L’argumentaire bancal et contradictoire des porte-flingue de François Fillon sur l’emploi fictif présumé de son épouse Pénélope

Publié à 10h55, le 25 janvier 2017 , Modifié à 15h36, le 25 janvier 2017

L’argumentaire bancal et contradictoire des porte-flingue de François Fillon sur l’emploi fictif présumé de son épouse Pénélope
Benoist Apparu, Florence Portelli, Bruno Retailleau et Bernard Accoyer © Montage Le Lab via AFP
Image Amandine Réaux


Comme pour chaque polémique, François Fillon n’est pas intervenu lui-même mercredi 25 janvier, envoyant d'abord ses soutiens dans les différentes matinales. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’étaient pas très coordonnés pour défendre leur champion après les révélations du Canard Enchaîné. Selon le palmipède, Penelope Fillon a reçu 500.000 euros brut entre 1998 et 2007 puis en 2012, en tant qu’assistante parlementaire de son mari puis de son suppléant. La pratique n’a rien d’illégal, pour peu qu’il ne s'agisse pas d'un emploi fictif, ce qui est justement soupçonné.

Lors d’un déplacement à Bordeaux, François Fillon a dénoncé la "misogynie" et le "mépris" de l’article du Canard. "Parce que c'est ma femme, elle n'aurait pas le droit de travailler ?, s’est-il faussement interrogé. Imaginez un instant qu'un homme politique dise d'une femme, comme le fait cet article, qu'elle ne sait faire des confitures. Toutes les féministes hurleraient".





Ce n'est pourtant pas ce que contient l'article du Canard, mais cette saillie permet au moins à François Fillon de ne pas répondre aux accusations sur le fond. #astuce Il semble qu'il s'agisse d'une référence à cette phrase du papier de l'hebdo satirique : "Récemment élue conseillère municipale à Solesmes, Penelope Fillon était jusqu'à présent connue pour ses talents de jurée dans les concours de tartes aux poires ou de poneys Shetland, son assiduité à la messe à l'abbaye de Solesmes et ses occupations domestiques." L'intéressée se présentait elle-même volontiers comme une femme au foyer et une "paysanne", rappelle Le canard Enchaîné, propos publics à l'appui.







Plus tôt dans la matinée, Bernard Accoyer, Bruno Retailleau et Florence Portelli ont, eux, minimisé les soupçons qui pèsent sur l’activité de Penelope Fillon mais avec des arguments bancals voire pour certains contradictoires.

  • Bernard Accoyer (France Inter)

C’est un Bernard Accoyer fort gêné et mal à l’aise qui répond ce mercredi aux questions de France Inter. L’ancien président UMP de l’Assemblée nationale hésite, cherche ses mots, affirme toutefois qu’il a "souvent vu" Penelope Fillon à l’Assemblée nationale :

François Fillon a toujours travaillé avec autour de lui ceux et celles qui l’ont accompagné et Penelope Fillon a toujours été à ses côtés. Je l’ai souvent vue participer à ses travaux. Je l’ai vue à de multiples circonstances, y compris à l’Assemblée nationale. Écoutez, je ne connais pas le détail de son travail. Ce que je peux dire, c'est que je l’ai vue souvent, c’est une femme qui est une élue locale, c’est une femme qui travaille dans l’ombre à côté de son mari. On n’arrive pas à des niveaux de responsabilité politique sans avoir un soutien, sans avoir un travail qui est un travail également enrichi par son entourage. C’est aussi l’histoire de beaucoup de parlementaires car cette situation est relativement fréquente à l’Assemblée.

Comment se fait-il alors que Penelope Fillon n’apparaisse pas dans le trombinoscope des assistants parlementaires ? "Tout n’est pas dans le trombinoscope", balaye Bernard Accoyer. Il poursuit :

Nous avons autour de nous des aides proches, qui jouent un rôle déterminant. Penelope Fillon a une formation en droit, elle a toutes les compétences, c’est une élue locale, relativement discrète. Vous l’avez encore vue intervenir dans certains débats, récemment au moment de la primaire, me semble-t-il. J’en ai le souvenir très précis. Encore une fois, nous sommes aussi dans le cadre d’une campagne présidentielle. Tout est occasion de polémique politique, c’est bien normal. C’est un grand classique que d’attaquer les candidats par leur famille. On l’a vu, et on le voit encore aujourd’hui dans la primaire de gauche.

Tout cela est donc très flou. Penelope Fillon a certes participé fin 2016 à une conférence de presse comme marraine des "Femmes avec Fillon", mais son implication dans la campagne s’arrête là. En petit comité, l’épouse du candidat LR avait d’ailleurs reconnu qu’elle n’avait pas participé à l'élaboration du projet du comité, lancé un an auparavant.

  • Bruno Retailleau (LCI)

Contrairement à Bernard Accoyer qui dit avoir vu "souvent" Penelope Fillon à l’Assemblée, Bruno Retailleau affirme qu’elle travaillait comme assistante parlementaire depuis… la Sarthe, et qu’il est donc logique que sa présence à Paris soit rare.

