La jolie fable de Laurent Wauquiez sur le renoncement à ses indemnités de ministre

Publié à 13h26, le 20 juin 2013 , Modifié à 20h27, le 07 avril 2014

La jolie fable de Laurent Wauquiez sur le renoncement à ses indemnités de ministre
Laurent Wauquiez sur Canal plus le 19 juin 2013 (image Canal plus)
Image Delphine Legouté

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Depuis l’affaire Cahuzac, Laurent Wauquiez se présente en chantre de la transparence et en pourfendeur des privilèges parlementaires. Le 7 avril, le député UMP est le premier à rendre publique sa déclaration de patrimoine, quitte à être critiqué au sein de son propre parti. Le 19 juin, il explique au Nouvel Observateurêtre opposé au régime spécial de retraite des parlementaires, quitte, une fois encore, à être traité de “démagogue” par ses camarades. 

Et pour prouver qu’il est lui-même un exemple en la matière, Laurent Wauquiez se plait à rappeler qu’en mai 2012, alors qu’il se voit obligé de quitter le gouvernement avec la défaite de Nicolas Sarkozy, il renonce volontairement à ses indemnités ministérielles.

Au point d’enjoliver un poil l’histoire.

A l’époque déjà, celui qui est encore ministre de l’Enseignement supérieur fait grand bruit de cette décision “exemplaire”. Il a le droit de toucher son salaire de ministre durant six mois mais il n’en veut pas car, “dans une période où l’on demande des efforts, c’est important de montrer l’exemple” . 

Un an plus tard, Laurent Wauquiez capitalise toujours sur cette décision. Le 17 juin dans l’émission Mots croisés sur France 2 mais aussi le 19 juin dans Le grand journal de Canal plus, il rappelle son geste :

Monsieur Cahuzac, à l’heure où l’on parle, touche toujours une prime d’ancien ministre. Moi, quand mes fonctions de ministre se sont arrêtées, j’ai refusé de toucher cette prime parce que d’autres dans la même situation ne la touchent pas.

A chaque fois, cette sortie provoque des remous sur les réseaux sociaux. A l’image de la conseillère PS de Paris Marie-Pierre de la Gontrie, qui l’accuse de mentir :



Ou du journaliste parlementaire Patrick Roger qui souligne le même biais :



Un ex-ministre ne peut bénéficier durant six mois de sa prime que s’il n’a pas retrouvé d’activité rémunérée. Si mandat il y a, les indemnités disparaissent. Or, dans les faits, Laurent Wauquiez est effectivement redevenu député le 17 juin 2012, un gros mois après son départ du ministère. Autrement dit, il n’aurait de toute façon pas pu toucher le moindre euro.

Un seul cas de figure aurait pu conduire le ministre à perdre son privilège : échouer à l'élection législative de juin 2012 et se retrouver sans mandat. Car le désormais député a bel et bien dû remettre son siège en jeu et se soumettre au jugement des électeurs. En cas d'échec, le refus de ses indemnités de ministre aurait pris tout son sens.

Pour autant, a-t-il pris un réel risque en renonçant à son salaire ? Pas vraiment. Laurent Wauquiez s’est présenté sans crainte dans sa circonscription de Haute-Loire. Député depuis 2004, il l’avait alors emporté avec 62% des voix lors d’élections partielles. En 2007, il gagne même dès le premier tour, avec 58% des voix. 

En juin 2012, sa victoire est une promenade de santé. Il l’emporte au second tour avec près de 64% des voix. Sans être une intox totale, le refus de ses indemnités de ministre reste un risque très calculé.

Edit, 20 juin, 23h00 : 

L'entourage de Laurent Wauquiez a contacté le Lab et tient à souligner que, sans cette décision de renoncer à ses indemnités, "prise avant la fin du quinquennat",  l'ex-ministre aurait tout de même pu toucher son salaire durant un mois, entre son départ du gouvernement et sa réélection. 

Laurent Wauquiez aurait également pu demander à rejoindre son corps d'origine, le conseil d'Etat, et avoir ainsi une activité rémunérée, mais, là encore, son entourage assure qu'il a demandé "à ne pas le réintégrer".

Il estime enfin qu'il "ne faut pas réécrire l'histoire après coup" :

Sa circonscription n'était pas gagnée d'avance. Francois Hollande y avait fait un bon score quelques semaines plus tôt. Sa démarche d'aujourd'hui en cohérence avec ses actes.

Edit, 7 avril 2014 : un peu moins d'un an après avoir énoncé de la "fable" concernant son propre renoncement à des indemnités d'ancien ministre racontée dans cet article, Laurent Wauquiez s'en est pris, dimanche 6 avril 2014, à Jean-Marc Ayrault, ancien premier ministre de François Hollande, une semaine après son départ de l'hôtel Matignon, pour lui demander de renoncer à ses indemnités. Là encore, Laurent Wauquiez a (largement) pris quelques libertés avec la réalité. On vous explique tout ici

Du rab sur le Lab

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