Le boycott d'iTélé divise les cadres du Front national

Publié à 14h01, le 22 décembre 2014 , Modifié à 17h14, le 22 décembre 2014

Le boycott d'iTélé divise les cadres du Front national
Bruno Gollnisch, Marion Maréchal - Le Pen, Florian Philippot, Marine Le Pen et Louis Aliot © Montage Le Lab via AFP

UN COUP DANS L'EAU - Un boycott ne fonctionne que s'il est massivement respecté. En l'occurrence, celui contre iTélé demandé par certains cadres du FN est déjà un échec. Le limogeage d'Éric Zemmour n'aura en effet pas suffi à convaincre tous les responsables frontistes de blacklister la chaîne d'info en continu.

Tout commence vendredi 19 décembre. iTélé décide de mettre un terme à sa collaboration vieille de 10 ans avec le polémiste, après les propos polémiques de ce dernier sur les musulmans. Presque instantanément, Louis Aliot fait savoir sur Twitter qu'il "raye ITÉLÉ dés a présent de [ses] sources d'information", "[invitant] les démocrates à faire de même" :

Dotant son compte d'un sigle de la chaîne barré d'un panneau d'interdiction en guise de photo de profil (de nouveau remplacé par une photo de lui-même lundi 22 décembre), le vice président du Front national précise qu'il a annulé un passage prévu début janvier dans leur matinale.

Le lendemain, Marion Maréchal - Le Pen lui emboîte le pas, dénonçant la "police politique" et le "licenciement scandaleux" de l'auteur du Suicide français :

Mais ces appels du compagnon et de la nièce de Marine Le Pen n'auront pas été entendus. Dès dimanche, c'est Bruno Gollnisch, ancien candidat à la présidence du parti et eurodéputé, qui se rend sur le plateau d'iTélé. Interrogé sur l'attaque dans un commissariat à Joué-lès-Tours, il embraye de lui même sur le cas Zemmour. 

"Comment faire pour que la France ne soit pas emportée par la peur ?", lui est-il demandé. "Il faut libérer la parole, estime-t-il. Cela justifie, je pense, les inquiétudes d'un de vos confrères, monsieur Zemmour, qui vient d'être évincé brutalement de cette chaîne".

Alors que le journaliste lui fait remarquer que sa présence sur le plateau démontre le fait que "la parole est libre" sur l'antenne d'iTélé, l'eurodéputé explique qu'il ne veut toutefois pas "servir d'alibi" à la chaîne. Le journaliste précise que la demande d'interview a été formulée bien avant l'arrêt de l'émission de débat Ça se dispute, ce à quoi Bruno Gollnisch acquiesce.

Ce lundi, c'est au tour de Florian Philippot, invité récurrent de la chaîne du groupe Canal +, d'apparaître sur leur plateau. Pourquoi avoir maintenu sa venue malgré une décision qui le "choque" ? Le numéro 2 du FN démontre alors tout son pragmatisme :

Je ne vais pas ajouter de l'autocensure à la censure.



[...] Non, [le Front national] n'est pas divisé [sur la question du boycott], mais je pense qu'on est aujourd'hui le premier parti de France, moi je comprends les réactions qui peuvent être assez virulentes, mais on est le premier parti de France, 30% des Français envisagent de voter pour nous, il est donc normal qu'on profite des médias que vous êtes et que vous représentez pour diffuser nos idées.

Il ne faut donc pas s'attendre à voir Marine Le Pen et Florian Philippot quitter le classement des squatteurs de matinales de sitôt.

[Edit 17h] "J'ai le droit de dire ça ou je suis comme Éric Zemmour, je vais me faire poursuivre ?"

Lundi en milieu d'après-midi, c'est enfin Marine Le Pen qui a répondu aux questions d'iTélé, en duplex depuis le marché de Noël des Champs-Élysées à Paris. Et la présidente du Front national, tout en livrant son analyse et ses "mesures" pour "limiter les conséquences du développement du fondamentalisme sur notre territoire", s'énerve un tout petit peu, en direct, contre la chaîne et sa gestion de "l'affaire Zemmour" :

La première d'entre elles [ses mesures, ndlr], permettez-moi de vous le dire, c'est d'arrêter l'immigration. J'ai le droit de dire ça ou je suis comme Éric Zemmour, je vais me faire poursuivre ?



Je me méfie maintenant, je sais que sur iTélé nous n'avons pas le droit de tout dire, alors maintenant que je sais que sur iTélé nous n'avons pas le droit de tout dire, je fais extrêmement attention à mes propos. Je ne voudrais pas être la future victime de la censure qui est à l'oeuvre sur votre chaîne.

Du rab sur le Lab

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