamment connu un grand succès sur Internet, après qu'un blogueur l'ait relayée et commentée abondamment. Sans doute Camille Pascal parle-t-il de cette action...

    <img src="http://i.imgur.com/D9wj9.jpg" alt="" width="440" />

    Dominique Baudis, le 15 mai 2012, à l'Élysée. (MaxPPP)

    Sarkozy compare l’affaire Baudis à l’affaire Clearstream

    Pour son entretien d'embauche - dont il ignorait la véritable finalité - Camille Pascal observe et écrit que Nicolas Sarkozy s'intéressait particulièrement à l'affaire Alègre/Dominique Baudis, dont Camille Pascal fut le directeur de cabinet au CSA.

    Cet acharnement médiatique et calomnieux dont l’ancien maire de Toulouse avait fait l’objet intriguait encore sept ans plus tard le Président qui ne pouvait pas s’empêcher de faire le parallèle avec l’affaire Clearstream dont il avait lui même été la victime.

     

    Camille Pascal à l'Élysée, le 26 janvier 2012. (MaxPPP)

    La hotline en cas de problème

    Après un deuxième entretien d'embauche avec Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Élysée, Camille Pascal intègre l'Élysée. Il se fait faire la "fameuse carte tricolore barrée en lettre d'or de la prestigieuse mention Présidence de la République. Et il révèle sans toutefois préciser la nature des pépins dont il parle :

    En cas de pépin, il était recommandé de faire profil bas, de prévenir discrètement un numéro de téléphone prévu à cet usage et d’attendre que choses s’arrangent. Dans le cas contraire, il valait mieux passer la nuit dans une cellule de dégrisement en toute discrétion [...]. Cette carte ne fut jamais utilisée. Pas plus d'ailleurs que le fameux numéro vert de la Présidence.

    La cour de l'Élysée (MaxPPP)

    Le "bureau des avancements" sous Mitterrand

    L'autre plume de Nicolas Sarkozy écrit dans son livre que des conseillers de François Mitterrand, à l'Élysée de 1981 à 1995, ont profité de leurs positions pour obtenir les faveurs de certaines femmes.

    Une rumeur insistante voulait qu’à l’époque de François Mitterrand, où régnaient à l’Elysée des mœurs mérovingiennes, certains conseillers du Prince, et non des moindres, s’étaient aménagés là des garçonnières où ils entraînaient, pour mieux se pénétrer de leurs dossiers, les jolies solliciteuses venues défendre la carrière de leurs maris.

    Le petit personnel de l’Elysée auquel rien n’échappe et qui peut avoir la dent dure avait donc baptisé ces soupentes le "bureau des avancements".

    Henri Guaino sur les marches de l'Élysée, le 13 janvier 2012. (MaxPPP)

    Les privilèges de Guaino

    Camille Pascal consacre un chapitre de son livre à assurer que "la guerre des plumes" entre lui et Henri Guaino, "n'aura pas lieu". Il évoque notamment les avantages matériels dont bénéficie le conseiller spécial et plume historique de Nicolas Sarkozy au Palais. 

    Henri Guaino occupait le magnifique salon situé à l’angle sud-est du premier étage de l’hôtel d’Evreux, ancienne chambre de l’impératrice Eugénie et qui bénéficiait tout à la fois d’un accés direct et invisible au bureau du Président et d’une antichambre somptueuse.

    Autre privilège insigne, Henri était l’un des très rares collaborateurs du président de la République, le seul peut être avec le secrétaire général, à pouvoir attendre sur le perron d’Honneur que sa voiture vienne le chercher et qu’un des garçons de vestibule, lointain descendant des “garçons bleus” du chateau de Versailles, portant le livrée bleue à boutons d’argent et le gilet rouge, descende les marches pour lui ouvrir la portière.

     

    Nicolas Sarkozy, le 25 avril 2012. (MaxPPP)

    Après 21h, c’est couvre-feu

    Camille Pascal explique que Nicolas Sarkozy demandait toujours à son équipe de lui fournir un dossier complet concernant sa journée du lendemain. Et gare à ceux qui voulaient le compléter dans la soirée ...

    Le Président détestait être dérangé chez lui après 21 heures par l’arrivée de documents ou de discours qui n’avaient pas été intégrés à temps à son dossier. Ces quelques moments d’intimité familiale qu’il s’octroyait lors du dîner étaient sacrés et il les défendaient avec vigueur. Sonner chez le Président à cette heure-là était un risque que personne ne voulait prendre. Moi le premier.