Je pense que c’est fondamental que le parlementaire puisse choisir, avoir la liberté de choix de ses collaborateurs, sur des critères qui sont très simples. Pour moi, il y en a deux, et deux seulement : la compétence - Pénélope Fillon est-elle compétente ou non ? Elle l’est. Je rappelle que c’est une élue sarthoise. Allez en Sarthe et demandez si Penelope Fillon, on la voit ou on le la voit pas. Évidemment, à Paris, beaucoup moins. Évidemment, le prisme médiatique, c’est toujours le prisme parisien.

On découvre aussi par la même occasion que le sénateur de Vendée est féministe : pour défendre le travail fictif présumé de l’épouse de François Fillon, Bruno Retailleau assure qu’un procès est fait à Penelope Fillon parce qu’elle est une femme et qu’on voudrait la cantonner "à la confection de confitures ou de tartes aux pommes". Il dit :

Ce qui est incroyable, c’est que, parce que c’est une femme, il faudrait peut-être la cantonner, comme je l’ai lu dans cet article, à la confection de confitures ou de tartes aux pommes ?

Bruno Retailleau ressort ensuite la même intox que Bernard Accoyer sur l’implication exagérée de Penelope Fillon dans le comité "Femmes avec Fillon" : "On l’a vue, Penelope Fillon. Regardez les images pendant la campagne des primaires [sic], et vous la verrez, très régulièrement. Elle animait les réseaux 'Femmes avec Fillon'".

Des "boules puantes", voilà ce que sont ces révélations selon Bruno Retailleau qui s’étonne du timing de la publication du Canard alors que "le début de la collaboration, c’était il y a une vingtaine d’années".

  • Florence Portelli (France Info)

Contrairement à Bernard Accoyer mais comme Bruno Retailleau, Florence Portelli assure que Penelope Fillon travaillait depuis la Sarthe. Selon la porte-parole du candidat, toutes ces révélations visent à "déstabiliser" son champion et feront monter le Front national :

Pourquoi on est allé chercher cette histoire alors qu’elle n’avait rien d’illégal ? Quand on vient chercher des poux à un homme politique parce qu’il a connu des choses illégales dans sa carrière, je peux évidemment le comprendre et je l’approuve. Mais quand c’est quelque chose de légal, on se demande s’il n’y a pas quand même une volonté de déstabiliser le principal favori de la course et je trouve pas ça très sain. [...] Si on n’a pas vu madame Fillon au palais Bourbon, c’est que madame Fillon était dans la Sarthe. Quand vous êtes collaborateur parlementaire d’un député de province, vous le représentez également en province. [...] La moralité, ça serait de laisser les hommes politiques qui sont en campagne et qui connaissent rien d’illégal sans essayer à tout prix d’affaiblir la classe politique, de faire le jeu du Front national. [...] Ça va participer à un jeu pas très sain en ce moment qui est de discréditer la classe politique et faire le jeu des extrêmes.




  • Benoist Apparu (Europe 1)

À la mi-journée sur Europe 1, l'ex-juppéiste Benoist Apparu vient lui aussi défendre celui dont il est devenu le porte-parole. Et pour ce faire, il a raconté un peu grand n'importe quoi. Questionné sur cette assistante parlementaire qui n'a aucun souvenir du *travail* effectué par sa supposée collègue Penelope Fillon, Apparu explique :

Ce que dit 'Le Canard Enchaîné', c'est que quelqu'un - dont on ne connaît pas le nom - dit grosso modo 'je la connaissais comme la femme du ministre'. En l'occurrence, elle parle d'un ministre, donc au moment où François Fillon est ministre. Donc cette nana-là [notez cette petite incise que François Fillon pourrait éventuellement qualifier de 'misogyne', ndlr], cette personne-là si je comprends bien, travaille avec le ministre. Elle travaille pas avec le député François Fillon. Donc effectivement, mes attachés parlementaires se connaissent ; [mais] lorsque vous avez des fonctions ministérielles, les membres du cabinet ministériel ne connaissent pas, par exemple, les attachés parlementaires locaux, qui n'existent plus puisqu'il n'y en a plus.

Or, ce n'est pas du tout ce qu'écrit Le Canard. On parle en effet ici de Jeanne Robinson-Behre (dont on connaît donc le nom), assistante parlementaire de Marc Joulaud, suppléant du député Fillon devenu ministre, et qui embauche également Penelope Fillon à cette période. Cette dernière travaille pour lui et non "pour le ministre", comme a cru le comprendre Benoist Apparu.

Et c'est de cette période où les deux femmes sont censées avoir travaillé en équipe au service de Marc Joulaud dont Jeanne Robinson-Behre ne se souvient pas, déclarant : "Je n'ai jamais travaillé avec elle, je n'ai pas d'info à ce sujet. Je ne la connaissais que comme femme de ministre."

Caramba, encore raté.

[Edit 13h : ajout propos Apparu]

Du rab sur le Lab

PlusPlus