Sans sourciller, Gérard Longuet assure que les crédits de parlementaires "ne sont pas des fonds publics"

Publié à 13h12, le 02 février 2017 , Modifié à 13h30, le 02 février 2017

Sans sourciller, Gérard Longuet assure que les crédits de parlementaires "ne sont pas des fonds publics"
Gérard Longuet devant sa propre intox. © LIONEL BONAVENTURE / AFP

Il est de plus en plus difficile pour les porte-flingue de François Fillon de défendre leur champion, empêtré dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse Penelope. Jusque là, depuis les premières révélations du Canard Enchaîné, Bruno Retailleau, Bernard Accoyer et consorts avaient dégainé des arguments déjà hautement inattendus, voire contradictoires (voir notre palmarès des pires éléments de défense avancés par les fillonistes).

Mais ça, c’était avant l’intervention de Gérard Longuet, qui figure déjà dans notre palmarès, jeudi 2 février. Sur le plateau de LCP, le sénateur de la Meuse balance tout simplement un gros mensonge en affirmant que les crédits de parlementaires "ne sont pas des fonds publics", mais "des fonds que le budget accorde aux assemblées".

Reprenons un peu plus en avant. Gérard Longuet commence par expliquer qu’il ne voit pas de problème à ce que François Fillon ait embauché son épouse comme attachée parlementaire. Là n’est pas la question : la pratique est légale, à condition que l’activité ne soit pas fictive, un soupçon qui pèse justement sur Penelope Fillon. L’élu de la Meuse se lance d’abord dans une démonstration mathématique des plus douteuses en faisant la moyenne de la somme totale des crédits perçus par Penelope Fillon (831.440 euros), qu’il lisse sur 25 ans :

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Ces chiffres sont faux. Le Canard Enchaîné a le droit de se tromper. Si vous prenez ces chiffres bruts, vous retirez la part salariale, vous arrivez à une dépense moyenne, sur les 25 ans, de 1988 à 2007, d’environ 3.500 euros par mois, ce qui est en moyenne la moitié des budgets d’assistants parlementaires. Donc il a consacré, en effet, la moitié de ses crédits d’assistant parlementaire à son épouse qui tenait la circonscription, qui le représentait dans sa circonscription, il en avait parfaitement le droit.

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Or, Penelope Fillon n’a pas été assistante parlementaire pendant 25 ans, mais 15 au total : de 1988 à 1990, entre 1998 et 2007 puis en 2012-2013. Sur quinze années, cela nous fait donc une moyenne de 4.619 euros par mois. Et non 3.500, comme affirmé par Gérard Longuet.

De 25 ans de travail selon Gérard Longuet, on passe ensuite à 30, sans savoir pourquoi. Et là, le sénateur relativise une nouvelle fois en affirmant [spoiler : sans fiche de paie à l’appui] :

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L’ensemble des contrats d’attachée parlementaire qui sont en cause, c’est trente années de travail. C’est ce que gagne Emmanuel Macron en un an à Rothschild.

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C’est là qu’intervient le gros mensonge, alors que Gérard Longuet est relancé sur l’emploi de deux enfants de François Fillon, Marie et Charles, comme assistants parlementaires de leur père sénateur entre 2005 et 2007. Le sénateur ne voit pas où est le problème : les parlementaires peuvent bien faire ce qu’ils veulent avec leurs crédits dédiés aux collaborateurs puisque… "ce ne sont pas des fonds publics". Il déroule :

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Les crédits de parlementaire, ce ne sont d’abord pas des fonds publics, comme vous le dites, madame. Ce sont des fonds que le budget accorde aux assemblées. Et dès lors que ces fonds appartiennent aux assemblées - comme vous, vous êtes payée par des fonds publics [par l’Assemblée, ndlr], vous êtes journaliste, vous faites votre métier avec beaucoup d’indépendance, ce dont je vous félicite. Vous vous sentez pas fonctionnaire ! Vous vous sentez pas obligée d’obéir à l’État parce que vous avez des crédits publics. Ces crédits appartiennent à l’Assemblée. L’Assemblée est indépendante du gouvernement. Elle est indépendante de l’exécutif. Elle donne ces sommes aux parlementaires pour qu’ils les utilisent. Les parlementaires ont la possibilité, s’ils n’utilisent pas la totalité de leurs fonds, d’acheter des prestations. On peut imaginer, en effet, qu’il a acheté la prestation de rédiger et de rechercher des documents pour écrire ce livre majeur de 2007 [La France peut supporter la vérité, ndlr], que j’ai apprécié et qui m’a rapproché de François Fillon, qui n’était pas gaulliste à l’origine.

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Gérard Longuet vient donc d’affirmer que les crédits de parlementaires "ne sont pas des fonds publics", tout en expliquant que les crédits de parlementaires sont justement des fonds publics. Si l'enveloppe mise à la disposition des parlementaires peut effectivement être utilisée comme ils l'entendent, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'argent public. Et cela ne remet absolument pas en cause la séparation entre les pouvoirs exécutif et législatif.





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