Pourquoi des députés PS n’ont pas signé la proposition du groupe socialiste sur la reconnaissance d’un Etat palestinien

Publié à 12h36, le 27 novembre 2014 , Modifié à 13h10, le 27 novembre 2014

Pourquoi des députés PS n’ont pas signé la proposition du groupe socialiste sur la reconnaissance d’un Etat palestinien
François Pupponi. © Vincent Isore/Maxppp.

La question de la reconnaissance d’un Etat palestinien va agiter l’Assemblée nationale. Pour un débat, le vendredi 28 novembre, puis pour un vote solennel le 2 décembre. Tous (presque) les députés PS soutiennent la proposition de résolution (révélée par le Lab), initiée par Benoît Hamon et portée par Elisabeth Guigou et Bruno Le Roux.

Tous ? Non. Une poignée d’élus socialistes (une petite dizaine selon les décomptes du Lab) n’a ainsi pas cosigné ce texte invitant la France à reconnaître l’Etat de Palestine. Et ce, pour diverses raisons.

#UN PROBLÈME DE RECIPROCITE

Une grosse demi-douzaine de députés socialistes membres du groupe d’amitié France-Israël n’ont pas signé la résolution. Et, "en l’état", ne devraient pas la voter contrairement à leurs camarades socialistes.

C’est notamment le cas du président socialiste du groupe d’amitié France-Israël, le député du Bas-Rhin Armand Jung. Contacté par le Lab, le député qui siège à la commission des Affaires étrangères souligne d’abord "l’important travail" effectué sur le texte, en amont. "On est parti d’un double-constat, rappelle-t-il. 1. Tout est bloqué. 2. La gauche, depuis François Mitterrand, est pour la reconnaissance de deux Etats."

Il n’est donc pas opposé à la reconnaissance d’un Etat palestinien. Mais il estime que, "en l’état", "le texte ne semble pas acceptable malgré une bonne évolution". "La première version était caricaturale", ajoute celui qui assure ne jamais être allé en Israël.

Là où le bât blesse, selon Armand Jung, qui s’exprime en tant que président du groupe d’amitié France-Israël, c’est que "la réciprocité de la reconnaissance n’est pas appuyée et mise en valeur". Et cela, souligne-t-il, d’autant plus que le Hamas, dans sa charte, prévoit la destruction d’Israël. Ce qui empêche de fait une reconnaissance réciproque.

#LES ACTES ANTISEMITES

D’autre part, Armand Jung, comme plusieurs membres du groupe d’amitié France-Israël, regrette que les récentes manifestations antisémites qui ont émaillé la France ne soient pas fermement condamnées dans l’exposé des motifs de la résolution. Un argument relayé également par François Pupponi, député-maire de Sarcelles et vice-président du groupe d’amitié avec l’Etat hébreux pour qui cette résolution "est une erreur car elle n’aboutira pas au résultat escompté".

Au Lab, il développe :

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J’ai demandé à rajouter, ce qui m’empêche de signer et de voter la résolution, un paragraphe dans l’exposé des motifs rappelant les récents actes antisémites en France. C’est une faute que ce ne soit pas évoqué. Car il y a un risque que ceux qui ont commis ces actes antisémites pensent qu’ils ont gagné. Il faut qu’on soit dur pour ne pas leur donner le sentiment de victoire.

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"N’ayant pas été entendu sur ce point, je ne voterai pas ce texte", ajoute-t-il même s’il concède que le texte a "évolué et a été rééquilibré".

Enfin, Armand Jung s’interroge : "est-ce le bon moment ?" "Avec les incidents de ces derniers jours, je ne voudrais pas que la résolution soit contre-productive", conclut-il dans l’attente d’une dernière évolution de la résolution lors du débat dans l’hémicycle, ce vendredi.

#LA RAISON TECHNIQUE

Au-delà des divergences de fond, d’autres députés n’ont pas signé la résolution pour des motifs plus… techniques. Ainsi, pour Daniel Boisserie, député de la Haute-Vienne, il s’agit d’une erreur. "C’est juste un oubli que nous avons tenté, malgré le délai de dépôt, de réparer", explique l’entourage de l’élu au Lab. Il devrait ainsi participer au débat et voter pour la résolution socialiste, le 2 décembre.

#LA RAISON TECHNIQUE (bis)

Pascale Crozon, députée PS du Rhône, ne l’a, elle, pas signé. Volontairement, mais pas par opposition au texte. "Madame Crozon a pour habitude de ne signer que les propositions du groupe socialiste déposés devant sa commission, sauf lorsqu'elle a directement travaillé sur le texte proposé, ce qui n'est pas le cas de cette résolution", avance comme justification son entourage. Qui ajoute :

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Cela ne remet pas en cause ni sa position constante pour la coexistence pacifique de deux Etats, ni son soutien à l'initiative du groupe socialiste au moment du vote.

"

Du rab sur le Lab

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