Plusieurs cadres FN s’insurgent contre "Chez nous", un film qu'ils jugent "anti-FN" (sans l'avoir vu)

Publié à 17h45, le 31 décembre 2016 , Modifié à 13h39, le 01 janvier 2017

Plusieurs cadres FN s’insurgent contre "Chez nous", un film qu'ils jugent "anti-FN" (sans l'avoir vu)
Steeve Briois et Florian Philippot. © THOMAS SAMSON / AFP

La bande-annonce de "Chez nous", un film de Lucas Belvaux, a été diffusée vendredi 30 décembre. Voici le pitch :

Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l'aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines municipales. 

Le film ne sortira que le 22 février prochain, mais son trailer a suffi à plusieurs cadres du Front national pour s’indigner. Le vice-président du FN Florian Philippot a dénoncé un "film 'anti-FN' [...] financé par vous" :

Dimanche dans le Grand rendez-vous Europe 1/Les Échos/iTélé, le numéro deux du FN a précisé :

 

D'après la bande annonce que j'ai vue [...], ça a l'air d'être un joli navet, mais, au-delà de la qualité du film, je trouve ça proprement scandaleux qu'en pleine campagne présidentielle, je crois précisément à deux mois du vote, on sorte dans les salles françaises un film qui est clairement anti-Front national.

Florian Philippot a proposé de "mettre le budget de ce film sur les comptes de campagne de nos adversaires".

Gilles Pennelle, président du groupe FN à la région Bretagne, a qualifié l’oeuvre de "film de bobos avec des bobos pour les bobos" et dénoncé un "mépris du peuple français et de sa liberté d'expression" :

De son côté, Steeve Briois s’en est pris au physique de l’actrice Catherine Jacob, personnage inspiré de la cheffe frontiste, un "pot à tabac" selon le maire d’Hénin-Beaumont.

Dimanche, Florian Philippot a refusé de "commenter" en assurant ne pas lui-même vouloir aller "sur ce terrain-là". "On a beaucoup de choses à dire, je ne juge jamais du physique des gens", a-t-il expliqué.

"Chez nous" est-il vraiment un film "anti-FN" ? Dans le dossier presse, le réalisateur Lucas Belvaux explique avoir voulu raconter ce "monde rural [...] devenu périurbain, suite discontinue de périphéries, un 'périmonde', une marge où les habitants se sentent rejetés, oubliés". Il poursuit :

'Chez nous' est un film engagé, oui. Il n’est pas militant pour autant, il n’expose pas vraiment de thèse. J’ai essayé de décrire une situation, un parti, une nébuleuse, de décortiquer son discours, de comprendre son impact, son efficacité, son pouvoir de séduction. De montrer la désagrégation progressive du surmoi qu’il provoque, libérant une parole jusqu’ici indicible. D’exposer la confusion qu’il entretient, les peurs qu’il suscite, celles qu’il instrumentalise.

Lucas Belvaux assure également s’être "documenté" et n’avoir "rien inventé, si ce n’est ce qui relève directement du récit" :

Tout ce qui concerne l’extrême droite, ses différentes composantes, la nébuleuse, ce qui se dit sur internet (ce qu’on appelle la 'fachosphère') est très documenté dans le film. On n’a rien inventé, si ce n’est ce qui relève directement du récit. Pour revenir à la question, il y a toujours, dans tous les partis politiques, une forme de marketing, de publicité, de propagande... C’est même l’objet d’une campagne électorale. Ce qui différencie le FN, c’est qu’il est face à deux problématiques singulières : montrer une image respectable et pouvoir présenter des candidats partout, alors qu’ils manquent de cadres. C’est aussi pour cela qu’il y a autant de jeunes et de femmes sur les listes des partis d’extrême droite, et c’est vrai dans tous les pays d’Europe. Il faut donner l’image d’un parti jeune, souriant, proche du peuple, un parti du 'renouveau'. Et pour les candidats 'novices', ceux qui n’ont aucun parcours politique préalable, cela représente une reconnaissance et une ascension rapide au sein d’une formation politique, alors que dans les partis traditionnels, c’est plutôt bouché.

Après ces critiques virulentes, on imagine mal désormais les cadres FN se rendre dans une salle de cinéma pour voir un *film de bobos anti-FN avec un pot à tabac*... 

[EDIT 1er janvier] ajout précisions Philippot sur Europe 1

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