Toutes ces fois où le Front national a voulu changer de nom

Publié à 18h48, le 08 mai 2017 , Modifié à 18h57, le 08 mai 2017

Toutes ces fois où le Front national a voulu changer de nom
Cachez ce nom que je ne saurais voir. © JEFF PACHOUD / AFP
Image Victor Dhollande-Monnier

Victor Dhollande-Monnier

C’est un vieux serpent de mer qui va peut-être (enfin ce n’est pas sûr non plus) finir par se concrétiser. Après sa défaite au second tour de l’élection présidentielle face à Emmanuel Macron dimanche 7 mai, Marine Le Pen a déclaré vouloir "une transformation profonde" du Front national. Le numéro 2 du parti à la flamme Florian Philippot a estimé que le parti allait devenir "une nouvelle force politique qui, par définition, n’aura plus le même nom". Cette volonté n’est absolument pas nouvelle au Front. Le Lab a fouillé dans les archives et découvert que ce désir de changement remonte en fait à… 1997.

  • Législatives de 1997 : la filouterie de Jean-Marie Le Pen

La stratégie est connue : changer de nom pour un rassemblement plus large. "C’est  vrai que pour une partie de la population, ça peut être un handicap", admettait le maire d’Hénin-Beaumont Steeve Briois à Marianne dimanche 7 mai. Et cette question s’est posée dès 1997, selon l’historienne du FN Valérie Igounet. D’abord pour des raisons administratives.

L’ancien secrétaire général du FN Franck Timmermans, raconte en 2013 pour le blog Derrière le Front que Jean-Marie Le Pen a "évoqué l’éventualité de devoir changer le nom du mouvement […] pour pouvoir bénéficier de la subvention électorale". Et pour cause, le fondateur du parti "craignait que la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques ne saisisse le Parquet à cause des comptes des campagnes précédents, litigieux, et que les suites judiciaires n’entraînent la disqualification du FN à pouvoir bénéficier de la manne gouvernementale".

Jean-Marie Le Pen souhaitait donc changer le nom du FN pour mieux en assurer sa pérennité.

  • 2003 : Jean-Marie Le Pen "a failli être convaincu"

Six ans après les législatives, celui qui a fondé le parti en 1972 se pose la question "encore plus sérieusement", selon Valérie Igounet. Contacté par le Lab, l’historienne du spécialisée dans le Front explique :

Jean-Marie Le Pen a longuement pesé le pour et le contre lors du congrès de Nice. Mais finalement, l’idée de changer de nom était, selon lui, plus risqué et plus préjudiciable au mouvement que celle de conserver son nom initial.

C'est donc le statu quo. 

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  • 2012 : le RBM pour les législatives

Pour mieux élargir le spectre politique souverainiste, le directeur national adjoint du Front national de la jeunesse (FNJ), Robert Ottaviani, et par ailleurs chanteur du groupe de rock identitaire de la mouvance skinhead, Ultime Assaut, dépose à préfecture de l’Essonne en octobre 2008 le nom de Rassemblement Bleu Marine (RBM). Au congrès de Tours en 2011, Marine Le Pen devient présidente du FN en lieu et place de son père. Elle entérine immédiatement l’idée du RBM pour les élections législatives de 2012. Deux députés, Gilbert Collard (Gard) et Marion Maréchal-Le Pen (Vaucluse) réussiront à entrer à l’Assemblée sous cette nouvelle bannière.

Sur son blog Derrière le Front, Valérie Igounet retranscrit les explications de Jacques Olivier, ancien responsable de l'Atelier de propagande du FN, sur ce changement de nom :

On met une couleur rajoutée à un prénom ; une façon plus romantique de dire qu’on est au FN. 

  • 2014 : l’hypothèse d’une consultation

Depuis son arrivée au Front national, Florian Philippot milite activement pour ce changement de nom. Mais il se heurte fréquemment aux réticences des caciques du parti, Jean-Marie Le Pen en premier. Avant le congrès de Lyon, en 2014, plusieurs responsables du FN dont Florian Philippot ou Gilbert Collard, souhaitent une consultation des militants frontistes sur ce changement de nom. A l’époque, l’avocat explique au JDD.fr :

Je pense que le Front s'est élargi, Marine Le Pen a développé des idées nouvelles, il serait donc normal que le nom change.

"Le changement de nom du FN est impensable", lui rétorque Jean-Marie Le Pen.

  • 2015 : le nom "les Patriotes" est déposé

Rebelote en 2015. Début avril, Joffrey Bollée, le directeur de cabinet de Florian Philippot, dépose le nom Les Patriotes. Il justifie sa démarche dans un Tweet (5 mai 2015), rapporté sur le blog de Valérie Igounet. "Beaucoup d'agitation pour rien. Le nom Les Patriotes n'a été déposé que pour protéger un nom que l'on utilise déjà" avec le réseau social du FN, lespatriotes.net.

Au QG de Marine Le Pen, dimanche 7 mai, pendant que Marine Le Pen se déhanchait sur le dancefloor, les militants évoquaient encore et encore ce changement de nom. Et Les Patriotes semblaient tenir la corde. 


 
 

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