Les députés vont parler du "bug facebook" jeudi

Publié à 19h17, le 03 octobre 2012 , Modifié à 19h17, le 03 octobre 2012

Les députés vont parler du "bug facebook" jeudi
Un parlementaire consultant Facebook sur sa tablette. (Maxppp)

#BUGFACEBOOK - Le 24 septembre, Facebook a déclenché une psychose générale chez ses utilisateurs. Jusqu'à en alerter les pouvoirs publics. Jeudi, la commission des lois de l'Assemblée nationale reçoit la présidente de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) pour une audition où il sera question de, entre autres choses, cette affaire. Mardi, la ministre déléguée à l'Economie numérique demandait des comptes à Facebook via un communiqué. 

Le réseau social a provoqué un tsunami de témoignages affirmant que des messages privés apparaissaient par erreur de manière publique. Gouvernement et Cnil ont pris en main ce sujet. 

Conclusions de la Cnil, rendues publiques mardi : les utilisateurs français de Facebook n'ont pas été victimes d'un bug qui aurait rendu publics des messages privés. En revanche, l'institution met en cause les modifications "récurrentes et unilatérales" des règles de confidentialité du site. 

Dans la foulée, Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg ont publié un communiqué demandant à Facebook de "prendre ses responsabilités"

Il est anormal que le site soit ergonomique quand il s’agit d’envoyer un message ou une vidéo, mais qu’il devienne bloquant dès lors qu’il s’agit de contrôler les paramètres relatifs à la vie privée de ses utilisateurs. Ses conditions d’utilisations doivent être simples, compréhensibles et faciles à mettre en oeuvre. 

>> Le gouvernement demande à Facebook de respecter les demandes de la Cnil avant fin novembre 

La ministre déléguée à l'Economie numérique demande donc, via ce communiqué, à Facebook de "faire parvenir avant la fin du mois de novembre les mesures que l’entreprise compte prendre pour respecter les recommandations de la Cnil et du G29 (groupe des Cnil européennes)". 

Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil, a été reçu mercredi par François Hollande à l'Elysée, sans toutefois que l'ordre du jour de la rencontre n'ait été rendu public. Jeudi, c'est la commission des lois de l'Assemblée nationale qui auditionne la patronne de cette institution chargée de veiller à ce que les systèmes informatiques ne portent atteinte à la vie privée, aux libertés individuelle ou publiques, ou aux droits de l'homme. 

La commission des Lois interrogera Isabelle Falque-Pierrotin sur, entre autres choses, les moyens qu'a la Cnil pour éviter un phénomène comme celui de la semaine passée sur Facebook. 

Jean-Jacques Urvoas, député et président socialiste de cette commission, explique au Lab que les parlementaires sont "toujours attentifs à ces univers normés, comme Facebook, ou ce qui touche à la géolocalisation". "Cette audition permettra de mesurer la pertinence des outils dont dispose la Cnil", précise-t-il. 

Pour lui, "cet univers est beaucoup trop méconnu par le citoyen, notamment sur la durée de conservation des données". A titre personnel, Jean-Jacques Urvoas a d'ailleurs quitté ce réseau social suite aux interventions d'Alex Turk, ancien président de la Cnil :

Je me suis senti démuni sur la protection de mes données, je n'avais pas mesuré ce que ça pouvait représenter comme intrusion. 

C'est ce qu'il confie au Lab. "Je trouvais que la possibilité de publier des photos de moi, sur mon mur, sans me demander mon avis, n'était pas convenable, mais peut-être par méconnaissance des possibilités", nuance-t-il. 

Marie-Christophe Dalloz, députée UMP du Jura moquée sur plusieurs sites internet, a interrogé le gouvernement à ce sujet via une question écrite : 

Elle voudrait connaître la position du Gouvernement face au bug ayant touché Facebook le 24 septembre 2012 qui a engendré la publication de messages privés sur le mur de certains utilisateurs. Elle souhaiterait également savoir si le Gouvernement fera appel à la CNIL pour sanctionner ce dysfonctionnement et si des mesures plus restrictives seront prises à l'avenir." 

Au Lab, la députée explique qu'elle a souhaité posé une question suite à plusieurs retours qui lui ont été fait par des concitoyens. "Il y a eu un réel problème, je le dis comme je le ressens. L'arsenal législatif aujourd'hui ne correspond pas aux réalités", lance-t-elle. Mais elle ne souhaite pas pour autant qu'une loi souhaite proposée tout de suite : "je suis farouchement opposé aux lois de circonstance, à celles qui naissent de l'émotionnel. Mais il y aura sans doute un travail parlementaire à faire."

Pour Laure de la Raudière, très connectée députée UMP, il faudrait avant tout faire preuve de pédagogie. "Quand on publie des données sur Facebook, on sait qu'on les rend publiques. Il faut sans doute améliorer la compréhension de l'outil", raconte la députée d'Eure et Loir au Lab. En revanche, elle reproche à Facebook "le changement régulier de leurs paramètres". "Mais c'est une jeune entreprise, est-ce que c'est volontaire ou pas ? Je ne juge pas. Mais quand Facebook change son environnement, l'internaute est perdu". 

Les parlementaires peuvent-ils faire quelque chose contre cela ? Pas pour Laure de la Raudière et Jean-Jacques Urvoas. "Ce qui est important, c'est qu'il y ait une réflexion par le gouvernement et les élus. Mais les outils législatifs doivent se faire au niveau européen", souligne la première. Pour le président de la commission des lois, "la législation nationale a toujours les limites du cadre national, et ces nouveaux outils se moquent des frontières, les centres de données sont situés dans des contrées avec les droits moins coercitifs". Mais, optimiste, il conclut :

On peut toujours faire quelque chose, si la réponse n'est pas nationale. Une directive européenne est en discussion".

Le Sénat a déjà travaillé sur le "droit à l'oubli", en mars 2010, en examinant et approuvant une proposition de loi émanant d'Yves Détraigne et Anne-Marie Escoffier. Texte transmis à l'Assemblée nationale le 2 juillet 2012. 

Du rab sur le Lab

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