Spécialiste du terrorisme au PS et fils d’apatride, le député Pietrasanta s’oppose à toute forme de déchéance de nationalité

Publié à 11h49, le 06 janvier 2016 , Modifié à 11h49, le 06 janvier 2016

Spécialiste du terrorisme au PS et fils d’apatride, le député Pietrasanta s’oppose à toute forme de déchéance de nationalité
Sébastien Pietrasanta. © KENZO TRIBOUILLARD / AFP

"Ça suffit !" Sébastien Pietrasanta pourrait reprendre à son compte la sortie de Jean-Christophe Cambadélis, ce mercredi 6 janvier, plaidant pour se "débarrasser" du débat épineux et polémique autour de l’extension de la déchéance de nationalité. Secrétaire national du PS à la sécurité, rapporteur à l’Assemblée nationale du texte sur le terrorisme en 2014, le député Sébastien Pietrasanta, qu’on ne peut pas taxer de "frondeur" à Solférino, s’oppose à cette mesure. Il n’est "ni angélique, ni d’extrême droite", tient-il à préciser.

Dans un billet de blog publié ce 6 janvier à la tonalité personnelle forte, l’élu des Hauts-de-Seine met en avant son histoire familiale pour expliquer sa position. Le titre du billet est d’ailleurs parlant : "Député de la République et fils d’une mère qui fut apatride, mon point de vue sur la déchéance de nationalité."

"Le débat sur la déchéance de nationalité est juridique, politique, moral et parfois personnel", écrit ainsi le député avant de développer l’histoire de sa mère :

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En janvier 1957, ma mère a débarqué en France à l'âge de 5 ans avec ses parents, mes grands-parents et son frère, mon oncle. Ayant fui l'Egypte parce que juifs, ils se sont retrouvés en France, pays des droits de l'homme, avec le statut d'apatride. Ce statut d'apatride a été celui de ma mère durant plusieurs années, avant d'être naturalisée française comme toute la famille.

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C’est fort de cette expérience personnelle que Sébastien Pietrasanta explique pourquoi il s’oppose à toute forme de déchéance de nationalité. Que cela ne concerne que les binationaux, nés ou pas en France, ou tous les Français. "Je refuse que l'on puisse déchoir la nationalité de celles et ceux qui naissent Français, au prétexte qu'ils auraient une autre nationalité. Ce serait une rupture d'égalité, une remise en cause du droit du sol au profit du droit du sang. On créerait alors deux catégories de Français", écrit-il tout d’abord avant de justifier également son refus de la "déchéance pour tous" en citant Hannah Arendt :

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Je refuse aussi, sous prétexte d'égalitarisme, que l'on puisse déchoir de la nationalité tous les Français, au risque d'en faire des apatrides. Hannah Arendt disait "Etre déchu de sa citoyenneté, c'est être privé de son appartenance au monde". Quelle idée saugrenue de se dire que l'on va créer des apatrides sur notre territoire, car ils ne seront pas expulsables, alors même que nous accueillons déjà 1 000 apatrides auxquels nous essayons de donner une identité ? 

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Spécialiste au sein du PS des questions de terrorisme, le député avait déjà expliqué dans les médias, lorsque le débat avait émergé, que la déchéance de nationalité serait inefficace pour lutter contre le terrorisme. S’il estime cependant nécessaire la prise d’actes symboliques, lui préconise plutôt l’indignité nationale. Une peine que "le Parlement pourrait renforcer".

Et de conclure en conjurant la classe politique de refermer au plus vite ce débat :

 

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Ce débat sur la déchéance de nationalité doit, quoi qu'il en soit, se refermer au plus vite, pour éviter d'accentuer une fracture dans notre pays, rouvrir des blessures, et surtout se concentrer sur l'essentiel : la lutte contre le terrorisme.

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