Après avoir envisagé sa suppression, LREM veut changer la nature du groupe d'amitié France-Syrie

Publié à 12h34, le 11 octobre 2017 , Modifié à 15h59, le 11 octobre 2017

Après avoir envisagé sa suppression, LREM veut changer la nature du groupe d'amitié France-Syrie
Richard Ferrand, président du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale © AFP
Image Etienne Baldit


Cela fait plus de deux ans que le groupe d'amitié France-Syrie de l'Assemblée nationale fait polémique et gêne aux entournures. Et la question de sa suppression, de son maintien en l'état ou de sa transformation se repose depuis le début de la nouvelle législature. Alors que les députés ont jusqu'au vendredi 13 octobre pour formuler leurs vœux d'appartenance aux divers groupes d'amitié existants, La République en marche a repris la main sur celui liant la France au pays de Bachar al-Assad, théâtre d'une effroyable guerre civile depuis 2011 mais aussi de la bataille de la coalition internationale contre l'État islamique. Des sujets sur lesquels Emmanuel Macron a voulu imprimer sa marque, durant la campagne présidentielle et le début de son mandat.

"Au départ, la question s'est posée de savoir si on procédait à la suppression pure et simple du groupe d'amitié, ou si on gardait une entité qui puisse répondre à des sollicitations extérieures, d'associations ou de personnalités", explique la députée LREM et vice-présidente de l'Assemblée, Carole Bureau-Bonnard. En tant que présidente de la Délégation chargée des activités internationales, l'élue de l'Oise s'occupe actuellement de la répartition des députés dans les groupes d'amitié. Plutôt favorable à une mise "en pause" du groupe France-Syrie, elle indique que ce dernier sera finalement, vraisemblablement, transformé en groupe d'étude à vocation internationale (GEVI).

~ Interlude technique ~

Les deux types d'organisation sont "soumis aux mêmes règles et bénéficient des mêmes moyens", rappelle le Palais Bourbon ; la seule vraie différence tient à leurs critères de création. Pour un groupe d'amitié avec un pays tiers, il faut (entre autres) que la France entretienne des relations diplomatiques avec celui-ci. Or, ce n'est plus le cas pour le régime syrien depuis la fermeture de l'ambassade de France à Damas en mars 2012, puis l'expulsion de l'ambassadeur de Syrie en France.

Ce critère n'est cependant pas exigé pour les GEVI, dont le but est d'"offrir un cadre adapté à la situation des pays qui ne satisfont pas au moins une des trois conditions en principe exigées pour pouvoir créer un groupe d’amitié".

~ Fin de l'interlude technique ~

Dans l'entourage de Richard Ferrand, président du groupe LREM à l'Assemblée, on confirme :

Compte tenu de la situation en Syrie, ce groupe d'amitié n'a pas vocation à exister. Mais il sera transformé en groupe d'étude à vocation internationale.

Carole Bureau-Bonnard précise que la commission des Affaires étrangères a été sollicitée pour donner un "avis consultatif" à ce sujet et que sa réponse est attendue avant la fin du mois. C'est ensuite la Délégation chargée des activités internationales, qu'elle préside, qui prendra la décision, qui devra enfin être validée par le bureau de l'Assemblée.

Ce GEVI "permettra d'avoir des interlocuteurs sur place et des relations inter-parlementaires", fait valoir Carole Bureau-Bonnard.

# Voyage voyage

Mais à travers cette reprise en main, apparaît assez clairement la volonté de la majorité de ne pas permettre de nouveaux voyages intempestifs de parlementaires français sur place par le biais du groupe d'amitié. Cela avait notamment été le cas en 2015 à l'initiative de son président, le socialiste Gérard Bapt. D'autres *excursions* de ce type ont eu lieu depuis, trois députés étant même reçus par Bachar al-Assad en janvier 2017, mais sans lien avec le groupe d'amitié.

Un bon connaisseur des arcanes diplomatiques, qui garde un souvenir plus qu'agacé de ces tribulations passées, souligne la "réflexion sur les groupes parlementaires" qui a été menée dans les rangs de LREM "cet été". Et d'ajouter :

Le travail sur les présidences des groupes d'amitié a été mieux fait.

En ce qui concerne le groupe France-Syrie, aucun(e) président(e) n'a encore été désigné(e). Carole Bureau-Bonnard et Richard Ferrand ont la main sur cette nomination.

> À relire : L'album de vacances de députés LR et de l'ex-président du FNJ en week-end chez Bachar al-Assad

# Y'a du boulot

Pour l'heure, huit députés sont déjà membres de ce qui est toujours présenté, sur le site de l'Assemblée, comme le "groupe d'amitié France-Syrie". Parmi eux, le député LREM du Val-de-Marne Guillaume Gouffier-Cha, selon qui cette entité est plus que jamais nécessaire :

Je pense que le groupe aura une forte activité durant le quinquennat. D'abord en France. On va être très sollicités, y compris par les associations franco-syriennes. Il y a une attente très forte sur ce groupe, qui peut jouer un rôle de médiation dans le dossier syrien, d'échange avec les acteurs et de suivi de l'évolution sur place.

Même avis du côté de Jean-Luc Reitzer, député LR du Haut-Rhin et déjà membre du groupe d'amitié par le passé :

Je me suis rendu à deux reprises en Syrie et j'ai été reçu par Bachar al-Assad avant la guerre. J'ai toujours considéré que la France devait y jouer un rôle. Tous les contacts que l'on peut avoir dans les domaines économique, politique ou culturel ne peuvent qu'être bénéfiques. Il faut tenter de trouver une voie de sortie à ce conflit, et ce groupe d'amitié peut modestement y contribuer.

Il regrette aussi la fermeture "très rapide" de l'ambassade de France à Damas en 2012, cette absence de représentation diplomatique ayant "privé" les services de renseignement de "beaucoup d'informations sur les djihadistes" selon lui.

"On doit y retourner", fait valoir Jean-Luc Reitzer. Mais au vu du questionnement "groupe d'amitié ou GEVI ?", chaque chose en son temps...





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