PMA : le gouvernement, les députés PS, et le PS étalent leurs divergences

Publié à 13h44, le 03 février 2014 , Modifié à 17h50, le 03 février 2014

PMA : le gouvernement, les députés PS, et le PS étalent leurs divergences
Manuel Valls, sur RTL, lundi 3 février (capture d'écran)

THREEESOME - Chronique du flou autour de l'ouverture de la PMA, épisode 378 (au moins). Lundi 3 février, le gouvernement, puis les députés socialistes, et, enfin, le parti socialiste ont sucessivement énoncé des positions franchement contradictoires autour de l'ouverture de la procréation médicale assistée aux couples de femmes homosexuelles, donnant l'impression d'un flou généralisé - et d'une certaine improvisation sur le sujet.

Le Lab redéroule, en version sous-titrée, la nouvelle série produite par le gouvernement, qui a pour décor le texte de loi sur la famille, porté par la ministre Dominique Bertinotti - qui imaginait encore récemment qu'il soit discuté par le Parlement au second semestre 2014.

> #épisode 1 : Manuel Valls force le gouvernement à faire savoir qu'il "s'opposera"à des amendements PMA / GPA

S'exprimant sur un dossier sur lequel il n'est nullement missionné ni compétent, Manuel Valls a annoncé, ce lundi 3 février, sur RTL, un peu avant 8 heures, que le gouvernement "s'opposera à des amendements parlementaires" sur la GPA et la PMA lors de l'examen du projet de loi sur la famille. 

Cette déclaration est une forme de sous-titre à son annonce, relevée par le Lab dès le 2 février, selon laquelle "il n'y aura ni PMA, ni GPA" - le ministre de l'Intérieur ne donnait alors pas plus de précision.

 
En fin de matinée, Matignon a, par le biais d'un échange avec l'AFP, confirmé la position énoncée par Manuel Valls.
 
 
La courte déclaration exacte de Matignon est la suivante : 

Nous confirmons que le gouvernement s'opposera à d'éventuels amendements visant à légaliser en France la PMA et la GPA.

 
Cette position contredit évidemment totalement une promesse formulée par Jean-Marc Ayrault, dans un tweet posté le 9 janvier 2013
Le premier ministre promettait en effet à l'époque que "la PMA figurera dans le projet de loi famille" : 
 

 

L'opération exfiltration avait été lancée par Marisol Touraine, en septembre 2013 ... mais n'était alors assortie d'aucune extension aux éventuels amendements de parlementaires. 

> #épisode 2 : les députés PS râlent, surtout pour le principe

Bruno Le Roux, patron du groupe parlementaire PS, invité quelques minutes plus tard sur Radio Classique, grogne, surtout sur le principe.

Un ministre qui annonce par avance une position du gouvernement sur un texte non-connu, et, a fortiori, des amendements qui le sont encore moins, c'est assez peu conventionnel, s'agace le patron des députés PS, qui regrette une annonce "prématurée".

Et promet : 

Nous, nous serons attentifs à l’Assemblée, quand un texte arrivera un jour, à faire en sorte qu’il ouvre de nouveaux doits.

Jusque là, c'est compliqué, pas très logique dans la chronologie, mais ça reste cohérent : Bruno Le Roux et les députés font savoir qu'ils ne renonceront pas à un amendement PMA ; le gouvernement prévient qu'il s'y opposera. 

> #épisode 3 : le Parti socialiste en mode plus royaliste que le roi

C'est là qu'arrive dans l'échange ... le Parti socialiste, représenté par son porte-parole, David Assouline.

Comme tous les lundis, le porte-parole du PS tient un "point presse", au cours duquel il déroule les événements à venir du parti, et répond à des questions d'actualité. 

Evidemment, ce lundi 3 février, David Assouline est interrogé sur la PMA. Et là, il se fait de manière très surprenante ... plus royaliste que le roi. 

David Assouline, qui est également sénateur, va en effet demander de manière assez surprenante, que les parlementaires socialistes s'engagent à renoncer à tout amendement PMA sur le texte :

Le PS ne souhaite pas que dans la nouvelle loi famille il y ait d'autres débats et d'autres propositions qui introduisent ces questions.

La GPA, vous le savez depuis longtemps, c'est dans tous les textes du PS, nous sommes opposés. Et sur la PMA, il y a des débats, le Parti socialiste ne souhaite pas que dans la loi famille qui va venir à la discussion, cette question soit abordée.

De ce point de vue, le débat (...), par rapport à la nouvelle loi qui sera envisagée, est clos.

Le gouvernement aujourd'hui dit non (à la PMA dans la loi famille) et le parti socialiste soutient la position du gouvernement.

Dans le même temps, pointe une nouvelle idée : un report pur et simple de l'examen de la loi famille. C'est le directeur de la rédaction de Radio Classique, Jean-Francis Pécresse, qui, le premier, le raconte dans un tweet, quelques minutes après avoir échangé avec un certain ... Bruno Le Roux. Europe 1 confirme, en milieu de journée, cette piste. Matignon, enfin, dans sa mise au point, assure que le calendrier du projet de loi sur la famille n'est "pas arrêté", selon les propos rapportés par l'AFP.

 
[edit, 17h40 : et, sans grande surprise, c'est cette piste qui a été retenue : le texte sur la famille, ne sera pas présenté en 2014, a annoncé Matignon, en fin de journée, lundi 3 février]
 

Cette succession de prises de paroles témoignant de violons pas vraiment accordés se déroule au lendemain d'une manifestation des anti-mariage homo, qui ont réuni entre 80.000 et 500.000 personnes, selon les sources, dans les rues de Paris, pour s'opposer, notamment, à toute introduction de la PMA dans la loi française.

Du rab sur le Lab

PlusPlus