Mélenchon refuse "une majorité parlementaire et gouvernementale" avec Hamon si Valls, El Khomri et Le Roux sont investis aux législatives

Publié à 16h51, le 01 février 2017 , Modifié à 16h51, le 01 février 2017

Mélenchon refuse "une majorité parlementaire et gouvernementale" avec Hamon si Valls, El Khomri et Le Roux sont investis aux législatives
© Capture d'écran vidéo Youtube Jean-Luc Mélenchon

Depuis sa victoire à la primaire de la Belle Alliance Populaire, dimanche 29 janvier, Benoît Hamon regarde encore plus sur sa gauche. Le candidat du PS à la présidentielle souhaite proposer un contrat de gouvernement aux candidats d’EELV et de la France Insoumise, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon et Yannick Jadot se sont vus mardi 31 janvier pour discuter de la création d’une "dynamique commune". Mais les choses sont sans surprise beaucoup plus difficiles avec Jean-Luc Mélenchon.

Dans une vidéo de dix minutes diffusée sur sa chaîne Youtube ce mercredi 1er février, le co-fondateur du Parti de gauche a mis une condition à la création d’une "majorité parlementaire et gouvernementale" : ne pas investir certains ténors du PS aux législatives comme l’ancien Premier Manuel Valls, la ministre du Travail Myriam El Khomri, et le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux. Voici ce qu’il a déclaré à propos de la proposition Benoît Hamon :

 

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Que me propose-t-il ? De former une majorité gouvernementale parlementaire cohérente. Alors je dis, en toute sympathie, à Benoît Hamon : ce n’est pas possible que vous nous demandiez de former une majorité parlementaire gouvernementale cohérente, comme vous le dites, en mélangeant des gens qui veulent tourner la page, comme nous, avec des gens qui sont responsables de ce qu’il y a sur la page, comme c’est le cas des députés que vous avez l’intention d’investir pour la prochaine élection à l’occasion de votre convention. Car nous allons retrouver des gens dont je vous demande comment nous faisons pour ensuite former une majorité avec eux puisque nous les avons combattus pendant des années.

En fait, pour être plus concret, comment voulez-vous former une majorité pour abolir la loi El Khomri avec madame El Khomri comme députée du PS ? Comment voulez-vous qu’on abroge toutes les brutalités auxquelles le président du groupe du PS Bruno Le Roux s’est abandonné avec monsieur Bruno Le Roux comme candidat ? Comment peut-on même imaginer de changer quoi que ce soit alors que vous vous proposez de faire réélire comme député d’Évry monsieur Manuel Valls ? Ce n’est pas sérieux. On ne fera croire à personne que tout cela peut fonctionner ensemble puisque ça n’a déjà pas fonctionné ensemble jusque-là.

(…) Et puis ce n’est pas tout : vous nous demandez aussi de former une majorité cohérente avec des députés de votre parti qui se préparent à voter pour monsieur Macron. Mais rien de tout ça n’est sérieux ! On ne peut pas gouverner un grand pays avec des équipes de bric et de broc, les uns qui ont été contre les autres pendant des années, tout soudain se retrouvant et s’embrassant sur la bouche. Assez de carabistouilles, c’est le moment de la clarté.

Je dis donc à Benoît Hamon, en toute sympathie : maintenant, il faut choisir. Vous avez une vague qui est en mouvement. Alors adossez-vous à elle. Faites-vous porter à elle. Choisissez. Entre eux et nous, choisissez. Entre la vague dégagiste et le sauvetage de l’ancien monde, choisissez. Choisissez et tranchez.

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Un peu plus tard au cours de l’interview, Jean-Luc Mélenchon a été encore plus clair : "Cher Benoît Hamon, j’entendrai la réponse que vous me donnerez samedi, en fonction du fait que vous aurez ou non investi ces personnes qui n’ont rien à faire dans la majorité parlementaire que vous nous proposez de composer avec vous. En tout cas, nous, de ce genre d’équipage, nous ne ferons jamais partie".

Le candidat à la présidentielle de la France insoumise envoie donc un ultimatum à celui du PS et adresse une fin de non-recevoir à Benoît Hamon, en rappelant qu’il n’est pas cohérent d’imaginer une coalition comprenant des macronistes, des vallsistes, des (ex) frondeurs et des membres de la gauche radicale.

Jean-Luc Mélenchon ne prend pas de risque. Il est en effet impossible que le candidat à la présidentielle du PS revienne sur les quelques 400 investitures déjà entérinées par le parti en décembre, plus précisément celles de Myriam El Khomri dans la 18e circonscription de Paris et de Bruno Le Roux dans la 1ère circonscription de Seine-Saint-Denis. Il pourrait en théorie le faire dans la 1ère circonscription de l’Essonne, celle de Manuel Valls : le candidat à primaire déchu n’a pas encore été officiellement investi. Mais il est inimaginable que Benoît Hamon mette son veto à une candidature de l’ancien Premier ministre au nom même du rassemblement. Les soutiens de Benoît Hamon ne se font de toute façon pas d'illusion sur un accord avec Jean-Luc Mélenchon. Ils espèrent en revanche attirer ses électeurs.

Benoît Hamon n’a pas encore prévu de s’entretenir avec Jean-Luc Mélenchon. Il a en revanche reçu mardi 31 janvier des signaux positifs du chef de file des députés Front de gauche André Chassaigne. Ce dernier a formé "le vœu d’une candidature unique de la gauche antilibérale". Le PCF a dit vouloir saisir "l’occasion" de la désignation du député socialiste des Yvelines pour aider la gauche à "retrouver le sens du dialogue", a assuré mardi son secrétaire national Pierre Laurent.

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