Bernard Cazeneuve "s'interroge" sur l'opportunité d'un "concordat" avec l'islam, selon "Le Canard"

Publié à 07h39, le 27 juillet 2016 , Modifié à 19h25, le 29 juillet 2016

Bernard Cazeneuve "s'interroge" sur l'opportunité d'un "concordat" avec l'islam, selon "Le Canard"
Bernard Cazeneuve à l'Assemblée nationale © FRANCOIS GUILLOT / AFP
Image Etienne Baldit


Jusqu'ici, l'idée était surtout portée à des degrés divers par certains à droite, à l'instar de Jean-François Copé, Gérald Darmanin ou encore le juppéiste Benoist Apparu. Mais visiblement, Bernard Cazeneuve soupèse la question. Dans cette France régie par la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État, faut-il instaurer un concordat avec l'islam, à l'image du régime d'exception qui existe en Alsace-Moselle pour les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite ?

Le ministre de l'Intérieur, qui est aussi celui des Cultes, a en effet abordé le sujet lors du séminaire gouvernemental du 23 juillet, selon Le Canard Enchaîné en kiosque ce 27 juillet. Voici ce qu'a déclaré Bernard Cazeneuve, dans ce propos rapporté par l'hebdomadaire [et démenti ce 29 juillet, voir en fin d'article] : 



Tout en gardant mes principes républicains, je m'interroge sur l'usage vis-à-vis de l'islam d'un concordat tel que celui qui est en vigueur en Alsace-Moselle.

Cette réflexion serait née, toujours selon Le Canard, des propos de l'imam niçois Abdelkader Sadouni dans une interview au journal italien Il Giornale, publiée cinq jours après l'attentat sur la Promenade des Anglais. Le religieux y était cité en ces termes : "La laïcité française est responsable des attentats". Abdelkader Sadouni a depuis, sur Facebook, démenti avoir prononcé ces mots, dont il a assuré qu'ils étaient "d'une extrême gravité". L'imam a également annoncé vouloir porter plainte

Lors du séminaire gouvernemental en question, Bernard Cazeneuve avait quoi qu'il en soit fustigé "ce genre de propos intolérables [qui] réclament une réponse", toujours selon le palmipède.

En toile de fond au contexte de terrorisme islamiste et de radicalisation de certains individus se réclamant de l'islam, c'est donc la question de l'organisation du culte musulman en France qui resurgit. Si l'islam en soi n'est pas visé par les réflexions des tenants de ce nouveau "concordat", ce sont ses dérives - "prêcheurs de haine" et financements étrangers troubles, notamment - qui justifient ce questionnement. L'idée est donc la suivante : mieux encadrer, sous la houlette plus proche de l'État, la formation des imams et le financement des mosquées, tout en réaffirmant les principes de la République parmi lesquels celui de laïcité et donc de liberté de culte. Avec comme objectif que les phénomènes de radicalisation et de dévoiement de cette religion soient endigués

Contrairement aux autres cultes en France, l'islam n'est pas doté d'une organisation hiérarchique incontestable. La représentativité du Conseil français du culte musulman (créé en 2003 par un ministre de l'Intérieur nommé Nicolas Sarkozy), interlocuteur officiel de l'État, est en effet remise en cause au sein de la communauté musulmane. Soulignant l'effort de Nicolas Sarkozy pour "organiser l'islam de France", Bernard Cazeneuve a, rapporte encore Le Canard Enchaîné, estimé qu'il n'y était pas totalement parvenu. 







[Edit le 29 juillet]

Bernard Cazeneuve dément les propos que lui attribue Le Canard Enchaîné. Dans un courrier dont Le Lab a eu copie et adressé à Laurence Taillade, responsable du Parti radical de gauche et présidente de l'observatoire de la laïcité du Val-d'Oise, le ministre de l'Intérieur explique ce vendredi être farouchement opposé à l'établissement d'un concordat avec l'islam de France :



Cet écho de presse me prête ainsi le projet de rétablir le concordat au profit du culte musulman. Comme vous le relevez vous-même, une telle visée serait anticonstitutionnelle. Elle est de surcroît parfaitement contraire à mes convictions profondes. Je vous confirme donc que ce projet est étranger à ma volonté et au sens de mon action en tant que ministre en charge de la relation avec les cultes.

Le ministre précise en revanche être favorable à ce que les futurs imams aient l'obligation de suivre une formation universitaire en France et des enseignements portant "sur les principes de la laïcité, sur le droit et sur la sociologie des religions en France" :

 

Il me semble que le fait que la grande majorité des cadres religieux musulmans présents dans notre pays ait effectué leur formation à l'étranger, pour des raisons historiques évidentes, n'est pas satisfaisant dés lors que l'islam est devenu la deuxième religion de France. L’État laïc n’a pas à se mêler, bien entendu, du contenu théologique de leur formation. Mais il peut s’efforcer de faire en sorte que celle-ci soit rendue possible en France et qu’elle bénéficie de l’excellence de nos universités en matière d’islamologie et d’histoire des religions.

Bernard Cazeneuve en conclut que "c'est peut-être pour avoir exprimé cette idée" que "Le Canard Enchaîné, sur la base de rapports erronés, aura voulu me prêter le projet de rétablir le concordat". Dont acte. Laurence Taillade a diffusé ce courrier sur Twitter :





Auprès du Lab, son entourage confirme toutefois que la piste d'une interdiction des financements étrangers dans la construction et l'entretien des mosquées, telle qu'évoquée par Manuel Valls dans Le Monde ce vendredi, est bien à l'étude du côté de Beauvau. Mais cela se ferait "à droit constant" donc sans changer la loi, affirme-t-on. Concrètement, "une fondation" qui réunirait l'État et "des représentants cultuels, des membres de la société civile et des intellectuels" serait chargée d'évaluer des "projets culturels" mais aussi "cultuels" et de décider de "levées de fonds" permettant de contrôler leur financement. Les lieux de culte seraient donc concernés.

"Il s'agit d'une fondation créée par Dominique de Villepin et aujourd'hui en sommeil, à laquelle il faut donner la dimension que l'on souhaite", précise-t-on encore, soulignant que "le CFCM est pleinement inscrit dans cette démarche".







[Edit 8h20]

Sur RTL ce mardi, François Fillon n'a pas précisément parlé de "concordat", mais il a expliqué :



Il faut maintenant poser la question de l'intégration de la religion musulmane dans la République et la démocratie françaises. Il y a eu par le passé un bras de fer entre l'État et les religions, notamment la religion catholique, pour que cette religion accepte les règles qui étaient celles de la République et de la démocratie. Ça a été très long, ça a duré presque 200 ans. Eh bien aujourd'hui, il n'y a aucune raison pour que les musulmans n'acceptent pas les règles qui ont été acceptées par les catholiques, les protestants et les juifs. Donc ça veut dire qu'il faut une surveillance administrative des lieux de culte, l'autorisation d'ouverture des lieux de culte, un contrôle de ceux qui prêchent dans les lieux de culte, il faut interdire les financements étrangers du culte musulman - comme ça a été fait dans le passé pour les autres religions - et il faut enfin interdire, dissoudre toutes les associations qui se réclament des salafistes ou des frères musulmans, c'est-à-dire de ceux qui prônent justement la guerre contre nos valeurs.

Du rab sur le Lab

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