Le FN est très colère à cause des remarques de Patrick Cohen sur le comportement de Karine Le Marchand

Publié à 16h47, le 06 octobre 2016 , Modifié à 17h45, le 06 octobre 2016

Le FN est très colère à cause des remarques de Patrick Cohen sur le comportement de Karine Le Marchand
David Rachline © AFP

Entre Patrick Cohen et le Front national, l'histoire est un peu mouvementée. Les interviews entre le journaliste de France Inter et Marine Le Pen sont à très souvent fois le théâtre d'affrontements, certes verbaux, mais pas tout à fait cordiaux. En septembre 2015, la présidente du FN avait ainsi qualifié l'animateur de la matinale d'"adversaire politique déguisé en journaliste". Deux mois plus tard, quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015, Patrick Cohen avait mis en lumière les grosses intox de la cheffe frontiste à propos de Bernard Cazeneuve et de Christiane Taubira. Ce ne sont là que des illustrations parmi d'autres des tensions régnant entre les deux parties. Et dans la relation conflictuelle entre le FN et médias, France Inter et Patrick Cohen ne sont pas des cas isolés.

Nouvel exemple ce jeudi 6 octobre. David Rachline, sénateur-Maire de Fréjus et surtout directeur de campagne de Marine Le Pen, a pris le temps d'écrire un communiqué pour dénoncer les mots de Patrick Cohen, la veille, sur France 5. L'émission C à vous, où il officie également, recevait Karine Le Marchand pour parler de la nouvelle émission de M6, Une ambition intime, au cours de laquelle l'animatrice interviewe sur le mode confessions les candidats à la présidentielle – dont Marine Le Pen. David Rachline n'a clairement pas apprécié les réflexions de Patrick Cohen à l'adresse de sa consœur de M6. Il écrit :

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Pour Patrick Cohen, faire preuve de déontologie journalistique, d’objectivité, ne pas traiter Marine Le Pen comme une paria et un ennemi à combattre, relève du 'copinage'. M. Cohen assume donc considérer Marine Le Pen comme une candidate à part, à qui un traitement différent et spécial doit être réservé, et rappelle à l’ordre du haut de sa morgue tout journaliste qui se permettrait de simplement faire son travail de journaliste et non de militant.

 

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Et le directeur de campagne de Marine Le Pen pour l'élection présidentielle d'expliquer que, "si 'copinage' il y a, c’est bien du côté de M. Cohen avec le pouvoir et le Système (écrit avec une capitale, NDLR)". "Ses déclarations sont inquiétantes à l’approche d’une élection présidentielle capitale pour l’avenir de notre pays, durant laquelle les Français devront pouvoir faire un choix libre en s’informant librement, sans subir la propagande de journalistes militants, a fortiori sur le service public", ajoute David Rachline.

Mais enfin qu'a pu dire Patrick Cohen à Karine Le Marchand pour susciter une colère pareille de la part du sénateur-maire de Fréjus ? Tout est parti d'une phrase de l'animatrice de M6, expliquant sur le plateau de C à Vous que la présidente du FN "a une histoire folle". Une remarque qui suscite l'*étonnement* de Patrick Cohen. Suit ce dialogue :

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-       Patrick Cohen : Pardon c'est quoi son histoire folle ?



-       Karine Le Marchand : Ah bah il faut regarder, je ne vais pas vous raconter.



-       Patrick Cohen : Non mais on la connaît son histoire folle. À quoi vous faites allusion ? Elle a eu une grande souffrance enfant ?



-       Karine Le Marchand : Ce n'est pas qu'elle a eu une grande souffrance, c'est que c'est la fille de Jean-Marie Le Pen qui est rentré en politique quand elle avait 7 ans, qui s'est présenté la première fois quand elle avait 7 ans. Ça veut dire aussi que le regard des gens a changé. C'est la fille Le Pen.



-       Patrick Cohen : Hmm.



