Mediapart s'attaque aux conflits d'intérêts du conseiller politique de François Hollande, Aquilino Morelle

Publié à 11h15, le 17 avril 2014 , Modifié à 06h27, le 18 avril 2014

Mediapart s'attaque aux conflits d'intérêts du conseiller politique de François Hollande, Aquilino Morelle
Aquilino Morelle © Maxppp
Image Delphine Legouté


Il est le conseiller politique de François Hollande et chef du pôle communication à l’Élysée. Il a œuvré pour voir Manuel Valls remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon. Après deux ans à ce poste clef, au plus proche du chef de l'Etat, Aquilino Morelle est visé par une enquête fouillée de Mediapart intitulée "Les folies du conseiller de François Hollande", publiée ce jeudi 17 avril.

Le site d'investigation s'est intéressé aux relations déontologiquement douteuses d'Aquilino Morelle avec l'industrie pharmaceutique lorsqu'il était rattaché à l'IGAS mais aussi aux abus de comportement de la plume du Président, comme la privatisation d'un salon pour faire cirer ses chaussures.

>> Edit, 13h50 : le Lab a cherché à recueillir des réactions des membres du gouvernement Valls, ce jeudi 17 avril, sur la question, à l'occasion du premier "contre" conseil des ministres de Manuel Valls. Verdict: aucun empressement à commenter, au contraire. L'entourage du Premier ministre a toutefois qualifié de "pas extrêmement étayée" l'enquête de Mediapart.

#CONFLIT D’INTÉRÊTS

Les faits ne concernent pas l'Aquilino Morelle conseiller du Président. Mediapart remonte à 2007, date à laquelle il réintègre son corps d'origine, l'IGAS (l'inspection générale des affaires sociales, un grand corps de l'Etat chargé du contrôle et de l’évaluation des politiques sociales) tout en travaillant ponctuellement pour un laboratoire pharmaceutique.

Selon Mediapart, parallèlement à la rédaction d'un rapport pour l'IGAS sur "l'encadrement des programmes d'accompagnement des patients associés à un traitement médicamenteux, financés par les entreprises pharmaceutiques", Aquilino Morelle travaille pour le laboratoire danois Lundbeck. Il doit organiser deux rendez-vous avec des membres d'un organisme chargé de fixer le prix des médicaments et les taux de remboursement, le CEPS. Il n'assiste cependant pas à ces rendez-vous à cause de sa "position si peu éthique", explique à Mediapart un dirigeant du laboratoire de l'époque.

Le conseiller, qui a répondu par mail au journaliste de Mediapart, parle de "faits anciens et banals" et pense "avoir déclaré ces activités à l'IGAS", bien qu'il n'en ait pas "retrouvé la trace en dépit de [ses] recherches".

André Nutte, directeur de l'IGAS à l'époque, assure à l'inverse à Mediapart qu'il n'a jamais donné son autorisation pour que Aquilino Morelle puisse faire ce ménage :

Je ne me souviens pas d'avoir signé une telle autorisation. (...) Car ça n'a pas de sens. C'est comme si on accordait le droit à un directeur d'hôpital entré à l'IGAS de travailler parallèlement pour une clinique privée. Ou à un inspecteur du travail de conseiller une entreprise.

L'IGAS, après quelques changements de version, a finalement affirmé qu'une autorisation avait été donnée en 2007 ... mais pour donner des cours à l'université Paris 1, uniquement.

Mediapart souligne que selon l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983, il est interdit à tout fonctionnaire, sauf dérogation, d'exercer "à titre professionnel une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit". Le site indique que celui qui n'est pas encore conseiller du Président a touché 12.500 euros hors taxe pour sa prestation chez Lundbeck. Et qu'il cherchera à renouveler ce type de collaborations avec des laboratoires pharmaceutiques les années suivantes, avec Sanofi ou Servier.

#ABUS

Mediapart s'intéresse également au comportement d'Aquilino Morelle, notamment à l'utilisation de ses moyens de conseiller. Le site assure par exemple qu'un de ses deux chauffeurs "véhicule son fils pour des activités personnelles dans le 15e arrondissement" le mardi en fin d'après-midi.

Toute l'année 2012, le conseiller se serait également attribué les mérites de discours écrits par Paul Bernard, ex-plume de François Hollande. Mediapart écrit que François Hollande, s'en apercevant, "a fini par sortir le nègre des griffes du conseiller". Ce dernier a été transféré auprès de la directrice de cabinet du Président, Sylvie Hubac avant de quitter l'Elysée début 2014.

"Affirmations dénuées de tout fondement" rétorque le conseiller qui y voit la pâte d'adversaires politiques mal intentionnés :

Elles visent uniquement à me salir. Il arrive dans la vie politique que certaines personnes aient intérêt à jeter la suspicion sur une autre.

#CIREUR DE CHAUSSURE

Enfin, parmi les éléments relevés par Mediapart pour faire le portrait d'un homme *très* exigeant, on trouve l'anecdote du cireur de chaussure. Ce dernier, qui se rend à l'Elysée tous les deux mois pour vernir le conseiller, raconte :

Aquilino Morelle a 30 paires de souliers de luxe fautes sur mesure, pour son pied qui a une forme particulière. Des Davizon, des Weston ... Des chaussures de plein cuir toujours du même style.

A deux reprises, la plume a même fait privatiser un salon de l'hôtel de Marigny pour une séance de cirage : "il y avait une urgence apparemment", dixit le cireur.

Le journaliste n'a pas pu s'entretenir avec Aquilino Morelle de visu car "le rendez-vous a été repoussé plusieurs fois à sa demande au vu de sa 'lourde charge de travail'". Coïncidence ou non, le conseiller, qui a été sollicité par le Mediapart le 11 avril, a également repoussé son déjeuner avec la presse présidentielle prévu le 23 avril pour le reprogrammer le 7 mai.

# LA REPONSE

Jeudi, un peu après 16 heures, le conseiller de François Hollande a diffusé, sur sa page Facebook, un "droit de réponse" à l'article de Mediapart, dans lequel il assure ne jamais avoir été "en situation de conflits d'intérêts". 

Aquilino Morelle y réitère notamment ce qu'il expliquait déjà à Mediapart : il assure avoir "déclaré" à son administration, l'IGAS, l'activité exercée auprès du laboratoire Lündbeck, et explique, de nouveau, être incapable de produire "trace de cette démarche en dépit de (s)es recherches" :



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