Soirée électorale de Marine Le Pen : pour les militants, "les médias nous ont imposé Macron"

Publié à 00h19, le 08 mai 2017 , Modifié à 00h31, le 08 mai 2017

Soirée électorale de Marine Le Pen : pour les militants, "les médias nous ont imposé Macron"
© AFP

Les militants FN ont assisté depuis le Nouveau Chalet du Lac, à Vincennes, à la défaite de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron au deuxième tour de la présidentielle. Les médias aussi. Du moins, ceux qui ont pu y entrer. D’après la direction du FN, quelques 500 journalistes se sont fait accréditer pour la soirée électorale de la candidate déçue. Il n’y avait même pas assez de badge pour tout le monde. Une consœur espagnole a montré au Lab le badge qu’on lui a remis à l’entrée, accrédité pour le 1er mai. Certains médias, comme Rue 89 et Buzzfeed, n’ont pas eu la chance de mettre les pieds au Chalet. La raison *officielle* : le manque de places disponibles dans la guinguette qu’est Le Nouveau Chalet, avec son plancher de bois qui peut accueillir quelques 1400 personnes. Plusieurs médias ont décidé, par solidarité, de boycotter la soirée, à l’image du Monde et l’Obs. À l’entrée des lieux, plusieurs journalistes affirmant être accrédités se plaignent de ne pas être admis dans la soirée. Un photographe de Society est même viré, ce dont il témoigne sur Streetpress.

Des passes d’armes entre les médias et le FN qui ne font ni chaud ni froid à de nombreux participants de la soirée, comme Sébastien Jolivet, candidat FN aux prochaines législatives en Seine-Saint-Denis, qui s’explique ainsi au Lab :

 

Les médias non accrédités comme Médiapart ou Quotidien n’ont pas à être là, surtout si c’est pour nous caricaturer. Certains journalistes se comportent comme des militants et pour ceux qui ont choisi de nous boycotter… Cela ne va pas m’empêcher de dormir que Libération ne soit pas là ce soir. Franchement,  je vois des médias partout ce soir, j’ai déjà donné sept interviews.

Même son de cloche pour Gilbert Collard. Le député FN a une défense toute faite :

Vous êtes bien là vous.

Interrogé sur le boycott de certains médias vis-à-vis de la soirée, il répond :

Si les journaux comme Libération respectaient, eux, le pluralisme de l’information, ils pourraient nous donner des leçons. Mais ils violent ce principe et obéissent à un ordre financier.

Il y a la colère et le rejet, mais aussi le regret, comme celui de Manon Bouquin, candidate de 24 ans aux élections législatives, à Paris :

On accueille les journalistes, pas les militants à carte de presse. C’est vraiment dommage que cela se déroule comme ça. Personnellement, je regarde Quotidien tous les soirs, je m’amuse énormément. Mais cette manie qu’ils ont de repérer et de filtrer un par un les militants FN à chaque événement pour trouver la parole qui discrédite le parti, ce n’est pas normal.

Les personnes présentes ici en sont persuadées : si Emmanuel Macron a été élu président ce soir, c’est en partie à cause des médias. Ils les accusent de s’être concentrés sur les affaires plutôt que d’exposer les programmes des candidats et d’avoir fait de Marine Le Pen leur tête de turc parce qu’ils ne sont pas impartiaux. Marie Mavaude, enseignante en philosophe de 38 ans, est venue avec son père retraité Joseph. Sa colère est froide et elle prend bien le temps de demander à quel média elle s’adresse avant de décider de répondre :

La France est morte ce soir. Les médias nous ont imposé Macron. On devrait arrêter de payer la redevance audiovisuelle si c’est pour en arriver là. J’en invite même tous les patriotes à quitter la France pour laisser les médias seuls dans le pays s’ils veulent tellement décider de tout. La France appartient aux médias et aux banques, donc à Macron ! Le seul moyen de s’en sortir, c’est de commencer une guerre civile, une révolution !

 

Pour s’informer, beaucoup de militants ont le même réflexe : ils délaissent les "médias traditionnels" pour trouver refuge sur "Internet" et "les réseaux sociaux". Quitte à prendre au sérieux des fake news, qui ont largement circulé vendredi dernier, dernier jour de campagne de cette présidentielle 2017.

Du rab sur le Lab

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