Les "pigeons" provoquent un incident diplomatique entre Fleur Pellerin et Jean-Louis Missika

Publié à 19h41, le 12 octobre 2012 , Modifié à 20h08, le 12 octobre 2012

Les "pigeons" provoquent un incident diplomatique entre Fleur Pellerin et Jean-Louis Missika
Captures d'écran - vidéo YouTube

VIDEOS –  Jean-Louis Missika, adjoint au maire PS de Paris chargé de l’innovation, qui est également l’un des responsables de la campagne d’Anne Hidalgo, a livré, jeudi 11 octobre  lors d’un colloque sur le numérique, une critique très directe contre le gouvernement, épousant en totalité les thèses du mouvement des "pigeons", ces entrepreneurs qui ont critiqué des dispositions du budget 2013.

La ministre déléguée au numérique a décidé de ne pas laisser l’attaque sans réponse, et, reprenant la parole de manière totalement improvisée, a livré un plaidoyer pour l’action de son gouvernement. 

Et si, en apparence, les discours sont feutrés, il ne faut pas s’y tromper : on est en plein incident diplomatique, sur fond de débats portant sur la fiscalité à appliquer aux créateurs d’entreprises.

  1. "La taxation de la plus-value telle qu’elle est conçue actuellement par le gouvernement ..."

    Sur youtube.com

    C’est un colloque comme il y en a tous les jours ou presque dans le petit monde de l’industrie numérique.  

    Jeudi 11 octobre, Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée du numérique "ouvrait" l’open world forum, une manifestation  - placée sous le patronage de son ministère - célébrant la place de l’opensource dans l’écosystème numérique.

    Ca se passait dans une salle de réception sur les Champs-Elysées, et, normalement, cet échange aurait du rester très convenu.

    Sauf qu’un incident de séanceest venu tout compliquer, et a donné lieu à une succession d’échanges aigre-doux entre la ministre et une autre personnalité clef du monde numérique, l’adjoint au maire de Paris chargé de l’innovation Jean-Louis Missika.

    Tous les deux sont pourtant membres du Parti socialiste, et ont participé à la campagne de François Hollande.

    Le sujet de leur joute verbale dépasse largement le cadre de la grosse centaine de spécialistes réunis : Jean-Louis Missika a en effet profité de cette intervention pour se livrer à une critique en règle de l’action du gouvernement en matière de politique fiscale.

    L'adjoint parisien épouse même, à 100%, les revendications portées par le mouvement des "pigeons", ces entrepreneurs du numérique qui se sont élevés contre des dispositions prévues dans le projet de loi de finance 2013.

    Le Lab a isolé, dans la vidéo produite et diffusée par les organisateurs de l’événement sur leur compte YouTube ce vendredi 12 octobre, le plaidoyer pro-pigeon et anti-gouvernement de Jean-Louis Missika :

    En voici quelques extraits texte :

    "

    Il y a un terrain sur lequel Londres est devant Paris, et bat même Paris de façon significative. C’est celui de l’investissement privé, et de la mobilisation du capital risque.

    Le capital risque, comme l’investissement en capital, reste dramatiquement faible en France. 

    Tous les chefs d’entreprise qui sont dans cette salle savent de quoi je parle. La France a l’envie d’entreprendre. Le talent, le génie parfois, l’aide publique nécessaire. Mais elle n’arrive pas encore à attirer les capitaux qui permettront aux start-ups de franchir les seuils indispensables pour parvenir à une dimension internationale. 

    C’est pourquoi nous avons l’obligation de rendre le territoire plus attractif pour les investisseurs, je dis plus attractif, et non pas moins attractif, quitte à déroger, parfois, à un certain nombre de principes dont on se réclame. 

    Je sais bien que c’est un sujet un peu chaud en ce moment, mais il est clair que la taxation de la plus-value pour les entreprises telle qu’elle est  conçue actuellement par le gouvernement ne peut pas être incitative pour les chefs d’entreprise, qu’ils soient d’ailleurs jeunes ou vieux.

    [Applaudissements]

    […] Si les entrepreneurs français se développent moins à l’international, et sont moins sur les marchés innovants que leurs concurrents européens, ce n’est pas parce qu’ils sont plus stupides qu’eux, c’est qu’ils n’ont pas les marges de manœuvre nécessaires pour investir dans la R&D et pour pouvoir se développer à l’international […].

    [Paris ne pourra] ne pourra pas continuer à être la capitale européenne du numérique et la capitale européenne des start-ups si jamais nous ne sommes pas capables de maintenir une attractivité du territoire liée bien sûr aux conditions à la fois fiscales et d’investissements qui sont proposées aux jeunes entrepreneurs qui veulent s’implanter sur le territoire parisien. 

    C’est le prix à payer pour permettre à l’écosystème parisien, et francilien, et français, d’être présent et de se développer sur la scène internationale.

    "

    Tout aurait pu – et tout aurait du, même, si l’ordre protocolaire avait été respecté – en rester là.

    Sauf que la ministre du numérique et des PME, Fleur Pellerin, a décidé de remonter sur scène. 

    Et de se lancer, au pupitre, dans un plaidoyer en défense de son action à Bercy :

    Voici, là encore, un verbatim de son intervention :

    "

    Je voulais répondre quand même sur la question du financement des entreprises, et la question que vous avez tous en tête, de la taxation des plus-values sur le capital.  

    Je crois que l’on peut accuser le gouvernement de beaucoup de choses, mais pas de ne pas être à l’écoute des entrepreneurs

    […] A partir du moment où nous avons constaté qu’il y avait, effectivement, dans le projet présidentiel - qui reste tout à fait valide - d’alignement de la taxation des revenus du capital sur ceux du travail, un élément qui pouvait être un freinà la création d’entreprises, un frein au capital-risque, au développement du capital risque qui, effectivement est une industrie qui souffre beaucoup en France et qui n’est pas suffisamment développée, eh bien nous l’avons corrigé

    [...] Je tenais à le souligner, parce que le gouvernement n’a pas reculé, le gouvernement s’est montré ouvert, il a entendu, il a écouté et entendu les entrepreneurs, et je pense que les solutions qu’il a proposé sont à même de garantir que l’attractivité de la France pour le entrepreneurs reste forte. 

    "

     

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