Le portrait assassin de Jacques Chaban-Delmas vu par Georges Pompidou

Publié à 17h39, le 21 octobre 2012 , Modifié à 17h56, le 21 octobre 2012

Le portrait assassin de Jacques Chaban-Delmas vu par Georges Pompidou
Georges Pompidou et Jacques Chaban-Delmas. (Photos MaxPPP)

MISSILE POSTHUME - On savait déjà que Georges Pompidou et Jacques Chaban-Delmas, son premier ministre de 1969 à 1972, avaient une relation de méfiance réciproque. 

Mais le portrait de l'ancien maire de Bordeaux par Georges Pompidou à paraître dans un livre ce jeudi 25 octobre, à lire dans Sud Ouest ce dimanche,  dépasse, par sa violence, ce qu'on pensait savoir.

Le successeur du Général de Gaulle reproche, en substance, à Chaban d'être un coureur de jupons, obsédé par son image médiatique, travaillant peu, coupable de "légérété" et même "d'imprudences". Et il laisse entendre, sans en dire plus, qu'il l'a remplacé à Matignon pour "les motifs que j’ai dit et pour d’autres, d’ordre privé".

  1. "Il travaille peu, ne lit pas de papiers, en écrit moins encore"

    Sur dive.blogs.sudouest.fr

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    Jacques Chaban-Delmas se veut jeune, beau, séduisant et sportif. Il refuse de vieillir, se livre pour cela à son sport favori, le tennis, et assure la relève en se mettant au golf.

    Il aime les femmes, toujours passionné, seul changeant l’objet de sa passion.

    Il travaille peu, ne lit pas de papiers, en écrit moins encore, préférant discuter avec ses collaborateurs, et s’en remet essentiellement à eux, qu’il choisit bien, pour ce qui est des affaires publiques s’entend.

    Politiquement, il meurt de peur d’être classé à droite, il veut néanmoins plaire à tout le monde et être aimé.

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    Ce portrait, au vitriol de Jacques Chaban-Delmas est signé Georges Pompidou. Un texte, extrait d'un pavé de 530 pages à paraître jeudi 25 octobre, Lettres, notes et portraits 1928- 1974 de Georges Pompidou (Robert Laffont), publié ce 21 octobre dans Sud Ouest Dimanche.

    Le président de la République de 1969 à 1974 se montre particulièrement dur envers son premier ministre de 1969 à 1972, l'accusant, notamment, de "légèreté" : 

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    Et cette légèreté, il l’a parfois manifestée, dans l’exercice de la fonction gouvernementale, de façon grave.

    Il est avec son ami de toujours, Bourgès-Maunoury, l’homme de Sakiet [bombardement de l'armée française sur le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef en 1958, ndlr].

    Il est aussi celui qui avait, comme ministre de la Défense nationale, engagé avec le ministre bavarois Strauss des négociations pour un accord atomique que le général de Gaulle interrompit net dès son arrivée au pouvoir.

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    Pompidou reproche également à Chaban de ne pas avoir suffisamment pris d'initiatives, obnubilé par son image :  

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    Comme Premier ministre, il se méfiait de moi et ne prenait pas d’initiative hasardeuse, sauf, et en demi-secret, dans quelques domaines où il avait des attaches.

    Il me laissait pratiquement le soin de tout décider, plus que je n’aurais voulu, se contentant de soigner son “image de marque” par quelques beaux discours que lui écrivaient Cannac et Delors et par une cour permanente faite aux journalistes de tout bord.

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    Le président de la République n'hésite pas à attaquer son premier ministre sur un plan beaucoup plus personnel : 

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    Préparant la suite, il s’attachait, avec sa nouvelle jeune femme, à donner l’impression du couple parfait, où les enfants de plusieurs lits étaient mis à égalité.

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    Seuls bons points accordés au maire de Bordeaux, selon Pompidou  : 

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    Je ne conteste pas les mérites de Jacques Chaban-Delmas dans la Résistance, ni les risques qu’il a pu prendre. Je ne conteste pas le fait qu’il soit resté, finalement, toujours fidèle au général de Gaulle et au gaullisme.

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    Mais c'est pour mieux dénoncer ensuite, à nouveau, des "imprudences" et même des "abandons préjudiciables à l’intérêt français".

    Enfin, Georges Pompidou évoque de mystérieux "motifs d'ordre privé" dans les raisons qui l'ont poussé à limoger son premier ministre :

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    Pourquoi m’en suis-je séparé ? J’en ai donné publiquement des raisons valables et parfaitement exactes, mais il y en avait d’autres. Si je n’avais pas voulu l’humilier en l’empêchant de demander un vote de confiance à l’Assemblée nationale, j’étais bien décidé à changer de Premier ministre aussitôt après la fin de la session, pour les motifs que j’ai dits et pour d’autres, d’ordre privé.

    […] Je ne sais pas et n’ai pas voulu savoir jusqu’où tout cela pouvait mener. Il y avait suffisamment d’ombres pour que je saisisse l’occasion de me séparer de J. Chaban-Delmas comme Premier ministre sans porter, pour autant, un jugement définitif sur lui.

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    Georges Pompidou formule, enfin, un conseil : 

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    Je souhaite enfin, s’il est élu, qu’ayant atteint le but auquel il pense depuis quinze ans au moins, il se dégage non seulement de ses relations intimes et fâcheuses, mais de ses préoccupations purement personnelles pour ne penser qu’à son rôle national, et le remplir avec sérieux, fermeté et conviction.

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    Mais, après le décès de Georges Pompidou en 1974, c'est Valéry Giscard d'Estaing qui est élu président. Jacques-Chaban Delmas, candidat investi par l'UDR, verra une partie de son parti, mené par Jacques Chirac, le lâcher, et ne recueille que 15% des voix au premier tour. 

    Pour aller plus loin, trois vidéos de l'INA :  

    > La réponse de Georges Pompidou à un journaliste qui l'interroge en 1971 sur la "Nouvelle société" chère à Jacques Chaban-Delmas

    > Un historique du rapport complexe entre les deux hommes de 1969 à 1972 avec de précieuses images d'archives :

    > La nécrologie de Chaban, décédé en 2000 :

    La couverture du livre en librairie ce jeudi : 

Du rab sur le Lab

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