"Fichés" selon leurs opinions sur Notre-Dame-des-Landes ? Les journalistes nantais demandent des "explications" à Ayrault, Valls et Batho

Publié à 15h18, le 20 octobre 2014 , Modifié à 11h56, le 21 octobre 2014

"Fichés" selon leurs opinions sur Notre-Dame-des-Landes ? Les journalistes nantais demandent des "explications" à Ayrault, Valls et Batho
Delphine Batho, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls © Reuters - Montage le Lab

Dans son livre Insoumise (Grasset), Delphine Batho raconte comment Matignon époque Jean-Marc Ayrault listait les journalistes en fonction de leurs opinions personnelles sur le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, comme l'avait relevé Le Lab. Un "fichage" inadmissible d’après Le club de la presse de Nantes Atlantique.

L'association, qui regroupe des journalistes locaux, a décidé, en réaction, d'interpeller "le député de Loire-Atlantique Jean-Marc Ayrault", "l'actuel Premier ministre Manuel Valls" et "ses services" mais aussi "Delphine Batho", comme l'a repéré Metronews.

Ces journalistes qui se sentent visés soulignent ainsi leur éthique professionnelle. Aussi écrivent-ils :

Nous avons tous travaillé sur le dossier de NDDL en tant que professionnels de l'information. Nous sommes donc tous potentiellement concernés par cette liste. Classer des journalistes et des médias dans des 'catégories d’opinions supposées', comme cela est avancé par Madame Batho, est un affront à notre indépendance, notre professionnalisme et notre neutralité.

Ils demandent à Jean-Marc Ayrault et son successeur à Matignon si "cette liste a existé" et si elle "existe toujours". Ils veulent également savoir "qui a pris la décision de la constituer" et "à qui elle aurait été communiquée". "Dans quel cadre légal ?", s'interrogent-ils enfin.

Dans son livre, très critique, Delphine Batho, ancienne ministre de l'Écologie, rapporte en effet que Matignon fichait les journalistes en diverses catégories selon leurs opinions personnelles supposées sur l'épineux et polémique dossier de Notre-Dame-des-Landes. D'après l’ancienne ministre, les journalistes étaient ainsi classés en trois catégories : les "neutres", "ceux qui sont contre ou manifestent des sympathies pour les zadistes" et les "favorables au projet".

Contacté par Le Lab, Jean-Marc Ayrault n'a, à l'heure actuelle, pas répondu à nos sollicitations. Son entourage renvoie à un sujet de France Culture du 15 octobre consacré à ces révélations, dans lequel l'ancien Premier ministre est cité par la journaliste :

Jean-Marc Ayrault nous a affirmé ne pas avoir eu connaissance d'une telle note, de même que son ancienne équipe de communication. L'ancien Premier ministre refuse de commenter d'avantage ce que dit son ancienne ministre, que ce soit sur cette liste ou sur les SMS privés qu'il avait échangés avec elle [Le Lab en parlait ici, ndlr].

Auprès du Lab, Matignon fait savoir qu'"il n'existe aucune note de cette sorte, sur les journalistes travaillant sur le sujet de Notre-Dame-des-Landes, aujourd'hui à Matignon". Les services du Premier ministre se refusent cependant à commenter des affirmations qui concernent "la précédente équipe".

Également contactée par Le Lab, Delphine Batho se veut prudente : 

Je ne peux pas affirmer que Jean-Marc Ayrault ou d'autres ministres avaient ou pas eu connaissance de ce document. Ce que je sais, c'est que ce que je dis dans mon livre est vrai.

Cette note avait été distribuée par les "services de Matignon" au cours d'une réunion interministérielle à laquelle ne participaient aucun ministre mais des conseillers, affirme Delphine Batho. Elle dit avoir "immédiatement fait remonter ce problème dans le cadre de [ses] fonctions". À Jean-Marc Ayrault ou François Hollande eux-mêmes ? Elle ne le précise pas. 

La députée des Deux-Sèvres a été "en contact" avec le Club de la Presse de Nantes Atlantique, dont elle "comprend" les demandes d'explications :

C'est à ceux qui ont rédigé cette note qu'il appartient de s'expliquer.

Elle précise également ne pas avoir rendu cette liste publique afin de "protéger la réputation" des journalistes concernés, qui seraient dans le cas contraire amenés "à se justifier". D'autant que des commentaires "très désagréables" sur les journalistes figurent aussi dans cette liste, ajoute-t-elle. Et de prévenir :

Je serais amenée à rendre cette liste publique si on venait à dire que ce que j'écris est faux ou mensonger.

[Edit 17h45 : ajout des précisions de Delphine Batho et du commentaire de Jean-Marc Ayrault]

[Edit 18h25 : ajout des précisions de Matignon]

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