Quand le gouvernement Fillon envisageait de passer à 6 semaines de vacances en été

Publié à 14h02, le 26 février 2013 , Modifié à 15h44, le 26 février 2013

Quand le gouvernement Fillon envisageait de passer à 6 semaines de vacances en été
Luc Chatel et Vincent Peillon lors de la passation de pouvoir le 17 mai 2012 (Reuters)

Récidiviste de la gaffe”, “panique générale”, “dérapage” … C’est en ces termes que l’opposition a accueilli le 25 février l’idée de Vincent Peillon de passer de huit à six semaines de vacances estivales. Des critiques sur la forme et beaucoup moins sur le fond.

Et pour cause : une réforme quasi identique des rythmes scolaires, comportant très précisément ce passage à 6 semaines de vacances, a commencé à être menée par le gouvernement Fillon dès 2010. Avant d’être enterrée.

  1. La réforme avortée de Luc Chatel

    Le 24 février, en pleine réforme sur le passage à quatre jours et demi d’école hebdomadaires, Vincent Peillon explique son “modèle idéal” sur BFMTV : des vacances scolaires de quinze jours, toutes les sept semaines, et un passage de huit à six semaines de pause estivale. Tout cela pour faire travailler les enfants de façon moins dense mais sur une période plus longue.

    Conscient que l’heure n’est pas à la communication sur le sujet, le ministre précisera plus tard dans l’émission que cette réforme nécessite une “longue concertation” et n’est pas à l’ordre du jour avant “2015”.

    Et c’est sur la forme de l’annonce - et non sur le fond - que l’opposition va s’emparer de ce qu’elle appelle une “gaffe”. Ainsi de François Fillon, le soir-même sur TF1, qui fustige "l'improvisation" du gouvernement sur "un sujet important" :

    Je ne vais pas répondre sur le fond mais sur la méthode. La caractéristique de ce gouvernement, c'est l'improvisation et l'absence totale de concertation.

    Idem pour Bruno Le Maire dès le lendemain matin sur Canal Plus :

    Vincent Peillon est un récidiviste de la gaffe. Il parle trop vite et sème la confusion.

    Même refrain chez Christian Jacob, chef de file des députés UMP :

    Rien ne va plus, c'est la panique générale. Sa première réforme, il était incapable de la porter par mépris des élus, des enseignants, des parents d'élèves. Il veut avancer tout seul. Dans la précipitation, il ressort une nouvelle carte, sans aucune concertation.

    Mais que pensent-ils de ces deux semaines estivales en moins ? Sur ce point, l’opposition se montre plus discrète.

    Rien d’étonnant à cela. C’est en effet sous un gouvernement de droite - celui de François Fillon himself - que la réforme des rythmes scolaires a été envisagée. Le passage à six semaines de vacances d’été étant défendu par un certain … Luc Chatel.

    En juin 2010, celui qui est ministre de l’Education décide de mettre le paquet sur la concertation. Il met en place la Conférence nationale sur les rythmes scolaires qui, après un an d’auditions, accouche de dix propositions en juillet 2011. On y trouve très précisément les idées de Vincent Peillon, notamment sur la question des vacances :

    Le comité de pilotage (...) propose de réorganiser l’année en la distribuant sur un plus grand nombre de semaines de travail : 38 semaines, à répartir le plus harmonieusement possible en tendant vers l’alternance 7 semaines de travail /2 semaines de vacances(...)

    Nous proposons de réduire de deux semaines la durée des vacances d’été

    A la remise de ce rapport, Luc Chatel s’empare des six semaines de pause estivale et compte pouvoir annoncer “à l’automne”, après nouvelle concertation (des syndicats enseignants cette fois-ci), les éléments de la réforme.

    En lieu et place de décision à l’automne, le ministre enterrera finalement progressivement cette réforme en hiver, au nom du “manque de consensus” entre les acteurs. Sa mise en place envisagée “à la rentrée 2013” est peu à peu oubliée.

    Elle sera d’ailleurs totalement occultée dans le programme de Nicolas Sarkozy, et ce contrairement aux conseils de l’UMP sur le sujet [“allonger l’année en réduisant les vacances d’été”].

    Interrogé sur ce drôle de retournement de situation ce 26 février sur LCI, Luc Chatel trouve un autre angle d’attaque contre son successeur : en faisant une réforme morcelée et non “globale”sur les rythmes scolaires, Vincent Peillon “s’est mis tout le monde à dos”.

    J’étais favorable à une réforme globale de réorganisation à la fois de l’année, de la semaine de travail et de la journée. Le gouvernement a voulu prendre le sujet à l’envers en s’attaquant à la réforme du mercredi matin dans le primaire.

    Sur un sujet qui faisait consensus, il est en train de se mettre tout le monde à dos.

    On retiendra donc que le projet abandonné par “manque de consensus” fin 2011 est en réalité, version Luc Chatel 2013, consensuel.

Du rab sur le Lab

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