VIDÉO - Primaire : la polémique sur l'IVG provoque un gros incident à l'Assemblée

Publié à 11h54, le 23 novembre 2016 , Modifié à 16h51, le 23 novembre 2016

VIDÉO - Primaire : la polémique sur l'IVG provoque un gros incident à l'Assemblée
© Montage Le Lab via LCP

Les esprits se sont sérieusement échauffés sitôt la campagne du second tour de la primaire engagée. En demandant une "clarification" à François Fillon sur sa position relative à l'interruption volontaire de grossesse, Alain Juppé a initié une très intense polémique. Les écuries des deux candidats sont sur les dents et le ton, jusqu'ici cordial et mesuré entre les deux hommes, est monté de plusieurs crans. Mercredi 23 novembre, cette dispute a quitté le ring de la primaire pour s'inviter avec fracas à l'Assemblée nationale, comme le relate LCP.

La scène se déroule en séance de commission des Affaires sociales, au cours d'une discussion sur la proposition de loi visant à une extension du délit d'entrave à l'IVG. Dans le viseur, les sites internet qui, sous couvert de professionnalisme ou de caractère informatif, véhiculent des informations "biaisées" sur l'avortement dans le but de dissuader des femmes d'avoir recours à une IVG. Lors du débat, la rapporteure du texte, la socialiste Catherine Coutelle, place rapidement une première attaque envers François Fillon : "Le choix de recourir à l'IVG ne relève pas d'une expression d'une opinion personnelle", explique-t-elle, ajoutant : "Je le dis dans un débat qui aujourd'hui agite un peu l'opinion publique, c'est l'exercice d'une liberté fondamentale."

Le député Alain Ballay, orateur socialiste pour cette proposition de loi, enchaîne :

Il est je dirais presque inquiétant de voir les sujets notamment sur l'IVG, sur une remise en cause de l'IVG, qui puisse revenir... certaines personnes, enfin certains hommes politiques revenir sur ce droit [fondamental].

De premières protestations s'élèvent des rangs de la droite. Pour rappel : si François Fillon est opposé, "à titre personnel" et notamment en raison de sa foi catholique, à l'IVG, il martèle également que ni lui ni un autre ne reviendra sur ce droit, qu'il avait qualifié de "fondamental" avant de faire marche arrière.

La présidente PS de la commission, Catherine Lemorton, tente alors une intervention pour calmer la colère qui gronde à droite, leur garantissant une prise de parole à venir : "Vous aurez le temps de répondre, tout le temps que vous voulez." Mais l'ambiance reste tendue et Alain Ballay renchérit : "Y'a qu'à regarder la presse, messieurs, la porosité qu'il y a entre certains... [il est coupé]" On imagine que l'élu socialiste de la Corrèze s'apprêtait à faire référence aux soutiens reçus par François Fillon et venus des milieux catholiques conservateurs : ceux de Sens commun, La Manif Pour Tous ou Jean-Frédéric Poisson.

Une attaque qui provoque immédiatement de nouvelles et doublement outrées récriminations à droite. Catherine Lemorton reprend alors la parole mais, constatant un point de non retour, coupe sèchement court au débat au bout de dix petites minutes :

Je demande à l'opposition de se calmer... Vous aurez... [Elle fait grimper les décibels] J'interromps la séance !

Une scène à revoir dans cette vidéo :

Après une suspension d'une heure, la séance reprend sur des bases encore plus tendues. La présidente de la commission redonne la parole à Alain Ballay, la droite proteste. Et notamment le député LR Dominique Tian, qui lâche un "à condition que monsieur [Ballay] ne dise pas n'importe quoi". "Monsieur Tian, vous me cherchez, vous allez me trouver !" rétorque la présidente de commission. Alain Ballay se montre ensuite désireux de "calmer le jeu"... tout en affirmant :

Vous ne m'empêcherez pas d'observer aujourd'hui ce qui se passe et d'en tirer certains enseignements

L'élu socialiste enchaîne par une référence à Simone Veil, qui a porté le combat pour la légalisation de l'IVG en tant que ministre de Valéry Giscard d'Estaing. "C'est pour vous calmer, messieurs", glisse-t-il en direction de la droite. C'est alors qu'on entend très distinctement le député LR Denis Jacquat s'en prendre à l'élu corrézien :

Mais qui c'est ce con ? 



Catherine Lemorton bondit et suspend à nouveau la séance. Interrogé par LCP, Denis Jacquat dénonce "un coup fourré du PS", qui a selon lui "volontairement" mis l'examen du texte sur le délit d'entrave à l'IVG à l'ordre du jour en plein entre-deux-tours de la primaire. "La commission est un lieu de travail, pas de politique politicienne", peste-t-il.

Peu après midi, la séance reprend une nouvelle fois. "J'avais l'impression qu'on était dans une bonbonne de gaz et qu'il suffisait d'une étincelle pour que ça explose. Et ça a été le cas", recadre Catherine Lemorton. "C'était des députés debout, vociférant, hurlant", s'indigne-t-elle, évoquant "une crise d'hystérie". Et de conclure : "La phrase de monsieur Ballay ne devait pas générer ce type de comportement."

Pour Les Républicains, le député Jean-Pierre Door fustige pour sa part "une forme de calomnie et de manipulation politique". "Dans ces conditions, le travail de cette commission ne peut pas se dérouler normalement et notre groupe ne siégera pas dans cette commission", annonce-t-il enfin.

Après des prises de parole de Bruno Le Roux (président du groupe PS) et Philippe Vigier (président du groupe UDI) appelant au calme, l'examen du texte reprend finalement sur des bases normales. 

[Edit 12h15 : ajout des événements consécutifs à la première suspension de séance]

[Edit 12h35 : ajout 2de reprise de séance et retour au calme]

Du rab sur le Lab

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