    Cérémonie des vœux de Nicolas Sarkozy à Lyon, le 19 janvier 2012. (MaxPPP)

    Les gros dossiers

    Nommé le 1er janvier 2011, Camille Pascal doit notamment préparer les discours du président pour la série de cérémonies des vœux. L'occasion de livrer une nouvelle anecdote.

    A la seule vue du dossier quotidien qui lui était remis et à l’épaisseur de la chemise qui contenait son discours pour le lendemain, [Nicolas Sarkozy] pouvait détecter ce qu’il appelait un "quatre-quarts". C’est sous le nom de ce gâteau un peu bourratif (...) que le président désignait les discours imprononçables.

    "J’en ai plein la bouche de ce machin, disait-il en faisant mine de mastiquer péniblement. Vous n’avez qu’à dire au petit génie qui me l’a écrit qu’il vienne le prononçer à ma place et on va bien rigoler."

    Personne, évidemment, n’avait envie de rire, et soit le Président improvisait, soit le secrétaire général était prié d’en faire écrire un autre.

     

    Le bureau de Aquilino Morelle, ancien bureau de Henri Guaino. (TF1)

    Le point "Dans tes dents Aquilino"

    Petite amabilité de Camille Pascal à destination de Aquilino Morelle, le conseiller politique et la plume de François Hollande qui occupe la même fonction et le même bureau que Henri Guaino.

    D’après ce que j’ai pu constater au hasard d’un reportage télévisé, le successeur d’Henri Guaino a laissé remeubler l’ancien chambre de l’impératrice Eugénie comme un cabinet de dentiste.

    Un "cabinet de dentiste" probablement aperçu par l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy dans un reportage de TF1 en juillet.

     

    Photo souvenir de Gérard Depardieu et Camille Pascal, le 16 mars 2011(MaxPPP).

    Le happening de Depardieu à la sortie du Conseil des ministres

    Le chapitre 7 du livre, intitulé “Obélix à l’Elysée”, narre la visite impromptue de l'acteur Gérard Depardieu venu demander une intervention de l'Élysée face à des difficultés de financement pour le téléfilm Raspoutine.

    Le monstre sacré du cinéma a le plus grand mal à monter les escaliers.

    Il n’y a pas d’ascenseur dans cette baraque? C’est pas Dieu permis de faire monter les gens si haut. Un étage de plus et je crevais moi. Tu vois un peu le bordel.

    A l'issue de cet entretien, Depardieu ne résiste pas au plaisir de faire le spectacle face aux journalistes qui attendent la sortie du Conseil des ministres dans la Cour de l'Élysée.

    Regardez-moi bien, j’ai une belle chemise ouverte, je suis à l’Elysée mais je ne m’appelle pas BHL ! Moi, c’est Gérard et je vous offre ma gueule pour pas un rond.

     

    Laurent Wauquiez, Frédéric Mitterrand, Nicolas Sarkozy et l'évêque Henri Brincard, au Puy-en-Velay, le 3 mars 2011. (MaxPPP)

    Frédéric Mitterrand persona non grata au Puy-en-Velay

    Camille Pascal est envoyé en repérage avant la visite de Nicolas Sarkozy au Puy-en-Velay (Auvergne) en mars 2011. Il rencontre l’évêque local pour régler les détails protocolaires. Quand tout à coup, monseigneur Brincard se braque.

    Nous discutions ainsi aimablement de toutes les étapes de la visite lorsque, au détour d’une phrase, je fis allusion à la place qu’occuperait le ministre de la Culture”

    -”Frédéric Mitterrand ? me demanda-t-il en m’interrompant brusquement, mais personne ne m’a prévenu...

    Je compris que je venais de soulever un problème, un gros problème même. Le silence s’installa, un silence gêné puis de plus en plus lourd... Il le rompit en me disant avec un soupçon d’ironie mais sous laquelle je voyais affleurer la menace:

    -Vous pensez qu’il supportera ma présence ? Je ne voudrais surtout pas le mettre mal à l’aise...

    Comprenez-moi, l’Eglise pardonne la Mauvaise Vie mais elle ne peut tout de même pas la cautionner... [...]

    -“Mais, Monseigneur, là où le pêché abonde, la grâce surabonde...”

    Pour finir, l'évêque du Puy-en-Velay accepte la présence de l'auteur de La Mauvaise Vie(Robert Laffont).

    Et Camille Pascal se vante :

    Ce jour-là, je sauvais Frédéric Mitterrand de l’anathème, lui ouvris peut-être les voies du salut et je gagnais la confiance de l’évêque du Puy.