-          Karine Le Marchand : Ah bah écoutez, moi, personnellement, je n'échangerais pas ma place avec la sienne.



-          Patrick Cohen : Oui.



-          Karine Le Marchand : Oui, puis après il y a eu un attentat contre elle [contre le domicile parisien de Le Pen en 1976, NDLR], elle avait 8 ans. Elle n'habitait pas avec ses parents donc elle s'est retrouvée à 4h du matin avec juste un trou béant, c'était la plus grosse bombe explosée  depuis la Deuxième Guerre mondiale. Puis après elle a eu trois enfants en dix mois, faîtes le calcul, c'est assez rare. Et puis ensuite sa mère ne l'a pas vue pendant 15 ans, pas un coup de téléphone, de l'âge de 16 ans jusqu'à l'âge de 31 ans, pas un coup de fil de sa mère.



-          Patrick Cohen : Ce n'est pas Cosette non plus.



-          Karine Le Marchand : Non, je vous donne des faits.



-          Patrick Cohen : D'accord.



-          Karine Le Marchand : Mais je ne dis pas que c'est Cosette.



-          Patrick Cohen : Non non mais je…



-          Karine Le Marchand : Non mais allez-y.



-          Patrick Cohen : Non mais c'est étonnant la façon dont vous en parlez.



-          Karine Le Marchand : Ce sont des faits. Est-ce qu'elle n'a pas eu trois enfants en 10 mois ? Si. Est-ce qu'elle n'a pas subi un attentat à l'âge de 8 ans ?



-          Patrick Cohen : Chacun a son histoire.



-          Karine Le Marchand : Mais moi je n'ai pas vécu ça !



-          Patrick Cohen : Bon bon très bien. OK. C'est intéressant.



-          Karine Le Marchand : Est-ce que j'invente des faits ?



-          Patrick Cohen : Non non non…



-          Karine Le Marchand : Non mais est-ce que j'invente des faits, oui ou non ?



-          Patrick Cohen : [silence]



-          Anne-Sophie Lapix : C'est le regard inédit porté sur elle qui surprend Patrick.



-          Karine Le Marchand : Mais ce sont les faits et elle m'explique comment elle a vécu ça. Et ça l'a construit.



-          Patrick Cohen : On peut le tourner autrement aussi.



-          Anne-Sophie Lapix : C'est vrai, ce n'est pas commode.



-          Karine Le Marchand : [à Patrick Cohen] Vous ne m'aimez pas, vous, hein ?



-          Patrick Cohen : Qui ?



-          Krine Le Marchand : Vous me regardez méchamment.



-          Patrick Cohen : Ah mais non, mais pas du tout.



-          Pierre Lescure : Ah si un peu quand même.



-          Anne-Élisabeth Lemoine : Un petit peu…



-          Patrick Cohen : Ah bah merci de ce soutien, Pierre.



-          Karine Le Marchand : Donc je n'aurais jamais dû interviewer Marine Le Pen, c'est ça ?



-          Patrick Cohen : Copiner, c'est plus gênant, peut-être.



-          Karine Le Marchand : Mais j'ai copiné avec tous. Si j'interviewe Marine Le Pen dans une collection d'hommes et femmes qui se présentent à la présidentielle, il faut que j'aie la même tenue avec tous. Avec tous je trinque, avec tous je ris, avec tous je fais des blagues, avec tous je leur pose des questions sur leur façon de diriger et sur leur ambition. Je ne peux pas la traiter autrement, sinon il ne fallait pas faire cette émission.



-          Patrick Cohen : Non mais je vous comprends mais les téléspectateurs jugeront.



-          Karine Le Marchand : Absolument.

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C'est donc un mot, un seul, qui a déclenché l'ire de David Rachline : le mot "copiner". Si Patrick Cohen estime que les téléspectateurs jugeront, pour David Rachline, c'est déjà tout vu. 

Du rab sur le Lab

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