     

    Nicolas Sarkozy et Barack Obama, le 10 janvier 2011. (MaxPPP)

    Les pompes d’Obama

    Lors d'un déjeuner auquel assiste Camille Pascal, Nicolas Sarkozy, parfois surnommé en 2006, "Sarko l'américain", aurait fait la tirade suivante contre les Etats-Unis :

    Comme les Américains chaussent du 62, ils vous écrasent les pieds sans y prendre garde et s’étonnent que, malgré nos petites chaussures , nous leur tapions sur l’épaule en disant: Eh là, gars, là tu me marches un peu sur les pieds.

     

    Franck Louvrier, le 24 novembre 2011. (MaxPPP)

    Les sources de Louvrier : des Lolcats et la PQR

    L'autre plume de Nicolas Sarkozy (avec Henri Guaino) raconte par le menu les traditionnelles réunions du matin, à 8h30, des principaux collaborateurs du chef de l’Etat. Encore une anecdote.

    La parole revenait à Franck Louvrier [le conseiller presse, ndlr] qui cessait à ce moment là de feuilleter son iPad sur lequel il consultait depuis le début de la réunion tous les titres de la presse locale et nationale - qu’il surveillait comme le lait sur le feu et sans distinction car il savait que les grands incendies se déclenchent toujours dans les plus insignifiants sous-bois. 

    [...]

    Parfois, Franck Louvrier s’amusait de telle ou telle vidéo diffusée sur le Net qu’il nous faisait visionner en direct.

     

    Christine Ockrent, à l'Assemblée, le 5 janvier 2011. (MaxPPP)

    L'exfiltration de Christine Ockrent

    Camille Pascal consacre également onze pages à un dossier brûlant dont il a eu la charge en tant que conseiller du Château chargé des médias : résoudre la guerre des chefs entre Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent à France 24.

    Dans son chapitre intitulé "hélitreuiller la reine Christine", le conseiller explique qu'il était tranquillement en compagnie de son épouse, en Normandie, quand son téléphone a sonné.

    Je venais de me reveiller, j'étais nu comme un ver au milieu d'une chambre dont le chauffage s'était interrompu pour la nuit et je parlais au président de la République.

    Nicolas Sarkozy qui lui aurait donc dit, ouvrez les guillemets :

    Bon, Camille, on en est où de cette hi

    stoire de France 24, ça ne peut plus durer. Je suis avec Christine, là, et elle n’en peut plus... Il faut trouver une solution.

    Solution trouvée en 2011 avec le départ de Christine Ockrent.

    Face aux nombreuses rumeurs sur le montant de son chèque de départ, Camille Pascal écrit :

    A aucun moment, [...] il ne fut question d'argent.

     

    Nicolas Sarkozy à Toulouse, le 19 mars 2012. (MaxPPP)

    Très grosse colère de Sarkozy lors de l’affaire Merah

    Le 19 mars 2012, Nicolas Sarkozy se rend à Toulouse après le bain de sang devant le collège-lycée juif Ozar-Hatorah. En revenant dans son bureau, à Paris, il apprend, après tout le monde, par une dépêche AFP que lui lit Camille Pascal et non pas via les services de police que ces meutres sont liés à ceux de trois militaires les 11 et 15 mars. Verbatim de sa fureur selon ces Scènes de la vie quotidienne à l'Élysée.

    Il se prit la tête entre les mains et murmura comme se parlant à lui-même. “Je n’y arriverai jamais, jamais, jamais. Je suis trahi par les miens, jusque dans ma propre maison. [...]

    "Alors je vais vous dire une chose. Je n’ai pas besoin de vous. Non, vous pouvez rentrer chez vous, je vais me débrouiller tout seul.”

     

    Des jeunes militants devant le QG de l'UMP, le 22 avril 2012. (MaxPPP)

    Les "Tee-shirts Sarkozy" et les drapeaux hype chez les ados ?

    A la fin de son livre, dans les dernières pages avant la défaite, Camille Pascal emmène son fils assister à un meeting. Il écrit alors : 

    Le mixage façon techno des “Nicolas ! Nicolas ! scandés jusqu’à l’épuisement par les militants lors de chaque rassemblement tournait sur tous les iPods, animant même les soirées d’anniversaire, le drapeau français et les tee-shirts arborant “les jeunes avec Sarkozy” étaient en voie de devenir très hype chez les ados.

    A Versailles peut-être...

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